Lemora : A Child's Tale of the Supernatural
Genre: Fantastique
Année: 1973
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Richard Blackburn
Casting:
Lesley Gilb, Cheryl Smith, Lila Lee, William Whitton, Alvin Lee, Hy Pyke, Maxine Ballantyne, Steve Johnson...
Aka: Lady Dracula
 

Nous sommes dans les années 30. Lila est pupille de pasteur et choriste de paroisse. Son père est quant à lui gangster. Voici que la jeune fille reçoit une lettre d'une dénommée Lemora qui a, d'après ce qu'elle écrit, recueilli son père mourant, et lui propose de venir se rendre chez elle. Etonnante Lila, vierge à l'innocence immaculée et pourtant fruit jadis des désirs incestueux du père, et du pasteur maintenant qui porte sur elle un oeil perfide et charnel. Rien ne l'a jusque là atteinte, mais la voilà sur le départ, prenant le chemin de chez Lemora. C'est la puberté qu'elle traversera, avec ses démons et fantasmes au sens figuré comme au sens propre ici représentés.

En effet Lila croisera spectres, vampires et zombies sur son chemin, tous le fruit de son imagination, à moins que tout ceci ne soit réel. Oui c'est bien ça, là où rien ne la touchait auparavant, là où rien ne semblait atteindre et entacher sa pureté, les assauts "monstruesques" se feront alors le miroir de son initiation au vice, de sa perte d'innocence. Dès lors, elle peut être atteinte car elle a maintenant accès à ce qu'elle ne pouvait comprendre jadis. Avec comme symboles ces entités du mal, reflets des agressivités adultes, elle n'est dorénavant plus à l'abri.

 


Un beau film qui évoque fortement Valérie au pays de merveilles, empruntant à la fois aux frères Grimm ("Le petit chaperon rouge" pour l'essentiel) ainsi qu'à Lewis Caroll ("Alice au pays des merveilles" bien évidemment). Les ressemblances affluent tant et si bien qu'on peut soupçonner Richard Blackburn d'être allé visiter le chef-d'oeuvre de Jaromil Jires. Soit, l'esthétique est différente, plus brutale ici, baignée de lumières bleues et rouges et le film demeure sans doute plus classique dans sa forme, ainsi que doté d'un rythme moins échevelé, semble-t-il assez propre aux pays slaves. Pas de couleurs en demi-teintes (et malgré tout chatoyantes) au sein de ‘Lila au pays de la perversion' mais une esthétique qui pourra singulièrement faire penser à Tim Burton ; le personnage de Lemora semblant même sortir tout droit d'un de ses films. Pas de doute, le Burton a vu Lemora. Mais Richard Blackburn a aussi vu Valérie.... Il en tire néanmoins une oeuvre très personnelle, avec il est vrai parfois quelques longueurs même si l'on pourra parler de langueurs adolescentes en lieu et place, planant comme un rêve éveillé ; ce que finalement illustre "Lemora", avec ses cauchemars qui resteront gravés pour toujours. Un sommeil enfiévré par un désir sexuel naissant, une nuit agitée remplie de réveils et de suées. Voyage au coeur d'une nuit ténébreuse (destination : Lemora - initiatrice) semée d'embûches, ressemblant à des tests d'une vie à venir qu'il lui faudra assumer. Valerie n'est pas loin mais dans son thème aussi on pourra penser au Joël Seria de Mais ne nous délivrez pas du mal, sans le naturalisme rabelaisien propre à l'auteur hexagonal. Finalement assez proche aussi de ce que fera Neil Jordan plus tard avec sa "Compagnie des loups", oeuvre toutefois assez froide et précieuse s'il en est. Non, "Lemora" est à la croisée de tous ces chemins là, et même s'il semble emprunter à Jires, c'est bel et bien à une oeuvre originale et à part à laquelle on assiste, à la découverte de ce spectacle étonnant. D'ailleurs, c'est par petites couches successives que Lila perd sa crédulité qui faisait sa force, et sa perte d'innocence est un événement brutal, violent, ici illustré le plus souvent par des assauts "zombiesques" ou vampiriques venus croquer un petit morceau d'elle, ainsi que la contaminer en lui insufflant une part de l'âge adulte.

 


Si le voyage s'annonçait comme une délivrance, c'est la perversité qu'elle trouvera au bout du compte. Lemora ressemblera tout d'abord à une mère protectrice, mère qu'elle n'a jamais ou très peu connue. Mais cela s'avèrera être une sécurité de façade. Drôle de femme que cette Lemora, au teint cireux et charbonneux mais trop avenante pour être réellement honnête. Elle symbolise elle aussi le leurre de la perversité et ce n'est pas innocent si elle s'occupe autant de Lila, la déshabillant, lui donnant le bain, la coiffant... Lemora, à n'en pas douter, désire Lila. Dans le nouveau monde à venir, il n'y a rien sans intentions tapies dans l'esprit de l'autre, rien sans contrepartie.

Finalement, que trouvera Lila au bout du chemin? Une nouvelle conscience. Une conscience qui lui fera tant craindre pour elle-même qu'elle rebroussera chemin comme pour éviter l'âge adulte et tout ce qui lui est inhérent et qu'elle a entrevu dans son périple. Pourtant c'est une étape inéluctable et si elle s'en retournera chez le pasteur, ce sera pour tomber dans ses bras, toute contaminée qu'elle est déjà.

 


Fort bien mis en scène par Blackburn dont c'est l'unique film pour le cinéma (mais quelques scénarios dont un pour Paul Bartel et son "Eating Raoul" en 1982), magnifiquement photographiée par Robert Caramico ("Kiss contre les fantômes" - désolé) et doté d'une belle musique de Dan Neufeld dont c'est également la seule contribution cinématographique, Lemora : A Child's Tale of the Supernatural est un fort joli film en plus d'être intéressant à disséquer.

Porté qui plus est par une formidable actrice : Cheryl Smith, stupéfiante de naturel et qui aura plus tard dans la vraie vie un destin tout à fait tragique. On la retrouvera pourtant un peu partout ensuite comme en groupie dans "Phantom of the Paradise", ou encore dans l'étonnant Massacre at Central High chroniqué ici. Elle fera également parti du groupe les Runaway (le groupe de Joan Jett), mais connaîtra surtout d'abominables problèmes de drogue qu'elle ne parviendra jamais vraiment à résoudre, pour finir internée dans un centre de désintoxication à l'amorce des années 80, puis mourir plus tard et trop jeune en 2002 dans un foyer pour sans abris. Un destin on ne peut plus tragique... un passage à l'âge adulte trop précoce et subit, serais-je tenté d'ajouter après la vision de ce film.

 

 

Mallox
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