Apocalypse 2024
Titre original: A boy and his dog
Genre: Post-apocalypse
Année: 1975
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: L.Q. Jones
Casting:
Don Johnson, Susanne Benton, Jason Robards, Tim McIntire, Tiger...
 

Voici un petit film imparfait, méconnu, mais extrêmement sympathique, et à croiser sa route, on est bien content de le découvrir un jour. Je parlerai d'entrée de son metteur en scène, L.Q Jones, que chacun connaît bien, puisqu'ami de Peckinpah. Celui-ci a joué dans pas mal de ses films, de "Coups de feu dans la sierra" à Pat Garrett et Billy the Kid, en passant par "Cable Hogue", "Major Dundee" et autre Horde Sauvage. On peut du reste à nouveau le voir dans le dernier film de Robert Altman ("The Last Show", dans les salles françaises depuis début décembre 2006).
J'avoue être tombé par hasard sur ce film, alors qu'il passait sur le câble, et voir au générique Don Johnson version 75 avec un chien m'emballait si peu que j'ai mis quelques mois au placard mon enregistrement vhs avant d'affronter ce film là, dont je n’attendais pas grand chose sinon, d'en voir un petit bout par curiosité, mais pas plus. Et bien non, surprise ! Original et surprenant, j'ai non seulement tenu jusqu'au bout, mais qui plus est fut assez fier à l'époque de ma petite découverte; j'ajouterai qu'en plus de cela, le film supporte une seconde vision, pour preuve, cette chronique.

 

 

Nous voici donc transportés en 2024, et la Quatrième guerre mondiale ayant eu lieu à coup d'armes nucléaires, il ne reste alors pas grand chose de notre pauvre Terre après seulement quelques jours de conflit. Au sein de ce Chaos, où les lois n'existent plus, et à l'instar d'un Mad Max, les survivants doivent suppléer à l'insuffisance de nourriture, de carburant, au manque de sexe, et à leur solitude. Voici donc nos deux héros, Vic et Blood (Don Johnson et Tiger le chien) qui errent dans ce monde dévasté, dans lequel l'homme s'est déshumanisé pour revenir à ses instincts les plus primaires et qu'il vaut mieux alors éviter de fréquenter au risque de se faire piller ou bien même violer. A Boy and his Dog est d'ailleurs un titre piège, car on est loin du conte pour enfants auquel on pourrait croire de visu, et ce qu'il manque le plus à l'homme ici, c'est la nourriture, les munitions et le sexe. Ce dernier s'obtient la plupart du temps comme le reste, par la force, ce qui se comprend assez vite, puisque la femme reste la denrée la plus difficile à trouver.
Comme expliqué dans le film, la raison de cette absence féminine est due au fait que durant cette guerre dévastatrice, les hommes étaient au front, tandis que les chefs d'états bombardaient mutuellement les villes ennemies, anéantissant les habitations et leurs habitants avec. Notons alors que Vic âgé de 18 ans est en pleine maturation sexuelle, ce qui n'est pas pour arranger ses affaires, mais que Blood, son compagnon, en plus de palier un tant soit peu à sa solitude se révèle plus qu'utile. En effet, Blood est le résultat de l'expérimentation génétique humaine, qui a eu comme conséquence d'opérer en lui une mutation canine intelligente en plus de le doter de capacités télépathiques.
C'est dire comme il est utile à Vic, car en plus d'être le plus humain des survivants, Blood protégera aussi son maître, mais surtout se chargera de trouver femmes à violer pour Vic, qui est plutôt... très en manque...

 

 

Rendons tout de même à César ce qui appartient à Harlan Ellison, auteur du livre dont est tirée cette oeuvre atypique, comme son auteur, surtout connu en France pour l'anthologie "Dangereuses visions" qu'il compose en 1967, dans le but de lancer une nouvelle science-fiction, plus stylistique et expérimentale. Cette recherche stylistique, Ellison l'appliquera souvent dans ses textes, aux titres parfois étranges comme "Je n'ai pas de bouche et il faut que je crie" ou "Je vois un homme assis dans un fauteuil et le fauteuil lui mord la jambe". Auteur très prolifique qui plus est (même s'il n'a pas laissé de romans inoubliables), il a la réputation d'avoir écrit plus de mille nouvelles, ainsi que de nombreux scénarios pour la télévision ou la bande dessinée.
Et c'est plutôt talentueusement que L.Q. Jones l'adapte ici dans une mise en scène très dépouillée, à l'instar de la surface Terrestre, et les enjeux des personnages que l'on croise restent fluides à l'écran alors qu'on pouvait s'attendre à quelque chose de plus opaque. Tout ceci est filmé comme une ballade post-apocalyptique intimiste, désenchantée, ironique et souvent cruelle, et l'on est très loin ici du tout spectaculaire d'un Mad Max ou d'un Terminator qui, il convient de le dire, fut scénarisé par ce même Harlan Ellison ! Ce dernier est même, à l'heure où je tape cette petite chronique, en train de travailler avec Alex Proyas sur l'adaptation d'une de ses nouvelles : "Drive".

 

 

Pour en revenir au film même, A Boy and his Dog, ce qui étonne également (et c'est ici qu'entrent le plus en jeu les qualités de metteur en scène de L.Q. Jones), c'est son aspect narratif. L'histoire y est traitée sous l'angle télépathique du chien et de sa pensée exprimée ici en voix off. l'animal n'a du reste de l'homme qu'une image détestable, que ce soit avant comme après la guerre qui l'a fait muté, et non seulement c'est l'être le plus humanisé du film, mais aussi le plus intelligent; S'il met cette intelligence au service de Vic, c'est peut-être même parce qu'il voit en lui une possibilité de ré-humanisation.
Les femmes, pour le peu qu'il en reste, sont regroupées dans un immense sous-terrain du nom de "Topeka", géré par un Robot inquisiteur, et ne sont là qu'à des fins de reproduction. Et si Blood protège encore son éternel compagnon, c'est parce qu'il comprend la naïveté de celui-ci, inhérente à son âge et le manque d'expérience qui va avec. D'ailleurs, Vic se fera facilement trompé par Quilla Juin (Susanne Benton), fille de l'un des chefs suprêmes du comité de Topeka. Envoyée à la surface afin de récolter du sperme, elle séduira trop facilement le jeunot pour l'amener au final dans le sous-terrain, et ce malgré les recommandations de Blood.
Celui-ci, bien sûr fait prisonnier, s'en apercevra à ses dépends ; mais alors qu’il sera délivré par celle qui l'a capturé, c'est Blood qui en fera le sacrifice. Et je "spoile" ici la fin, car cela me tente trop tant je la trouve terrible autant dans les faits que dans son sens à donner. Vic trouvant Blood à demi-mort par la faim, choisira de sacrifier la femme pour son chien (un début de renouveau de sagesse, doublé d'une maturité naissante ?) ; celle-ci finira même en méchoui, Vic décidant de la faire cuire afin de sustenter le pauvre Blood, dont il a davantage besoin pour sa survie, il est vrai...

 

 

Bref, vous l'aurez compris, un bel ovni dans le paysage fantastique des seventies, qui ne s'est pas fait que des amis à l'époque, puisque l'écrivain susnommé, content du film dans son ensemble rage encore aujourd'hui après cette fin "un peu trop" machiste à son goût. Pareil, quelques manifestations féministes assez violentes ont eu lieu à l'époque, devant certaines salles projetant le film... Elles sont décidément pénibles ces féministes, car le film est bon !

 

Mallox
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