Insatiable Samantha, L'
Titre original: La sanguisuga conduce la danza
Genre: Erotique , Thriller
Année: 1975
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Alfredo Rizzo
Casting:
Giacomo Rossi-Stuart, Patrizia De Rossi (Patrizia Webley), Krista Nell, Femi Benussi, Luciano Pigozzi, Leo Valeriano, Marzia Damon, Barbara Marzano...
Aka: La malédiction des Marnak / The Bloodsucker Leads the Dance / La sangsue / The Passion of Evelyn / Il marchio di satana / The Leaches Lead the Dance/ The Mark of Satan
 

Irlande, début XXème siècle – Une petite troupe théâtrale de province vient d'achever sa tournée et se retrouve au chômage. Le groupe est composé de quatre femmes, plus un homme qui sert à la fois de larbin et de souffre-douleur, ceci à cause d'une niaiserie évidente et d'un physique peu avantageux. Le Samuel en question est amoureux d'une des vedettes de la troupe, Cora (Krista Nell), au langage vert et au comportement vulgaire évoquant plus la vendeuse de poissons à la criée que l'actrice de théâtre. Mais la belle se moque bien du nigaud (elle a beau être nymphomane, elle préfère les hommes grands et musclés) ; une indifférence partagée par le duo Rosalind/Penny, et pour cause, les deux femmes (l'une blanche, l'autre noire) sont lesbiennes. Seule la quatrième donzelle, la blonde Evelyn (Patrizia Webley), éprouve de la sympathie pour le pauvre garçon. Toujours est-il que le quintet n'a pas un avenir florissant, lorsqu'un comte vient se manifester à la fin de la dernière représentation.

L'homme, Richard Marnack (Giacomo Rossi-Stuart), est tombé sous le charme d'Evelyn, et l'invite à passer quelques jours dans son château, avec l'ensemble de la troupe. Tout le monde accepte avec joie, à l'exception de Samuel qui a un mauvais pressentiment. Le domaine des Marnack est situé sur une île non loin des côtes irlandaises. Une fois arrivés, les invités font connaissance avec le personnel au service du comte : Sybil, la gouvernante aimable comme une porte de prison (Femi Benussi), Jeffrey (Jefferson dans la VF), le majordome guindé et bigot, Gregory l'homme à tout faire (Luciano Pigozzi) ainsi que deux domestiques.

Ce séjour qui aurait pu être idyllique est rapidement plombé par l'attitude au mieux désagréable, au pire inquiétante, du personnel. Plus troublant, encore, Evelyn trouve dans sa chambre le portrait d'une femme lui ressemblant comme deux gouttes d'eau, qui se trouve être celui de Katherine, la femme du Comte, ayant mystérieusement disparu. Enfin, il y a cette étrange malédiction qui s'abat sur les Marnack depuis deux générations. Parce que leurs femmes les avaient trompés, le grand-oncle de Richard, puis son père, des années plus tard, les décapitèrent avec un long poignard maltais, avant de se jeter dans la mer depuis le sommet d'une tour du château.

 


Lorsque l'on se penche sur les films qui furent en leur temps catalogués en tant que gialli, mais qui ne l'étaient pas, on pense à des œuvres telles "La victime désignée", "Un coin tranquille à la campagne", "Voyeurs pervers", "Gran Bollito", ou "La peau qui brûle". "L'insatiable Samantha" fait indéniablement partie de cette catégorie. Il s'agit là d'un film "hors normes", par contre, dans son domaine, celui de la sexploitation. Déjà, ses différents titres d'exploitation méritent qu'on s'y attarde quelque peu. En France, il s'agit donc de "L'insatiable Samantha", mais point de Samantha dans le film (seul le personnage incarné par Krista Nell s'approche du qualificatif). En Italie, le titre original nous parle d'une "sangsue" qui mène la danse, sangsue qui se transforme en "suceur de sang" dans la version anglo-saxonne. Et là, on imagine le visage déconfit des personnes qui ont cru qu'il s'agissait d'un film de vampires. "Il marchio di satana" est tout aussi grotesque, et finalement ce sont nos amis du Québec qui avaient trouvé le titre le plus en rapport avec le sujet : "La malédiction des Marnack".

Non, "L'insatiable Samantha" (titre faisant plus penser à un porno genre "Ma sorcière bien baisée") est en fait un thriller mou du genou noyé dans un érotisme de bon aloi, mais aussi dans une sorte de mélodrame romantique à la limite de l'insoutenable. Cumulant plusieurs genres avec plus ou moins de bonheur, on peut en rajouter un autre : le porno. Années soixante-dix obligent (en plus, 1975 est l'année phare de l'expansion du cinéma X en Europe), des inserts hardcore (quatre au total) ont été rajoutés au film, uniquement pour la version destinée au marché français. Ces scènes additionnelles furent tournées dans les mêmes lieux, avec des doublures évidemment (aucun des acteurs du film n'a fait de porno, pas même Patrizia Webley qui était doublée autant dans "Malabimba" que dans "Les folles nuits de Caligula"). Les close-ups ont beau servir à faire illusion, la plupart de ces inserts n'en sont pas moins saugrenus. Le premier implique les deux lesbiennes : Rosalind (la blanche, interprétée par Marzia Damon), et Penny (la noire, Lidia Olizzi), et la scène de saphisme bascule à intervalles réguliers avec la doublure de Penny qui est… blanche ! Peu après, c'est au tour de l'infâme Luciano Pigozzi de violer Femi Benussi (qui est victime d'un chantage de sa part). Petit et râblé, Pigozzi est doublé par un grand sec, situation cocasse que l'on retrouve plus tard avec la plantureuse Patrizia Webley interchangeable avec une doublure aux petits seins. Bref, des quatre inserts, seul le troisième est véritablement réussi, mettant en lice Krista Nell venue s'encanailler avec un pêcheur dans une cabane.

 


Cette version hard ne fut donc disponible qu'en France, commercialisée en vidéo par VIP puis Socai. Quoi qu'il en soit, avec ou sans ces inserts, "L'insatiable Samantha" n'en reste pas moins une œuvre dans l'ensemble médiocre, ennuyeuse, où il faut attendre une heure avant de voir le premier meurtre. Notons, à ce propos, que les trois décapitations que compte le film se déroulent hors-champ. De quoi être frustré, mais le pire reste à venir. A dix minutes de la fin, un inspecteur de police émule de Sherlock Holmes (interprété par Luigi Batzella) déboule subitement au milieu de l'assistance (alors que l'île est censée être isolée à cause d'une mer agitée). Il trouve le coupable en moins de deux minutes, et l'histoire se conclut peu après avec un twist relativement foireux et improbable, il faut bien le dire. Faux giallo, thriller raté, "L'insatiable Samantha" vaut pour les plastiques de ses actrices, toutes dénudées à un moment ou à un autre. Les acteurs, quant à eux, rivalisent de grimaces, essayant de nous faire partager (en vain) l'horreur de la situation.

Dommage de voir Giacomo Rossi-Stuart aussi mal employé, quand on sait qu'il a joué dans des films autrement plus ambitieux comme "Opération peur" et "Duel au couteau". On regrettera aussi qu'il s'agissait là du dernier film de Krista Nell, l'actrice autrichienne mourant la même année d'une leucémie à vingt neuf ans seulement.

 


Et le réalisateur, dans tout cela ? Il est né à Nice, mais il est bel et bien italien. Acteur, essentiellement, il commença sa carrière dans les années quarante. Alfredo Rizzo, puisque c'est bien de lui dont on parle, a notamment joué dans les films de Massimo Pupillo ("Cimetière pour morts-vivants", "Vierges pour le bourreau"). On l'a vu également dans "Des filles pour un vampire" et "Le massacre des vampires". Il n'a réalisé que huit films, dont deux seulement ont traversé nos frontières, le second étant "Obsessions charnelles" ("Carnalita"), dans lequel jouait également Femi Benussi, et qui sortit aussi en France dans une version caviardée d'inserts hard.

Un mot enfin sur la musique, signée par l'un des spécialistes de la partition pour films-bis : Marcello Giombini. En effet, l'homme a signé des B.O. pour de petits chefs d'œuvre du cinéma de genre, dès les années 60. On lui doit notamment les musiques de "Duel au couteau", mais aussi de "La possédée", "Terreur Express", "Les évadées du camp d'amour" et sa fausse suite, "La nuit fantastique des morts-vivants", "Beast in Space", "Le journal érotique d'une Thaïlandaise" de notre Jean-Marie Pallardy national, et enfin, l'inénarrable "Anthropophagous".

Concernant "L'insatiable Samantha", on peut dire que Giombini a touché le fond, on croirait écouter un Bontempi désaccordé manipulé soit par un Richard Clayderman au bord de la dépression, soit par un Charly Oleg fin bourré ou franchement gâteux. Une B.O. en (dés)accord avec l'intrigue, en quelque sorte, et qui ne rehausse pas la qualité de l'œuvre, loin s'en faut. On remerciera Alfredo Rizzo d'avoir déshabillé le casting féminin. Pour le reste... On regrettera que l'atmosphère gothique du film soit si peu flamboyante, malgré la beauté des décors et des costumes.

 


Note : 3/10


Flint
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