Pénitencier du Colorado, Le
Titre original: Canon City
Genre: Film noir
Année: 1948
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Crane Wilbur
Casting:
Scott Brady, Jeff Corey, Whit Bissell, Stanley Clements, DeForest Kelley, Henry Brandon...
 

Profondément encastrées dans les montagnes du Colorado se trouvent les Gorges de l'Arkansas. Un funiculaire escalade à pic les rochers. Partant du fond de la gorge, il monte à 500 mètres jusqu'en haut du Canon. Un pont suspendu à 400 mètres au-dessus de l'Arkansas permet de franchir ces gorges...

 

 

C'est dans ce cadre grandiose que se trouve la ville qui fait l'objet du récit du Pénitencier du Colorado, Canon City : la ville des montagnards, des chasseurs de castors, des éclaireurs indiens et des chercheurs d'or. Elle a été fondée par des pionniers venus de l'Est. Elle a eu ses mineurs, ses trappeurs et ses colons et est désormais habitée par ses descendants. Canon City est le type même de la petite ville de l'Ouest américain. Une population de sept mille habitants, située à une altitude de 1700 mètres, avec de petites villas entoure la cité. Si en été le paysage est riant, en revanche, en hiver, le blizzard souffle des montagnes.
Mais dans cette ville se trouve une autre cité, sombre et triste, entourée de murs gris, de miradors où veillent des gardiens armés : le pénitencier de l'état du Colorado. Construit en 1868 par le gouvernement fédéral, ce pénitencier devint pénitencier d'état quand le Colorado fut admis dans l'Union en 1876. Depuis cette date, la loi amène au pénitencier ceux qui se croient plus forts qu'elle ; ceux que la société veut mettre hors d'état de nuire et toutes les catégories sont représentées : meurtriers, kidnappeurs, voleurs, cambrioleurs, escrocs...
Le directeur d'un pénitencier, celui-ci notamment, a une écrasante responsabilité : il a décision sur la vie et l'avenir de centaines d'hommes. Envers les irréductibles, il doit être irréductible. Envers ceux qui regrettent et désirent se racheter, il doit se montrer compréhensif. Évidemment, lorsqu'une douzaine d'hommes décide de s'évader en menant à bien son plan, l'objectif premier est de remettre en cage ces gens et dans ce cas, aucun état d'âme ne doit enfreindre ce qui est écrit dans la loi.

 

 

C'est donc sur ces bases et dans ce contexte que Canon City débute. Vous l'aurez compris je pense, Le pénitencier du Colorado n'est pas un film doté d'un budget considérable. C'est peut-être la raison pour laquelle son réalisateur, Crane Wilbur, opte assez souvent ainsi que globalement pour l'aspect documentaire - Canon City fourmille qui plus est de stock shots - en plus d'une voix off, elle même relatant de par ce manque originel, ce qu'il n'a pas les moyens d'illustrer à l'écran. Ainsi "assiste"-t-on à l'évasion, plus ou moins par procuration, de douze hommes que va s'évertuer à capturer notre directeur de prison.

La voix off vient faire office quasi systématiquement d'action tandis que la présentation minutieuse de la ville, présentée comme une toile d'araignée, apparaît comme un astucieux tour de passe-passe destiné à contourner un budget ridiculement bas.
Fort d'une expérience solide de metteur en scène avec plus d'une vingtaine de séries B à son actif et presque autant de courts-métrages, Crane Wilbur semble habitué à cet exercice consistant à mettre en scène des acteurs-stars dans de toutes petites productions.
On en profite pour rappeler qu'avant d'être réalisateur celui-ci fut acteur et scénariste, ce au temps du muet ainsi que dans les années 30. Son avant-dernier film comme scénariste-réalisateur sera The Bat ici chroniqué, avec Vincent Price et Agnes Moorehead. Mais les titres les plus reconnus auxquels l'homme a inscrit son nom sont avant tout tirés de ses scénarios. On citera à ce niveau "He Walked by Night", excellent film noir sur fond de criminalité cosigné Alfred Werker et Anthony Mann, mais aussi "L'homme au masque de cire" ou "Chasse au gang", tous deux d'André De Toth.

 

 

Canon City s'inscrit donc dans les récits criminels illustrés pour l'écran. Pour rajouter une part de réalisme à sa bobine, on nous rappelle dès le générique que les acteurs sont de véritables prisonniers. Si cela est vrai pour les figurants du film, il va de soi que les acteurs principaux qu'on trouve au casting n'étaient alors pas en taule à ce moment là. La voix off, comme déjà suggéré, fait donc office de fil conducteur, de narration et d'objet de suspens, nous indiquant les détails de l'évasion mais aussi le nombre de prisonniers encore en fuite. Pendant le même temps, on suit donc le parcours de plusieurs fugitifs que Wilbur tente de rendre - avec plus ou moins de bonheur - emblématiques. Dangereux, prêts-à-tout, il s'agit avant tout d'hommes avec ce qu'ils peuvent également contenir de faiblesses.
A l'actif du Pénitencier du Colorado donc, la présence en premier lieu d'acteurs de talent tels que Scott Brady ou Jeff Corey. On peut rajouter, dans un rôle secondaire de gardien, Henry Brandon, que chacun connaît pour son rôle de Scar dans "La prisonnière du désert" de Ford. Outre la solidité de leur jeu, l'aspect documentaire du film en fait à la fois sa force et sa faiblesse. Heureusement bien écrit, l'intriguant prend régulièrement et largement le dessus sur le spectaculaire.

 

 

Moins percutant que d'autres films noirs de l'époque - on pense tour à tour aux superbes Les démons de la liberté (1947) et "The Naked City" (1948) de Jules Dassin - Canon City n'ennuie pourtant à aucun moment et peut se targuer de maintenir un intérêt soutenu près de 80 minutes durant, ce qui, vous en conviendrez, n'est déjà pas si mal.


Mallox

 


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