Auberge de la Terreur, L'
Titre original: Terror on the Menu
Genre: Horreur , Comédie , Cannibalisme
Année: 1972
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Bud Townsend
Casting:
Linda Gillen, Mary Jackson, Arthur Space, John Nielson, Margaret Avery, Janet Wood...
Aka: Terror House / Terror at Red Wolf Inn / The Folks at Red Wolf Inn / Club Dead
 

Quand on est jeune et que la vie vous sourit, il faut savoir saisir sa chance. C'est ce que se dit Regina alors que, rentrant de cours, elle découvre une lettre l'invitant pour un séjour à l'oeil à l'auberge Red Wolf. Pas le temps de prévenir sa famille, elle crie sa joie au monde et se rend immédiatement sur place. L'accueil est des plus chaleureux, le couple âgé qui tient l'institution adorable, leur petit fils affectueusement surnommé "Baby John" plutôt beau garçon et Regina se lie très vite d'amitié avec les deux autres jeunes filles gracieusement conviées, un mannequin en devenir et une hippie sur la route. Pour parfaire un séjour qui s'annonce idéal, la cuisinière est un cordon bleu et ses festins sont généreusement arrosés. Mais quand ses camarades d'oisiveté disparaissent précipitamment l'une après l'autre et qu'on surveille de près l'accès à la chambre froide, notre héroïne commence à sérieusement se demander pourquoi le téléphone est perpétuellement en dérangement et surtout si ses charmants hôtes ne lui mijotent pas un coup tordu. Autant dire qu'elle ne sent pas trop dans son assiette et ne voudrait pas être le dindon de la farce...

 

 

Une jeune fille aux mains d'une famille de psychopathes avec un fils visiblement attardé qui vivent dans un coin reculé et dépècent avec délice leurs rares visiteurs, ça ne vous rappelle rien ? Et si je rajoute, sans vouloir raconter tout le film, que ses tentatives d'évasion la ramènent chez ses ravisseurs et qu'on y trouve des scènes de tensions où la caméra cadre en très gros plans les visages crispés sur fond de cris hystériques, on serait tenté de crier au plagiat de Massacre à la Tronçonneuse. A ceci près que nous sommes en 1972 et que le fameux classique de Tobe Hooper ne sortira que 2 ans plus tard ! On ne pourra dès lors s'empêcher de penser que la sombre vie d'Ed Gein ne fut pas sa seule source d'inspiration.

Ne nous méprenons pas, la comparaison s'arrête ici. Même si le spectateur aura cette troublante impression d'être en terrain connu, le traitement et le cadre que pose Townsend sont tout autres. Son auberge est un lieu de villégiature où règnent la sérénité, la bonhomie et la bonne chère (...humaine !). A l'exact opposé de la ferme crasseuse avec son mobilier au goût inimitable, elle invite à la détente, en se prélassant sur la plage autour d'un plateau de sandwiches ou en compagnie d'un bon livre sur le sofa. Le temps semble parfois se suspendre, comme dans ces scènes d'orgies culinaires festives ou dans celle de rapprochement entre Regina et Baby John (un des "premiers baisers" les plus maladroits de l'histoire du cinéma, à n'en pas douter) qui s'étirent étrangement. Au lieu de la saturation dans le glauque et l'anxiogène, ici tout est misé sur le contraste entre la bienveillante délicatesse des hôtes et leurs moeurs anthropophages des plus sauvages.

 

 

Un subtil humour s'invite également à la fête au travers de dialogues savoureux. La réaction impassible et maternelle des grands-parents face à la révolte colérique de leur petit-fils ou la sincère tristesse qu'ils affichent à la perte d'une plante verte entre deux meurtres, sont autant de moments désarmants. Enfin je vous laisse la surprise de la chute roublarde et de son générique inventif qui concluent le spectacle sur une note pleine d'ironie.

Il faut reconnaitre à Bud Townsend un talent certain pour faire habilement cohabiter candeur et perversion. Il exploitera cette aptitude et accessoirement marquera l'âge d'or du porno américain, avec sa célèbre comédie musicale, rigolarde et fesse-toyante Alice in Wonderland. Le reste de sa courte filmographie s'avère plutôt méconnu dans nos contrées. En dehors de Nightmare in Wax également chroniqué en ces lieux, il n'aura laissé à la postérité que deux sexy comédies (Coach et Beach Girls) qui mériteraient peut-être aussi leur dépoussiérage.

 

 

Le casting est solide, avec une mention spéciale à la prestation du couple Mary Jackson qui a fait l'essentiel de sa carrière sur le petit écran et Arthur Space, vétéran d'Hollywood au générique (ou pas) d'un nombre incalculable de bobines. On note également dans les deux plus petits rôles féminins la présence de Margaret Avery, oscarisée pour la Couleur Pourpre, mais surtout à l'affiche de "Hell Up in Harlem" de Larry Cohen en ce qui nous concerne, ainsi que celle de la blonde Janet Wood aperçue chez Russ Meyer (Mega Vixens).

Sans vous promettre un bain de sang et des torrents d'angoisse, Terror on the Menu, n'en est pas moins un solide petit film d'horreur, non dénué d'humour, qui se suit avec plaisir et mérite amplement un peu plus de reconnaissance, ne serait-ce que pour son antériorité sur le chef d'oeuvre de Hooper. Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter un séjour délectable à la Red Wolf Inn, vous serez toujours les bienvenus à table.

 

 

 

Princesse Rosebonbon

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