Vendredi sanguinaire
Titre original: Blutiger Freitag
Genre: Polar
Année: 1972
Pays d'origine: Allemagne / Italie
Réalisateur: Rolf Olsen
Casting:
Raimund Harmstorf, Amadeus August, Gianni Macchia, Christine Böhm, Ernst H. Hilbich, Gila von Weitershausen, Daniela Giordano...
Aka: S.O.S Police (Farah) / Tueurs professionnels (Ciné 7)
 

Un dangereux criminel, Heinz (l'impressionnant Raimund Harmstorf, clone avant l'heure d'Ewan McGregor en plus trapu) s'échappe d'un commissariat de police avec la complicité de ses deux acolytes Stevo (Ottone Mignone) et Luigi le rital (Gianni Macchia). La petite bande, renforcée bien vite par les deux nouvelles recrues Heïdi (Christine Böhm), la compagne de Luigi et son frère Christian (Amadeus August), éjecté de l'armée pour insubordination, fait de nouveau rapidement parler d'elle avec l'attaque sanglante d'un fourgon transportant un véritable arsenal de guerre. Un approvisionnement en armes à feu qui va leur permettre d'effectuer une opération encore plus considérable : la prise d'assaut d'une banque qui, elle aussi, se conclura dans un bain de sang...

 


Vendredi sanguinaire, ou comment les Allemands vont parvenir à surpasser les Italiens (ici co-producteurs tout de même) en matière de violence et d'immoralité. Quitte à paraître catégorique une bonne fois pour toutes, disons-le sans détour : le film de Rolf Olsen est le polar européen le plus sanglant des glorieuses seventies, La guerre des gangs de Fulci étant d'office hors-jeu, appartenant à la décade suivante. C'est ainsi que, perpétuellement plongé dans un climat de folie pas contagieuse mais presque, aidé beaucoup en cela par la réalisation archi-nerveuse et les angles de vue couillus qui se succèdent, le film multiplie les actes dégueulasses les plus impensables.


Rien ni personne ne sera épargné par les forfaits dévastateurs de Heinz et sa clique. Un piéton passe trop près de la voiture des bandits ? On le percute, on lui encastre la tronche dans le pare-brise, puis on le roue de coups pour qu'il lâche prise ; un flic est sur le point de contre-carrer les plans d'Heinz ? On réduit en bouillie informe son faciès contre un mur carrelé ; Un clébard se permet d'aboyer sans autorisation ? On lui balance un coup de savate bien ajusté pour qu'il la boucle ; Un vieil emmerdeur d'aveugle n'obéit pas aux ordres qu'on lui impose ? On le tabasse à même le sol pour montrer l'exemple, etc.

 


Quant aux rares fusillades, ici, elles font très mal : les bastos perforent les mains, explosent les buffets, sectionnent les carotides qui n'en finissent plus de pisser le sang. Mais la séquence la plus inconcevable montre un très jeune garçonnet, cinq, six ans pas plus qui, tranquillement, s'empare d'une grenade égarée par l'un des tueurs devant l'entrée de la banque et la manipule tout sourire comme s'il s'agissait d'un jouet comme les autres. L'enfant finit par lâcher la grenade dégoupillée. Un policier s'improvise bouclier humain en étouffant la déflagration avec son propre corps. Eventré, tentant de retenir les tripes s'échappant de son ventre, il succombera dans de longs cris d'agonie.


Terriblement scotchant et emblématique d'une époque culottée qui n'hésitait pas à braver tous les interdits, sans replier la queue entre les jambes. A celles et ceux qui ne voient là qu'un simple étal de boucher à ciel ouvert, je tiens toutefois à les rassurer : Vendredi sanguinaire propose bien plus que de la barbaque gratuite et donne même matière à réfléchir et pourquoi pas à débattre sur certaines moeurs d'ordre moral et économique évoquées à plusieurs reprises au cours du récit. Que ce soit par le personnage hautement réactionnaire d'Heinz ou bien via ces surprenantes séquences-vérité que l'on jurerait échappées d'un documentaire contestataire où les journalistes haranguent la foule de curieux amassés tout autour de la banque assiégée en leur demandant leur opinion sur des sujets aussi discutables que la peine de mort ou le châtiment à infliger aux pires hors-la-loi.

 


L'occasion d'entendre des discours radicaux franchement amusants (à voir donc impérativement en VF) comme peuvent l'être ceux d'Heinz. Heinz, le chien fou, le criminel, l'âme d'un chef mais individualiste dans l'âme, prêt à tout pour parvenir à ses fins, qui méprise profondément le genre humain, comme le prouve cette autre scène démente, peut-être bien la plus réussie finalement, où il s'envoie en l'air avec l'une de leurs otages, Marie (Gila Von Weitershausen), la fille d'un riche industriel. Aux images de leurs corps entremêlés pendant l'acte s'intercalent des plans d'autres corps nus batifolant (en fait, l'idée de l'amour selon Marie) avec des plans de carcasses animales découpées (l'amour selon Heinz).
Après avoir tiré son coup, Marie "le tas de viande" n'ayant plus aucune utilité à ses yeux, il l'étranglera, un acte décisif qui marquera la dissolution de sa bande, unanimement scandalisée par les pratiques d'Heinz et qui signera en même temps leur arrêt de mort. Plus qu'un simple bon film passé sous silence, Vendredi sanguinaire représente un accomplissement, une date, un sommet, un feu d'artifice, une pizza quatre fromages, une sorte d'apothéose dans la carrière d'un bissophile.

 

 

Throma
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