Francesca
Genre: Giallo
Année: 2015
Pays d'origine: Italie / Argentine
Réalisateur: Luciano Onetti
Casting:
Luis Emilio Rodriguez, Gustavo Dalessanro, Raul Gederlini, Silvina Grippaldi, Juan Bautista Massolo, Florencia Ollé...
 

Qui est Luciano Onetti ? On peut se poser la question après avoir vu Francesca, un thriller "moderne" désireux de ressusciter un genre que l'on pouvait croire définitivement mort. Luciano Onetti est donc un jeune réalisateur argentin issu d'une lignée italienne.
Comme il le déclarait dans une interview pour le Hollywood Investigator : L'art est universel, mais le giallo est typiquement italien. Voilà pourquoi Francesca fut tourné en italien, avec une intrigue située à Rome dans les années '70. Plutôt un défi quand on réside à Buenos Aires. Mais le résultat est probant, les frères Onetti (Nicolas étant producteur et co-scénariste avec Luciano) ayant réussi à nous faire remonter le temps. Ceci grâce à quelques artifices d'usage (véhicules, garde-robe, gadgets divers comme le magnétophone à bande, le projecteur diapos, la machine à écrire Olivetti...). C'est à Nicolas que revînt la tâche de faire la tournée des antiquaires pour récupérer tout ce qui était nécessaire.

 

 

Techniquement, le metteur en scène voulait une image lumineuse, des couleurs brillantes et saturées. Au niveau du fond, le but était de replonger le spectateur durant l'âge d'or du giallo. Et pour y parvenir, Luciano Onetti n'a pas hésité à puiser dans la filmographie des spécialistes du genre (Dario Argento, Mario Bava, Lucio Fulci...). L'influence la plus évidente (et Onetti ne s'en cache pas) provient de L'oiseau au plumage de cristal (notamment le début). On y retrouve bon nombre de similitudes dans la personnalité du tueur : étaler sur une table sa panoplie d'armes blanches avant d'en choisir une, prendre des photos de sa prochaine victime ou encore narguer la police au téléphone avec une voix trafiquée. Mais ce n'est pas tout, Francesca est en quelque sorte un Reader's Digest du thriller italien des années '60 et '70. Un condensé dans lequel se croisent poupée au faciès inquiétant, berceau annonciateur d'un drame, traumatisme d'enfance, mannequin baigné de filtres roses et bleus, tueur ganté, armes blanches (dont l'inévitable coupe-choux), mises à mort sadiques et théâtrales, bouteille de J&B, sexualité déviante ou contrariée, et imperméable rouge. Niveau sonore, cela va de la musique nerveuse à la Goblin à celle plus expérimentale tendance Morricone dans Le chat à neuf queues, ainsi que la comptine enfantine où l'on fredonne le thème de Frère Jacques, comme dans Blue Eyes of the Broken Doll et Les cloches de l'enfer (notons que la partition de Francesca est également due à Luciano Onetti). Encore un clin d'oeil en forme d'hommage, celui du livre que feuillette l'un des protagonistes du film, un giallo qui tire son nom des fameux romans policiers aux couvertures jaunes publiés en Italie entre 1930 et 1960.

 

 

Et l'intrigue dans tout cela ? Il y a quinze ans, une fillette fut kidnappée et jamais on ne la retrouva. Dix ans après les faits, la police clôtura le dossier. La gamine (de nature perverse, comme on peut s'en rendre compte dans des séances de flash-back) était la fille d'un poète et dramaturge renommé, Vittorio Visconti. Quant à la mère, Nina, elle enseignait le piano. Selon le témoignage de Visconti, un intrus cagoulé s'est introduit dans le domicile familial au moment des faits. Surpris, il s'est sauvé en enlevant Francesca. Dans la lutte, Vittorio fut gravement blessé. Une blessure qui le paralysa aux jambes. Depuis ce jour, il est confiné dans un fauteuil roulant et sa femme, dépressive et inconsolable, reste terrée dans la maison. Un lourd secret pèse également sur cette famille, le fait que Francesca aurait tué son petit frère, encore au berceau, après lui avoir enfoncé une pointe métallique dans l'oeil.

 

 

C'était il y a une quinzaine d'années, donc, et depuis, à l'exception du couple Visconti, tout le monde à Rome a oublié l'affaire Francesca. Sauf qu'une vague de crimes commence à semer la panique au sein de la capitale italienne. Un tueur mystérieux exécute à l'arme blanche des personnes au passé trouble. Il laisse après ses crimes une lettre anonyme dont les phrases sont extraites de La Divine Comédie, de Dante Alighieri (et plus précisément, du Cinquième Chant de l'Enfer). De plus, les victimes sont retrouvées avec des pièces sur les yeux, une allusion à Charon le nocher des Enfers. Or, il se trouve que le Cinquième Chant de l'Enfer avait été joué autrefois par Visconti. Il y est d'ailleurs question de deux amants maudits : Paolo Malatesta et Francesca da Rimini. Francesca... Est-ce vraiment une coïncidence, d'autant que le célèbre pianiste Giovanni Bianco doit donner un récital exceptionnel à Rome, et interpréter... Francesca da Rimini, composé par Tchaïkovski en 1876. Mais voilà, la veille de la représentation, Bianco est à son tour assassiné, la gorge tranchée par une lame de rasoir.

 

 

Avec Francesca, Luciano Onetti a su éviter les erreurs grossières de son premier opus, "Sonno Profondo". Là où il avait tout misé sur la forme au détriment du fond, pour aboutir à une oeuvre malheureusement indigeste malgré sa courte durée (moins de soixante-dix minutes), Onetti corrige ici le tir en modérant ses expériences arty et expérimentales. L'abus de références à son genre de prédilection avait plombé le premier long métrage du réalisateur. Francesca est encore chargé en symboles, mais bénéficie d'un scénario construit et d'un dénouement final inattendu en mesure de surprendre le spectateur.

Et bien que l'équipe de tournage ait dû composer avec des restrictions légitimes, comme éviter les lieux fréquentés vu que le film est censé se dérouler quarante-cinq ans en arrière, Francesca tient la route. Bien sûr, à cause de l'étroitesse du budget, la production n'a engagé que des acteurs amateurs, sans la moindre expérience, et dans un nombre limité. Cela explique pourquoi on ne verra jamais plus de trois personnes dans un plan serré, ni dans un plan large. Malgré cela, le manque de moyens de la production et d'expérience de la part du casting n'entravent pas la dynamique de ce Francesca. Les soixante-quinze minutes passent même comme une lettre à la poste. A noter qu'après le générique de fin se trouve une scène à l'ambiance torture-porn (figurant aussi dans les bonus en tant que scène cachée) posant une autre question : Vittorio Visconti était-il un pervers pédophile ? Une piste pas forcément évidente sauf au détour d'un passage où Visconti, en plein cauchemar, voit un homme âgé (son père ?) lui dire qu'il lui a récupéré des sous-vêtements. Toujours est-il que Francesca baigne dans un climat malsain de tous les instants, et s'il n'atteint pas le niveau d'un "Occhi di cristallo" réalisé par Eros Puglielli en 2004, il figure toutefois parmi les réussites plus qu'honorables du néo-giallo.

 

 

Flint



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