Willie Dynamite
Genre: Blaxploitation
Année: 1974
Pays d'origine: États-Unis
Réalisateur: Gilbert Moses
Casting:
Roscoe Orman, Diana Sands, Thalmus Rasulala, Joyce Walker, Roger Robinson, George Murdock, Albert Hall...
 

Willie Dynamite, proxénète arrogant et ambitieux voit ses plans pour prospérer défiés par des souteneurs rivaux qui n'hésitent pas à corrompre les flics afin de le mettre sur la touche puis de récupérer son cheptel de "femelles", voire de "bitches" puisque c'est ainsi qu'elles sont appelées. Lorsque le monde que Willie D a construit commence du coup à s'effriter, Cora, une femme jadis importante dans la vie de notre pimp, est de retour...

 

 

Willie Dynamite est considéré comme une blaxploitation emblématique. Il est également plutôt prisé des amateurs. Les raisons de ce succès d'estime ne tiennent pas uniquement à la qualité du film lui-même mais à ce qu'il charrie comme thèmes ainsi que dans le miroir qu'il tente de dresser de son époque et, en particulier, des rapports déséquilibrés entre les noirs et les blancs. Il s'inscrit aussi dans une mouvance un peu plus spécifique, celle de l'univers du "Pimp". On connait bien l'écrivain Chester Himes, grande figure du roman dédié aux afro-américains, le plus souvent sous couvert d'aventures fantaisistes autant que débridées. On connait un peu moins Iceberg Slim qui eut une influence assez conséquente et dont quelques romans furent adaptés à l'écran. C'est le cas de "Trick Baby" et de "Mama Black Widow", des descriptions sans fard de la vie des ghettos. Mais le roman qui a donné ses lettres de noblesses les précède, il s'agit de "Pimp" qui eut d'ailleurs droit à plusieurs éditions en France, formant une trilogie avec les deux opus suivants. Il est aussi l'auteur d'une étonnante biographie au titre évocateur : "Du temps où j'étais mac". Avec Willie Dynamite on pénètre carrément dans un sous-genre de la blaxploitation : la "pimp exploitation". Ce n'est du reste pas le seul représentant et l'on peut également citer parmi les plus connus "The Mac", tourné l'année précédente par Michael Campus et mettant en scène Max Julien ainsi que Richard Pryor (dans le rôle d'un dénommé Slim).

 

 

L'une des grandes caractéristiques de cette mouvance de la blaxploitation est de mettre en avant la corruption de la police, quand ce n'est pas de la justice américaine dans son ensemble. Dans Willie Dynamite, le flic blanc se montre régulièrement raciste, au mieux condescendant, et traite même un officier de police de couleur comme un supérieur qui lui ferait faire les tâches les plus ingrates. Pour le reste, il y a, tout comme dans les romans d'Iceberg Slim, une volonté exutoire, comme une mauvaise conscience qui chercherait à être "blanchie". C'est là que la démonstration qui est faite dans le film de Gilbert Moses tourne court. Le pimp, campé par Roscoe Orman, évolue en surfant sur toutes les bases du capitalisme américain, considéré comme symbole des blancs. Le métier de proxénète est le même que celui d'un entrepreneur, le marché est sujet à concurrence, souvent déloyale, le monopole est un but en soi, et les femmes sont réduites à l'état de produit et de maillon de la chaîne. D'une certaine manière on peut affirmer que cet état d'esprit est un miroir déformant du monde des blancs, un monde où le noir est asservi et qui le contraint de fait à l'individualisme. En cela le personnage de Willie D est assez symptomatique d'une volonté de ne pas assumer son propre état d'esprit, tout fait d'ambition et de mépris pour le genre humain. La faute au système, donc, un système fait par le blanc et dont les règles du jeu ne demandent qu'à être exploitées.

 

 

Une volonté d'exonérer un personnage au demeurant détestable avec une première demi-heure de bobine donnant envie de le voir se faire tuer, mieux encore, les voir s'entretuer, lui et ses concurrents. Dès l'entame, Willie Dynamite tombe dans un manichéisme et une caricature qui, outre de ne susciter aucune empathie pour le personnage, ne convainc pas. Hélas, la suite est à l'avenant et l'on nous sert un programme fait de prise de conscience puis de rédemption. "Grâce" à l'irruption de Cora dans la vie de Willy D, ce dernier va faire son introspection, même s'il faudra pour cela des morts. Willy Dynamite n'a plus, à un moment donné, que le choix entre sortir du merdier avec les honneurs ainsi que la conscience tranquille ou bien se brûler les ailes... Une voie qui d'un point de vue psychologique et de la caractérisation des personnages à l'écran ne parait jamais crédible.
Il est même des situations où l'on peut trouver ce personnage finalement assez pitoyable : lorsque celui-ci est arrêté par les flics, il use de stratagèmes borderline tandis que Willy se défend en dénonçant le côté anticonstitutionnel de leur démarche. Idem lorsque, après avoir été innocenté, il sort du commissariat et ne retrouve pas sa voiture, laquelle ayant été considérée comme illégalement garée, c-à-d devant le poste de police quand même, a été emmenée de façon complaisante à la fourrière. Il y a dans ces moments où le film s'escrime à illustrer l'acharnement du pouvoir blanc contre les afro-américains, quelque chose qui tient de la mauvaise foi. Du reste, si ces inégalités de traitement ont eu et ont encore cours à ce jour, on peut en dire tout autant des classes sociales et des méthodes musclées envers certains blancs. Les témoignages à cet égard, autant romancés que filmés, sont légion. Dès lors, non pas que ce qui est affirmé dans Willy Dynamite soit erroné, mais la démonstration se vautre dans une victimisation qui pourra pourtant réjouir le spectateur sans qu'il puisse être accusé de racisme.

 

 

Voir notre proxénète crier à l'injustice et à "l'anti-constitutionnalité" des démarches revêt ici quelque chose de pathétique. C'est aussi la raison pour laquelle il est difficile, voire impossible, de croire à la prise de conscience qu'on nous sert ensuite. Le thème du rachat et de la rédemption est vieux comme le Monde, on peut même affirmer qu'il est galvaudé, mais rien ne sauve ici les exactions d'un type prenant les femmes pour du bétail en les appelant "salopes" à tout bout de champ. Du coup, dès que le chemin de Willie Dynamite croise celui de Cora, ex-prostituée reconvertie dans la réhabilitation sociale, rien ne paraît plus crédible.

D'un point de vue du plaisir distillé, Willie Dynamite ne tient pas non plus vraiment ses promesses.
Si le côté invraisemblable des situations fait pencher la balance dans le mauvais sens, il en est malheureusement de même pour la mise en scène très hésitante de Gilbert Moses. Après un début franchement calamiteux et dont les enjeux peuvent échapper, Willy Dynamite trouve son rythme de croisière sans jamais passionner, faute à une mise en scène impersonnelle et techniquement purement fonctionnelle. Moses n'a pas laissé de grandes traces au cinéma, il n'est l'auteur que de deux films pour le cinéma, dont celui-ci pour lequel il compose même la plupart des thèmes musicaux (plutôt sympas malgré une influence un peu trop perfectible du thème d'Isaac Hayes pour "Shaft") et leurs paroles, ainsi qu'une autre sorte de blaxploitation, "The Fish That Saved Pittsburgh" (1979), comédie sportive autour du basket. Ses autres implications ne sont pas très nombreuses et se limitent à la télévision, de façon qu'on peut jauger un brin communautaristes ("Racines", "The Greatest Thing That Almost Happened"...).

 

 

Roscoe Orman ne possède pas le charisme suffisant pour porter le film sur ses épaules. Il est surtout connu pour être l'un des présentateurs les plus célèbres de l'ėmission "1, rue Sésame" et ce qu'il porte de mieux dans Willy Dynamite, c'est une garde-robe si flashante et hallucinante qu'elle devient assez vite la qualité principale du film, en plus de faire preuve d'un humour qui tend à faire se retourner les apparences contre notre anti-héros.
Bien entendu Willy Dynamite est l'occasion de rentrer dans un univers, et c'est sa valeur de témoignage qui fait sa principale qualité, celui d'une époque (pas tout à fait) révolue avec ses mœurs et une vision sociale clivante, tout cela capté à chaud.
C'est aussi l'occasion de se repaître des présences de quelques figures familières du genre : Thalmus Rasulala en premier lieu ("Le Vampire noir", "Cool Breeze", "Bucktown", "Friday Foster"...), Albert Hall dans le rôle du policier (aperçu avant dans Le casse de l'oncle Tom, on le reverra entre autres dans "Apocalypse Now" et "Malcom X"), ainsi que, au niveau de la gent féminine, Joyce Walker qui sort tout juste de "Les nouveaux exploits de Shaft", mais aussi et surtout Diana Sands dont c'est l'une des toutes dernières apparitions avant de décéder d'un cancer en septembre 1973.

 

 

Mallox

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