Soleil blanc du désert, Le
Titre original: Белое солнце пустыни / Beloïe solntsé poustyni
Genre: Historique , Action , Aventures
Année: 1970
Pays d'origine: Union Soviétique
Réalisateur: Vladimir Motyl
Casting:
Anatoli Kouznetsov, Spartak Mishulin, Pavel Louspekaïev, Kakhi Kavsadze, Raïssa Kourkina, Tamara Fedotova, Nikolaï Godovikov...
Aka: White Sun of the Desert
 

Asie Centrale soviétique vers 1920, Fiodor Ivanovitch Soukhov, vétéran démobilisé de l'armée rouge en cette fin de guerre civile, rentre chez lui en coupant par le désert. Il croise un indigène, Sayid, dans le sable jusqu'au cou (au sens littéral du terme). Dans le même temps, les anciens camarades de combat de Soukhov traquent le chef de bande Turkmène Abdulah le noir, ex-bandit devenu rebelle islamo-nationaliste. L'ayant raté de peu, ils ont capturé les neuf épouses survivantes d'Abdulah (qui, ne pouvant s'encombrer de son harem dans sa fuite, en a égorgé deux avant de décamper en urgence). De son côté, Soukhov, après avoir libéré Sayid et lui avoir souhaité bonne chance pour la suite (à savoir se venger de celui qui l'a enterré vivant après avoir tué son père et volé tous ses biens), reprend sa marche dans le désert et, le soir, recroise les membres de son ancienne unité. Ces derniers, faute d'avoir pu le convaincre de les rejoindre, obtiennent de lui qu'il escorte l'ex-harem d'Abdulah jusqu'en lieu sûr, leur permettant ainsi de reprendre leur traque du rebelle, et lui laissent dans le même temps une très jeune recrue inexpérimentée, Petroukha, pour le seconder (mais surtout pour se débarrasser d'un autre boulet)....

 

 

Superbe film d'aventures exploitant parfaitement de magnifiques décors naturels, Le Soleil blanc du désert fut un gros succès à sa sortie (35 millions de spectateurs en URSS) et a surtout acquis par la suite une sorte d'aura mythique qui en fait plus qu'un grand classique, un film légendaire. Une légende née sur le cosmodrome de Baïkonour, à quelques encablures d'un des lieux de tournage (voir annexe). Mais revenons au film lui-même et reconnaissons que c'est une grande réussite à tout point de vue. Ce divertissement mené tambour battant et sans temps mort est à la fois un film d'action au "body count" très élevé et un film d'aventures tout public. Certes, la "violence" ultra sèche et dépourvue d'excès sanglant du film est en même temps (comme dirait l'autre) un défaut et une qualité. Défaut, car le montage ultracut des scènes de combat est légèrement frustrant et souvent peu réaliste (quoi que moins que l'excès inverse avec les ultra-ralentis dans les scènes d'action qui apparaissent à la même époque dans le cinéma occidental). Qualité, car c'est aussi ce qui fait que Le Soleil blanc du désert est l'un des rares films d'action apprécié par les personnes complétement allergiques à la violence sur écran (et pour en avoir fait l'expérience dans mon entourage, je ne peux que confirmer).

 

 

On notera aussi la beauté très graphique de nombreux plans, la splendeur des décors naturels du métrage soutenant largement la comparaison avec la "Monument Valley" des westerns hollywoodiens. De plus, l'humour omniprésent est beaucoup plus fin que ce que l'on peut voir dans les films d'aventures occidentaux (pas de "punchline" aussi éléphantesque que prévisible). Il repose d'une part sur le choc culturel entre "Occidentaux" communistes et "indigènes" musulmans (et particulièrement entre le héros et son "harem" provisoire, dont les membres le considèrent comme leur nouvel époux et maître alors qu'il tente d'en faire une sorte de "soviet" féminin) ; et d'autre part sur les messages imaginaires, débutant ou terminant certaines séquences, que Soukhov envoie à son épouse restée au pays et où il décrit la situation (parfois désespérée) dans laquelle il se trouve par des euphémismes, souvent poétiques, mélangés aux "éléments de langage" (comme on dit de nos jours) de la propagande soviétique.
Par ailleurs, Le Soleil blanc du désert reprend en partie les codes du western, ici la lutte de quelques-uns contre un grand nombre, soit trois (suite au lâche assassinat de Petroukha par un Abdulah en niqab) contre... beaucoup. D'où l'utilisation du néologisme d'ostern (ou eastern) en Occident pour catégoriser ce film mais c'est oublier qu'il est aussi l'héritier des nombreux films soviétiques sur la guerre civile russe qui fleurirent dans les années 1930.

 

 

Enfin, la caractérisation et l'interprétation des trois personnages principaux sont aussi pour beaucoup dans la réussite du film. La bravoure sans esbroufe et l'héroïsme sans emphase du personnage de Fiodor Soukhov vont le rendre encore plus culte que le film. À côté de ce bolchevique russe "bon teint", les deux autres héros incarnent la diversité de l'URSS. Diversité ethnique et culturelle avec le guerrier turkmène laconique, diversité politique et sociale avec l'ex-fonctionnaire tsariste alcoolique. Les deux finiront par rallier Soukhov au péril de leurs vies par sens de l'honneur et du dévouement. Dans le même ordre d'idées, mais beaucoup moins crédible car inexpliqué, la bande d'Abdulah le noir est multiethnique, avec donc des turkmènes (ou en tout cas des musulmans typés moyen orientaux) mais aussi des turco-mongols (typés extrême-orientaux) et des circassiens (aux cheveux et yeux clairs et au faciès et à la tenue caractéristiques) et même des non musulmans avec (au moins) un sous-officier "russe blanc" rallié. Notons que le tournage a eu lieu dans le Karakum en pleine Asie Centrale pour les scènes de désert, et au Dagestan dans le Caucase russe pour les scènes sur les rives de la Caspienne (dont le combat final).

 

 

Tournage qui ne fut pas sans rencontrer de problème : d'une part, l'acteur jouant Abdulah le noir (le géorgien Kakhi Kavsadze) avait menti sur ses capacités équestres et le réalisateur Vladimir Motyl ne se rendit compte que trop tard qu'il ne savait absolument pas monter sur un bourrin, il fut donc obligé de le filmer en gros plan au milieu de figurants à cheval alors qu'il était juché sur les épaules de deux techniciens. D'autre part, Pavel Louspekaïev qui était mutilé de guerre (avec des prothèses à la place des pieds) vit son rôle au départ mineur d'ex-fonctionnaire tsariste augmenter au fur et à mesure de la réécriture du scénario, avec des scènes d'action qu'il mit un point d'honneur à accomplir lui-même en se bourrant d'antalgiques pour tenir le coup. Ce film lui apporta une célébrité tardive qu'il n'eut pas le temps de goûter puisqu'il mourut d'une rupture d'anévrisme quelques mois après sa sortie. De façon moins tragique, la carrière de Spartak Mishulin ne bénéficiera elle aussi que peu de la notoriété que lui apporta le rôle de Sayid. Condamné au cinéma aux rôles de Tatars alors que Russe authentique (et fils illégitime d'Alexander Fadeyev, écrivain stalinien connu en France pour avoir traité Jean-Paul Sartre de "hyène dactylographe"), il ressemblait plus dans le civil (et sans sur-bronzage) à Christian Clavier qu'à un guerrier de la steppe. Il retournera vite au théâtre à part pour quelques rôles dont celui de chef indien (d'Amérique) dans le western soviétique L'Homme du boulevard des Capucines. L'acteur principal, Anatoli Kouznetsov, et le réalisateur Vladimir Motyl, s'ils firent une longue et belle carrière (Kouznetsov fut entre autres dans la Pentalogie Libération) ne connurent jamais par la suite une telle réussite.

 

 

Sigtuna




En rapport avec le film :

Le porte bonheur des cosmonautes

Chaque mission spatiale soviétique puis russe sur Baïkonour suit un cérémoniel (que des mauvaises langues qualifieraient de superstitieux) très codifié, dont l'un des éléments les plus saugrenus est l'obligation pour les cosmonautes d'uriner en combinaison intégrale sur la roue arrière du minibus qui les a amené sur le pas de tir juste avant d'embarquer, et l'un des éléments les plus importants est de regarder la veille au soir de la mission Le Soleil blanc du désert. L'origine de ce rituel remonte à 1971. Cette année-là, l'union soviétique connaît sa plus grave catastrophe spatiale : les trois membres de l'expédition Soyouz 11 périssent lors de leur rentrée dans l'atmosphère. La même année l'expédition suivante, Soyouz 12 donc, se déroule sans encombre (il faut dire que la défaillance technique sur Soyouz 11 avait été identifiée et réparée) et, à leur retour sur Terre, lorsque la Pravda demanda aux cosmonautes ce qui les avait le plus marqués et impressionnés lors de leur mission spatiale, ils répondirent de concert "la vision du Soleil blanc du désert la veille du décollage". Depuis lors à Baïkonour, on passe ce film à tous ceux qui doivent partir dans l'espace, et depuis lors il n'y a plus jamais eu le moindre accident grave lors d'une mission habitée partant de Baïkonour.

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