Démons de la nuit, Les
Titre original: Schock
Genre: Epouvante , Possession
Année: 1977
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Mario Bava
Casting:
Daria Nicolodi, John Steiner, David Colin Jr., Ivan Rassimov, Nicola Salerno...
 

Si l'on excepte "La Venere d'Ille", téléfilm tourné l'année suivante, voici le testament cinématographique de Mario Bava, et malgré ses multiples détracteurs, je trouve personnellement ce film bon, et en aucun cas dû comme on a pu le dire, dans une passation de pouvoir fantasmée, au fifils de, à savoir l'exécrable Lamberto ("La Maison de la terreur", "Démons").
C'est un drôle de film auquel nous assistons ici puisque il sera difficile de ne pas penser à Dario Argento notamment dans sa forme, et il est assez étonnant de voir ici le maître inventeur Bava, qu'on l'aime ou non, venir emprunter les sentiers de son plus fidèle disciple et repreneur, avec même des citations des "Quatres mouches de velours gris" et des "Frissons de l'Angoisse", notamment dans certains plans et la présence d'un dessin d'enfant qu'on peut du reste prendre pour un clin d'oeil littéral. Etonnant que le maître s'en réfère à l'élève et si passation de pouvoir il y a dans ce film là, c'est surtout celle où Bava père reconnaîtrait son véritable fils, à savoir l'excellent Dario, avec lequel si l'on s'appuie sur les dires de ce dernier, il collaborera peu avant sa mort sur le très beau "Inferno".

 

 

Il est clair qu'on est loin de l'univers de Lamberto Bava et que ces "Démons de la nuit" ne lui doivent pas grand-chose. Il n'y a qu'à regarder ses propres films à venir pour voir qu'on assiste ici au négatif des films de Mabrouk Jr, puisque là ou Lamberto n'a jamais su diriger le moindre acteur, on assiste à une assez époustouflante prestation de Daria Nicolodi, qui n'est pas loin de tenir le film sur ses (jolies) épaules. Dans le fond c'est plutôt à un mélange d'influences venant tout droit de chez Stephen King et notamment "Shining" (le roman), puis du toujours pompé jamais égalé, l'ex génial Roman Polanski et son "Rosemary's Baby" d'une part, et surtout d'autre part à "Repulsion". Rappelons de quoi il s'agit dans cette bonne exploration de la psyché d'une femme au deuil impossible.

Dora sort tout juste d'un hôpital psychiatrique après une énorme dépression due au suicide de son compagnon sous forte emprise de l'héroïne et auquel elle a assisté alors. Celle-ci bien qu'encore fragilisée par ces faits, et alors qu'elle a malgré tout trouver à se remarier avec Bruno, Stewart de profession, revient vivre dans sa maison. Petit à petit elle semble retrouver ses marques, et doit le plus souvent s'occuper seule de son fils Marco, tandis que Bruno va de vol en vol et reste très absent au sein du foyer, Dora remarque que Marco se met de plus en plus fréquemment à adopter un comportement étrange. En effet, celui-ci semble obsédé par un mur de la cave fraîchement refait, et comble du déstabilisant, semble posséder certains donc télékinésiques. Tranquillement mais sûrement, elle va basculer dans une sorte de cauchemar éveillé où elle a aura du mal à distinguer la réalité des visions nocturnes dont elle est victime...

Au simple énoncé de l'histoire, on peut donc constater les influences susnommées. Tout comme dans "répulsion", nous entrons à l'intérieur de la psyché troublée d'une femme, à l'exception qu'ici, il s'agit d'une femme mature, dont Mario Bava dissèque et sa fragilisation de par son passé récent, et la difficulté à élever un enfant seul, de par le manque d'une autorité masculine complémentaire et donc pour le coup déséquilibrante. La psychose naviguera elle-même en terrain trouble puisque l'enfant en deviendra petit à petit l'un des principaux instruments. Dora se retrouve alors seule avec ses propres démons (le titre de sortie en salles Françaises pour une fois ne ment pas), et ne pourra compter que sur elle-même alors pour faire la part des choses, ce qui ne sera donc pas une mince affaire.

 

 

Le talent graphique de Mario Bava est selon moi sinon éclatant, au moins manifeste, d'abord la manière dont il filme (et offre son plus beau rôle à Daria Nicolodi) son actrice, de chaque plan, captant ses doutes, donnant le sentiment que la maison rétrécit, emmenant ainsi Dora et le spectateur dans un univers paranoïaque de très bon aloi, offrant à la fois un giallo de très bonne facture qui s'en va vite lorgner du côté du paranormal, et une étude psychologique sur la condition parfois ingrate de "Maman", en même temps qu'un film disons d'épouvante sinon d'horreur pour le moins ténu, en tout cas, brillamment mise en scène avec même des scènes de cauchemars dans lesquels les lames de rasoir s'animent au dessus de son lit, de façon presque onirique et pense même dans ces moment là autant que dans ses plans de murs de la cave qui reviennent à intervalles réguliers, au bon Lucio Fulci et son "Emmurée vivante", tant et si bien qu'on attend le cadavre derrière ces briques intrigantes.

Mario Bava part donc du Giallo pour dévier son chemin via des thèmes qui peuvent sembler éculés, à savoir la hantise et la possession, passant tel au travers d'un miroir ou même à travers ces briques trop fraîchement posées, pour rentrer de plein pied dans un univers fantastique presque parallèle, je dis presque parce que celui-ci ne se recoupera que trop avec la réalité de son personnage principal. Là où Mario Bava frappe le plus fort, soutenu par une très bonne partition de Libra (Groupe proche des Goblin et qui contient l'un de ses membres - d'où ce sentiment accru d'être parfois chez Argento), c'est dans la montée crescendo de la tension qu'il parvient à créer, avec ce qui ressemble à de la facilité assez déconcertante. Celui-ci s'attarde sur chaque détails de la maison, chaque bibelot devient matière à susciter le doute puis l'inquiétude, une lame de rasoir entre deux touches de piano parvient à générer la psychose, sa caméra se faufile souvent de manière spectrale dans les couloirs qui se font de plus en plus oppressants, se permet en passant quelques scènes au relents vénéneux comme celle où Marco, allongé sur sa mère semble proche du coït, le tout prenant forme avec aisance et harmonie pour culminer dans une frénétique poursuite finale qui parvient à prendre aux tripes, et que je ne dévoilerai pas ici.

 

 

Bref, ce dernier film exploité en salles de Mario Bava est un exercice de style (c'est d'ailleurs sa limite) très brillant, qui mérite une seconde vision, une seconde chance, et pour ma part loin d'être négligeable dans la carrière de son metteur en scène. On notera accessoirement que John Steiner y est très bien dirigé également.

 

Note : 7/10

 

Mallox
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