Golem, Le
Genre: Fantastique , Sorcellerie
Année: 1936
Pays d'origine: France / Tchécoslovaquie
Réalisateur: Julien Duvivier
Casting:
Harry Baur, Charles Dorat, Jany Holt, Roger Karl, Germaine Aussey, Roger Duchesne, Aimos, des lions...
 

Prague, 1610 - A la synagogue "vieille nouvelle", les juifs prient avec ferveur sous la direction du jeune rabbin Jacob. Les temps sont durs et la ville est frappée par la peste et la famine. Jacob est le successeur du fameux rabbin Loeuw, savant et sorcier, qui fut l'un des conseillers de l'empereur Rodolphe et, dit-on, le créateur du Golem. Selon la rumeur, celui-ci reposerait encore inanimé dans la soupente de la synagogue et son réveil ramènerait la prospérité dans le ghetto de Prague. Mais, malgré des sollicitations pressantes, Jacob, qui a hérité de Loeuw les secrets de l'animation du Golem, se refuse à le ramener à la vie tant qu'il n'aura pas reçu un signe du Divin. Au château, l'empereur Rodolphe, désormais âgé et légèrement sénile, a cédé la réalité du pouvoir au Chancelier Lang et ne s'intéresse plus qu'à ses maîtresses, et aux expériences alchimique de ses nombreux protégés. Pour asseoir son pouvoir, Lang l'a persuadé que l'existence du Golem constitue une menace pour sa propre vie (à l'empereur) et tient à ce qu'il épouse l'infante d'Espagne (toujours l'empereur, hein, ce dernier point, sans rapport à première vue avec le Golem, est important dans l'avancement d'une intrigue aussi alambiquée que pleine de trous). Dans le même temps, la comtesse Strada, favorite en titre de l'empereur, rencontre en rentrant à Prague un aventurier français, escroc à la petite semaine...

 

 

1936 - Les congés payés, le front populaire... Julien Duvivier, "Dudu" pour les intimes, grande figure de l'âge d'or du cinéma français (les années 30, bien sûr) qui inventa le film de gangsters hexagonal (Pépé le Moko) et sut cette année là le mieux capter l'esprit de l'époque, avec son génial et prophétique "La belle équipe", signa (toujours en 1936) ce beaucoup moins inspiré "Golem", preuve de son éclectisme dans les sujets, mais aussi de la valeur très variable de ses œuvres. Dans la filmographie de "Dudu", comme l'appelait Jean Gabin, qui fut avec Harry Baur son acteur fétiche, Le Golem est aujourd'hui bien oublié, et en le visionnant on comprend pourquoi. Je me dois de préciser que ce Golem ci n'est absolument pas un remake du célèbre film expressionniste allemand de Paul Wegener, ni une adaptation du tout aussi célèbre roman autrichien de Gustav Meyrink, et dans les deux cas c'est bien dommage car cela lui aurait au moins permis d'avoir un scénario cohérent. Ici, l'histoire est totalement artificielle et n'a pour but que de nous montrer dans le dernier quart d'heure la créature détruisant le décor, châtiant les méchants (enfin le méchant, et encore) et sauvant les héros (disons plutôt ce qui en tient lieu).

 

 

Coproduction tournée à Prague, ce métrage serait le plus gros budget du cinéma tchécoslovaque de l'époque s'il n'était pas un film français. Et là une question se pose : pourquoi être venu à Prague, alors que toutes les scènes ont était tournées en studio (y compris celles, peu nombreuses, censées se passer en extérieurs), ce qui était chose courante à l'époque. Alors certes, ces décors, bien que peu variés, sont très réussis, mais il est dommage de ne pas avoir tiré parti des trésors architecturaux de la ville, hormis lors de la séquence d'introduction dans la synagogue "vieille nouvelle". La créature en elle-même, que Duvivier nous cachera durant les trois-quarts du film, n'a rien de bien impressionnant (c'était déjà le cas dans le film de Wegener), et est incarnée par un gros type dégarni portant des semelles compensées lui permettant de dépasser, d'une demi tête tout au plus, le reste des acteurs. Créature qui s'en ira mollement, à la toute fin du métrage, faire des trous dans le beau décor au milieu de figurants peu concernés, et dont le plus grand acte de violence consistera à défenestrer (respectant ainsi une coutume locale) le chancelier de l'empereur.

 

 

Le cinéma français des années 30 se distinguant surtout par la qualité de ses scénaristes-dialoguistes et par ses grands numéros d'acteurs, on ne peut qu'être déçu en constatant que ce film pêche dans ces deux domaines. Je ne reviendrai pas sur le scénario, si ce n'est pour souligner que, quand il n'est pas assisté d'un Spaak ou d'un Jeanson, Duvivier n'est plus qu'un cinéaste comme les autres. Côté acteurs, le grand Harry Baur est une valeur sûre, mais son interprétation toute en puissance d'un Rodolphe pathétique et à demi sénile souffre du contraste avec le jeu très "léger" du reste de la distribution, et finit par paraître caricatural. Hormis Roger Karl, dans le rôle du conseiller Lang, les autres acteurs principaux sont transparents, voire carrément mauvais pour le jeune couple de "héros" juifs : Charles Dorat et Jany Holt. On notera, quand même, Dalio qui fait une "panouille" au début du film (il était à l'époque l'époux de Jany Holt, ce qui explique sa présence dans un si petit rôle) et Aimos en valet. On notera aussi, faute de goût se passant de commentaire, le rôle d'un nain (le bouffon de l'empereur) joué par un acteur de taille normale (en fait l'assistant réalisateur germano-tchèque Walter Schorsch) se contentant de se courber et de plier les genoux.

 

 

Les films méconnus des réalisateurs célèbres sont rarement des réussites, et Le Golem ne déroge hélas pas à cette règle. Il mérite malgré tout d'être vu, ne serait-ce que par curiosité (car ce n'est pas une purge non plus).

Note : 6/10

Sigtuna

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