Deranged
Genre: Horreur , Drame
Année: 1973
Pays d'origine: Canada / Etats-Unis
Réalisateur: Jeff Gillen, Alan Ormsby
Casting:
Roberts Blossom, Cosette Lee, Leslie Carlson, Tom Sims, Robert Warner, Marcia Diamond, Brian Smeagle...
 

Pas de doute, dans les adaptations de la vie d'Ed Gein, "Deranged" se tient décidément et au gré des visions, haut et fier, prenant un brin de patine sans pour autant prendre de coup de vieux, il passe le temps comme un film nécrophile, toujours un peu moins connu qu'on le souhaiterait, mais toujours un peu plus connu et reconnu qu'à sa sortie où il ne fit que peu de vague sinon au sein de sa production même. Il faut dire que ce dernier n'eut pas de chance et fut supplanté par une autre grande vision mordante et dérangée du célèbre tueur en série, mais cette fois-ci adaptée et même appliquée par Tobe Hooper à une famille entière au sein de son incontournable "Massacre à la tronçonneuse" en 1974, ce, presque vingt ans après les faits réels. Il semble que la réalité fût aussi brute que les fictions qui en furent tirées ("Psychose" semble être le premier) puisque c'est en 1957 à Plainville dans le Wisconsin qu'on retrouva les restes de quinze femmes, ni plus ni moins. Celles-ci gardées par Ed Gein devenu alors nécrophile invétéré quoique bien sous tous rapports avec son voisinage, voilà de quoi alimenter tout un pan du cinéma horrifique, ce qui ne manqua pas pour le meilleur et pour le pire...
Pour le meilleur ici puisque c'est dans une Amérique quelque peu désillusionnée par les médias et l'affaire du Watergates (déjà stigmatisée par Tobe Hooper et son standard) et pour une vision presque documentaire qu'optèrent ici les auteurs.

 

 

La légende veut que Bob Clark, tout d'abord à la naissance du projet se soit retiré en cours de route quelque peu apeuré par la crudité du sujet et par le traitement trop réaliste ici infligé. Toujours est-il que c'est tout un pan du cinéma de Bob Clark que l'on retrouve ici tant et si bien qu'on croirait même reconnaître sa patte derrière la caméra. Un peu logique me direz-vous puisque Alan Ormsby en homme à tout faire se retrouve ici aux commandes, alors qu'il fut acteur dans les films précédents du grand Bob, tels "Children Shouldn't Play with Dead Things" ou encore "Le mort-vivant", puis concepteur d'effets spéciaux pour les deux mêmes films puis "Shock Waves" un peu plus tard, puis encore scénariste (on pourra ajouter "La Féline" de Paul Shrader à la liste). Il en va de même pour son comparse Jeff Gillen que l'on retrouve dans les mêmes productions ainsi que le second film de Bob Clark, "She-Man" en 1967 et d'autres plus tardifs ("Les Porky's", "A Christmas Story"). Bref, autant dire que ce "Deranged" a des airs de "négritude", mais après tout peu importe et ce que l'on retient ; outre la volonté documentariste du film avec ce journaliste qui anticipe sur l'action à venir, c'est également un humour féroce et d'une noirceur jouissive, somme toute très British. On pourra même penser à ce que feront en 1992 en plus outrageusement farceur le trio Belge composé de Rémy Belvaux, André Bonzel et Benoit Poelvoorde pour leur "C'est arrivé près de chez vous", comme quoi, rien n'est jamais vraiment neuf.

 

 

Pour revenir pleinement à "Deranged", nous voici mis devant les faits, devant le personnage d'Ezra Cobb, vieux garçon restant au chevet de sa maman malade jusqu'à tant que celle-ci meure. Le voici alors totalement déstabilisé et très rapidement ne supporte pas la séparation et ce coupage de cordon bien trop subit, tant et si bien qu'il ira jusqu'à la déterrer pour la ramener à la maison. (Ce qui nous vaudra une arrestation pour excès de vitesse par le shérif local très drôle, vu l'odeur dégagée au sein de la voiture et la façon dont le fils range sa mère au plus vite, la pliant presque en deux). Très rapidement les valeurs pseudo chrétiennes de cette mère pour le moins possessive (N'est-elle pas la véritable coupable après tout ?) prendront le dessus jusqu'à raisonner dans l'esprit de Ezra. "Attention à ces femmes païennes qui tenteront de te salir par le sexe !" s'entend t-il encore dire alors que la voici morte depuis quelques mois. Normal alors que sollicité, malgré un physique très ingrat, que celui-ci passe rapidement de la dualité au meurtre pur et simple. Est-ce par ailleurs réellement la voix de sa mère qui résonne où l'a-t-elle complètement vampirisé au point que celui-ci se met à parler avec sa voix ? A l'instar de "Psychose" de Hitchcock, en un plan (la scène où celle-ci lui demande de rentrer alors qu'elle est enterrée puis après un panoramique à 360 degrés se figeant sur le visage de notre héros schizophrène) on comprend vite que c'est Ezra lui-même qui parle.
Décidément l'homme est touché, malade et c'est son apparence a priori inoffensive qui lui permettra sans être inquiété, de passer aux actes sanglants puis à une passion sans borne pour la nécrophilie. Dès lors ce ne sera plus qu'une longue et inexorable descente aux enfers pour lui-même et ses futures victimes.

 

 

Ce genre de choix cinématographique n'est bien sûr pas nouveau, mais autant dire qu'il fonctionne ici à merveille. Condition sine qua non à la réussite d'une telle entreprise, un acteur qui parvient à porter la chose sur ses épaules. Autant dire que c'est ici le cas et pas qu'un peu puisque Ezra Cobb est campé par un Roberts Blossom absolument stupéfiant ("Abattoir 5", "Rencontres du 3eme Type", "Christine"). Tant criant de vérité qu'il finit par transcender complètement "Deranged" jusqu'à même le vampiriser. Personne n'osera s'en plaindre, il fallait un acteur d'une telle envergure pour réussir cet exploit, car c'en est un assurément. Avec son nez aquilin, ses yeux de fouine un poil moqueuse, son teint de vieux fermier de 60 ans alors qu'il est sensé n'en avoir que 45, il compose un personnage tangible d'un bout à l'autre, à la fois pathétique et terrifiant, un personnage capable des pires horreurs et qu'on aura du mal pourtant à juger. Roberts Blossom parvient qui plus est à épouser l'habile mélange Documentaire / Humour à la perfection et l'on se surprendra à lâcher un rire à plusieurs reprises. Par exemple au sein de l'église où se déroule la procession de sa mère défunte, la façon dont il demande aux gens de parler moins fort afin de ne pas la réveiller est remarquable de par la candeur inébranlable qu'il insuffle à son personnage. De même lorsqu'une de ses proies encore vivante tentera pour se défendre d'un de ses assauts à la clavicule, de lui balancer sa mère en plein dedans. "Non pas ça !", lancera t-il désespéré. Difficile de le haïr, plus encore, on en arriverait presque à trouver le personnage sympathique.
Au-delà de l'acteur époustouflant, "Deranged" recèle bien d'autres scènes marquantes. Ainsi cette pseudo médium, presque le double de Ezra, et qui fera semblant de parler avec la voix de son mari afin que notre dérangé du ciboulot la baise, ce qu'il tentera de faire bien que malheureusement la voix de sa mère le rattrape au vol et que la charlatane y passe comme d'autres ensuite. Jeff Gillen et Alan Ormsby distillent les détails macabres de manière intelligente jusqu'à un final traumatisant. Ainsi Ezra s'en ira acheter un fusil (ce qu'on lui aura conseillé de faire) pour foutre directement un coup de plomb dans la tête d'une jeune femme à même le magasin. L'équarrissage final quand bien même plus suggéré que montré fait également son effet et reste longtemps en mémoire. Bref, "Deranged" est un film qui, l'air de rien, avec son faux rythme pseudo-docu, sa manière pince sans rire de nous montrer tout ça, reste captivant de bout en bout. On notera également des effets spéciaux habiles du jeune Tom Savini, une photographie au diapason, due à Jack McGowan (encore un habitué des films de Bob Clark), à la fois très épurée, mais qui se fait par moments très contrastée, presque baroque, ainsi qu'une partition carrément géniale due à Carl Zittrer ("Meurtre par Décret") qui semble composée au piano mais uniquement avec les cordes, ce qui ne manque pas de renforcer la dimension très "dérangée" de ce petit chef-d'oeuvre noir que reste au fil des ans "Deranged".

 

 

Note : 8/10

 

Mallox
 
A propos du film :
 
# Le producteur Tom Karr semble avoir trouvé les fonds (200 000 dollars) pour produire le film en organisant des concerts avec certains groupes connus tels Led Zeppelin, The Temptations ou Rod Stewart.
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