Godzilla Vs Megalon
Titre original: Gojira tai Megaro
Genre: Kaiju Eiga
Année: 1973
Pays d'origine: Japon
Réalisateur: Jun Fukuda
Casting:
Katsuhiko Sasaki, Hiroyuki Kawase, Yutaka Hayashi, Robert Dunham...
 

Douzième Godzilla, et pas des moins importants, puisqu'il introduit deux petits nouveaux dans la série : Megalon, jusqu'ici un concept ignoré, ainsi et surtout que le stupéfiant Jet Jaguar. Imaginez un robot, une sorte de mélange entre Ultraman et le Bouffon vert de Spiderman (au niveau du visage), peinturluré de façon psychédélique, décidant au beau milieu du film de passer d'une taille humaine (avec un balai dans le cul) à une taille monstrueuse (avec des plis plein le costume) et communiquant volontiers avec un grossier langage des signes. Et bien c'est ça, Jet Jaguar. Cette chose découle en fait de l'imagination d'un gamin japonais, vainqueur d'un concours organisé par les producteurs Toho et qui visait à offrir au public enfantin (cible majeure du studio) l'occasion de créer soi-même son propre monstre, à l'origine censé être opposé seul à seul à Megalon. Heureusement, les pontes de la Toho finirent par douter du bien-fondé du projet, et rajoutèrent là-dessus deux monstres plus porteurs : Gaigan, la créature de l'espace, ainsi bien entendu que Godzilla, l'héroïque lézard géant dont la renommée assurait d'ores et déjà un succès bien plus prononcé.

 

 

Le résultat de tout ça ? Du grand n'importe quoi infantile. L'histoire nous dit en effet que suite à quelques essais nucléaires, la planète va assez mal. Le peuple sous-marin de Seatopia (en fait plus ou moins des réchappés de l'Atlantide) n'est pas content, et tient à le faire savoir en envoyant Megalon détruire l'humanité terrestre. Pour s'assurer de leur victoire, ces individus tout de blanc vêtus s'approprient également le robot Jet Jaguar, censé guider Megalon dans sa tâche et qui fut construit en toute discrétion par deux scientifiques. Mais ceux-ci n'ont pas dit leur dernier mot et parviennent à reprendre contrôle de Jet Jaguar, envoyé illico sur l'Ile aux Monstres pour notifier à Godzilla qu'on a besoin de lui. Et puis après, c'est l'escalade : pendant que Godzilla arrive sans se presser, Jet Jaguar prend la taille de n'importe quel monstre venu, et de là, le chef de Seatopia négocie avec je ne sais quelle peuplade extra-terrestre pour qu'on lui envoie Gaigan dans les les plus brefs délais...

Par où commencer ? Cette intrigue ne tient pas debout et regorge de facilités scénaristiques à tomber à la renverse. Comment reprendre contrôle de Jet Jaguar alors que l'ordinateur central duquel partent tous ses ordres est aux mains des hommes de Seatopia ? Et bien c'est simple : en prenant la télécommande ! Et comment cela se fait-il que ce même Jet Jaguar puisse grandir comme ça en 5 secondes, après être revenu du côté des gentils ? Pour ça, pas de problème : il a la "détermination". Plus simplement, c'est juste qu'il a envie, voilà, fallait pas le faire chier. Oserais-je dire qu'il s'agit ici d'un élément Kubrickien : tel HAL dans 2001 L'Odyssée de l'Espace, Jet Jaguar acquiert sa conscience propre. Heureusement, il s'agit d'une bonne conscience, au grand soulagement des trois péquenots qui servent de personnages humains. Deux adultes ayant bâti le robot dans le plus grand secret et dans leur garage, pour le plus grand amusement du gamin qui leur sert de compagnon.
L'armée, quand à elle, est vite dépassée : les modèles réduits qui leur servent de tanks sont vite mis hors-course par un Megalon bondissant, déchaîné et détruisant véritablement tout sur son passage, guidé dans un premier temps par Jet Jaguar avant de se retrouver brièvement seul (moment où inexplicablement il se met à jouer à la marelle et à sautiller partout), jusqu'à ce que Gaigan vienne l'épauler... Ce qui nous amène donc sans temps mort au combat final, où le côté infantile de l'entreprise prend toute son ampleur. Godzilla et Jet Jaguar contre Megalon et Gaigan. D'un côté, le lézard et le robot géants, et de l'autre, deux monstres assez passe-partout mais néanmoins tout aussi géants. C'est assurément à ne pas manquer. Les deux parties ne s'aiment pas, et les méchants rigolent volontiers lorsqu'ils ont placés leurs ennemis en mauvaise posture. Ils sont complices, mais peut-être pas autant que les deux autres, qui se serrent la main pour se dire bonjour au début du combat.

 

 

Les clins d'oeil humoristiques sont omniprésents et se marient ma foi plutôt habilement à l'action en elle-même : il faut voir la prise spéciale de Godzilla, répétée plusieurs fois pour bien impressionner le spectateur et lui faire comprendre qui est le maître à bord. Pour peu, on se croirait dans un combat de catch à l'américaine, les effets spéciaux (plein d'explosions) et le charme des créatures en latex en plus. Les mouvements ne sont pas souples pour un sou, mais il n'empêche que ça ne gène en rien le réalisateur, Jun Fukuda, qui filme tout ça avec des plans rapprochés (forcément, sinon le côté "maquette" reprendrait le dessus) et qui n'a pas dû donner beaucoup d'indications à son monteur, tant les plans s'avèrent parfois assemblés n'importe comment...
N'empêche qu'avec tout ça, aussi débile soit-il, Godzilla Vs. Megalon est un film très plaisant, à l'ancienne, bourré d'action jusqu'à plus soif et jamais honteux de soit-même. Le traditionnel couplet moralisateur sur l'écologie se retrouve ainsi balancé avec la subtilité godzillesque habituelle aux deux extrémités du film, et se résume comme d'habitude à montrer du doigt le péril atomique et l'inconscience de l'homme, qui un beau jour risque bien de payer ses dettes à la nature. D'ici là, heureusement, on peut compter sur Godzilla et ses amis, comme le rappelle l'immonde chanson de fin. De la à dire que la Toho souhaite ardemment que l'activité nucléaire continue pour pouvoir produire plein d'autres films "Godzilla", il n'y a qu'un pas, et finalement l'exploitation de cette peur populaire est à rapprocher du même mouvement qui dans les années 50 avait conduit les américains à produire plein de films de science-fiction tournant autour de la paranoïa anti-communiste ou, comme ici, du péril atomique.

 

 

Note : 6/10

 

Walter Paisley
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