Ciakmull, l'homme par qui la vengeance arrive
Titre original: Ciakmull, l'uomo della vendetta
Genre: Western spaghetti
Année: 1970
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Enzo Barboni (sous le pseudo E.B. Clutcher)
Casting:
Leonard Mann, George Eastman, Woody Strode, Peter Martell, Evelyn Stewart (Ida Galli), Helmuth Schneider, Alain Naya, Romano Puppo, Luciano Rossi...
Aka: Ciakmull, le Batard de Dodge City / Chuck Moll / The Unholy Four
 

Cent mille dollars en sacs d'or doivent transiter dans une banque, convoyés par une diligence. L'affaire a pour cadre une petite ville, en pleine nuit. Une bande de hors-la-loi, au courant de la transaction, décide de s'emparer du butin. Afin d'y parvenir, les bandits créent une diversion en mettant le feu à l'asile d'aliénés situé à proximité de la banque. Il en résulte une fusillade à grande échelle dans la bourgade, s'achevant par la prise du butin d'un côté, et l'évasion de quatre détenus de l'asile, de l'autre.
Les fugitifs ont pour nom Hondo (George Eastman), Woody (Woody Strode) et Silver (Peter Martell). Et le quatrième ? Et bien il s'agit d'un amnésique (Leonard Mann) qui n'a pour souvenirs que ces trois dernières années, passées essentiellement dans l'asile parti en fumée. Tandis que le petit groupe s'échappe, un bandit agonisant reconnaît l'amnésique et l'appelle "Ciakmull", avant de rendre l'âme.
Mais pour l'heure, il importe pour les quatre hommes de trouver rapidement une planque, d'autant plus que le shérif a engagé une équipe de chasseurs de primes afin de les ramener morts ou vifs. Pendant ce temps, une partie des bandits va se faire décimer par des complices désireux d'augmenter leur part du gâteau. L'or va se retrouver à Dodge City, et c'est au même endroit que les quatre comparses vont finir par échouer, après avoir neutralisé les chasseurs de primes. Ciakmull semble être un pistolero hors-pair, même s'il ne s'en rappelle pas, et ses potes vont montrer une belle solidarité en l'aidant à retrouver la mémoire. Cela tombe bien, la clé du problème se trouve justement à Dodge City.

 

 

Quelques mois à peine avant de tourner "On l'appelle Trinita", qui va engendrer toute une flopée de westerns/comédies mettant en vedette le duo Terence Hill-Bud Spencer, mais aussi Giuliano Gemma, Enzo Barboni a donc réalisé ce "Ciakmull", bien plus sombre, même si certaines scènes préfigurent déjà ce qui constituera la démarche future du metteur en scène. A savoir un ressort comique, plus ou moins lourd suivant les circonstances. Dans "Ciakmull", ces passages ne sont pas indigestes, et constituent un relais appréciable au ressort dramatique de l'intrigue. Car l'histoire s'inspire fortement de la tragédie grecque (et de Shakespeare), avec cet homme en quête de son identité, un amour impossible, deux familles rivales s'affrontant sans répit, les liens du sang, la jalousie et l'esprit du sacrifice. Chaque personnage possède sa personnalité, avec un George Eastman pistolero et joueur de poker invétéré, Peter Martell expert en lancer de couteau, et Woody Strode à la fois lutteur et chanteur, et organiste à ses heures. Cela nous vaut ces fameuses scènes comiques, ayant pour cadres un saloon et une église.
Pour le reste, la ville de Dodge City, à l'image du film, tient bien la route, avec des décors riches et variés. Au préalable, Barboni aura gratifié le spectateur d'une superbe et longue scène dans une forêt, impliquant les fugitifs en prise avec les chasseurs de primes. Rarement une forêt n'aura été mise autant en valeur dans un western spaghetti. L'un des moments forts du film, sans aucun doute.

 

 

Les protagonistes de cette intrigue semblent s'être mis au diapason, et leurs diverses interprétations sont dans l'ensemble irréprochables. Le héros de l'histoire, Leonard Mann, n'est pas celui qui tire le plus son épingle du jeu, contraint à la sobriété de par son statut d'amnésique. On l'a vu plus teigneux dans une flopée de polars, notamment la doublette "Antigang" / "Action Immédiate" de Mario Caiano. A ses côtés, George Eastman est impérial, largement plus inspiré que dans les films de son ami Joe D'Amato. Peter Martell ("Meurtre dans la 17ème Avenue") et Woody Strode ("Keoma") complètent le quatuor avec talent. Une belle galerie de portraits à laquelle on peut rajouter d'autres "gueules" incontournables du cinéma-bis, comme les formidables Luciano Rossi et Romano Puppo. Enfin, la touche de l'élégance féminine est assurée par Evelyn Stewart ("Cran d'Arrêt", "L'Emmurée Vivante").

 

 

Si "Ciakmull" n'est pas un grand classique du genre, il reste une réussite du western spaghetti, bénéficiant d'un scénario solide, d'une réalisation honnête et d'un bon jeu d'acteurs, le tout dans des décors particulièrement bien mis en valeur. Seule la musique, pourtant signée Riz Ortolani, déçoit quelque peu, par son aspect répétitif et du fait qu'elle s'intègre parfois mal avec les images.
Malgré un ton souvent léger, Barboni conclue le film de manière apocalyptique, avec un final étourdissant qui laissera bon nombre des protagonistes sur le carreau, et nous rappelant ainsi que "Ciakmull" se voulait être en premier lieu un hommage aux héros de la Grèce antique.

note : 7/10

Flint
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