If Footmen Tire You, What Will Horses Do ?
Genre: Trash , Document
Année: 1971
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Ron Ormond
Casting:
Estus W. Pirkle, Judith Creech, Cecil Scaife, Gene McFall, Wes Saunders...
 

Etats-Unis 1971, un seul constat : ça y est, c'est fini, tout est foutu ! L'infanterie marche déjà sur nos terres, demain la cavalerie viendra nous achever. De quelle armée parle-t-on ? De l'abominable communisme, évidemment !

Le pasteur Pirkle incarne son propre personnage et tente avec toute sa foi de nous convaincre de l'imminence de l'apocalypse rouge, dont la déliquescence des moeurs modernes n'est que le signe avant-coureur, au travers d'un grand sermon lourd de catastrophisme et richement illustré. Il ne reste plus qu'un espoir pour la nation : le retour tant annoncé de notre sauveur, j'ai nommé Jésus Christ himself. Mais son salut se mérite et si on veut qu'il remonte sur le ring combattre les forces du mal, il va falloir se remettre dans le droit chemin et fissa... sinon il ira voir dans les autres pays s'il n'y a pas de meilleurs chrétiens à sauver (!!). Judy, une jeune dévergondée prête d'abord une oreille distraite au prêchi-prêcha puis finit par se laisser progressivement convaincre pour être enfin frappée par l'illumination. Alléluia, son âme est sauve... et la vôtre ?


Pour remettre les choses dans leur contexte il faut se pencher un peu sur le parcours du réalisateur. Ron Ormond passa la majeure partie de sa carrière depuis les années 50 à tourner ce qui se faisait de pire (doit-on dire de plus commun ?) en matière de cinéma d'exploitation. Outre des gorilleries en costumes de récup', on lui doit "Mesa of the Lost Women", "The Monster and the Striper" et autre joyeusetés raffinées qui ne prétendaient pas à plus qu'au divertissement décomplexé. Cependant vers 1970 sa vie prend un nouveau virage : il aurait survécu miraculeusement à un accident d'avion. Ses yeux s'ouvrent, il croit dur comme fer à l'intervention du Saint Esprit dans son sauvetage, renie sa vie de pêcheur et décide de consacrer le restant de sa carrière à répandre la bonne nouvelle parmi les mécréants et les damnés. Ses pensées ne tarderont pas à rentrer en résonance avec les sermons de divers prédicateurs baptistes dont Estus Pirkle, individu réputé pour son intégrisme et son anti-communisme viscéral. De leur rencontre ne tarderont pas à naître plusieurs oeuvres de propagande chrétienne dont If Footment Tire You, What Will Horses Do ? est l'exemple le plus halluciné.

 

 

On boucle sa ceinture et on s'embarque pour une petite heure de voyage dans l'oeil du cyclone de la paranoïa symptomatique de la Guerre Froide. Le Parti est déjà infiltré partout, il est derrière toutes les mutations de notre société, c'est lui qui manipule les étudiants et affaiblit les valeurs qui nous ont maintenu la tête hors de l'eau jusqu'à présent. Alcool, drogues, rock'n roll, danse, drive-in (sacré Ron, il est pas gonflé !), mini-jupes, éducation sexuelle, divorce, télévision, etc. sont autant de fléaux qui nous détournent de la lecture de la Bible, notre seul bouclier contre le Petit Livre Rouge.
Avant qu'on s'en soit rendu compte, les US seront balayés par la même vague qui a renversé en un éclair Russie, Chine, Corée et Cuba. Et là, fini de rigoler, nous annonce le prêtre à renfort de chiffres et de statistiques bidons : tous ceux qui ne seront plus en âge d'être rééduqués seront décimés à la kalashnikov et on se fraiera quotidiennement un chemin parmi les montagnes de cadavres pour se rendre aux travaux forcés de 5 heures du matin à 8 heures du soir sous la menace de féroces soldat à l'accent soviétique très approximatif, les deux jours de congés annuels étant consacrés à la propagande étatique. Les enfants seront arrachés à leurs mères, les maisons à leurs propriétaires et les femmes à leurs maris. En tant qu'ennemis désignés de la Révolution, les chrétiens seront les premiers martyrs et la moindre once de foi se paiera d'une balle dans le buffet. Alors oui, me direz-vous, vous pourriez vous tirer pénard du peloton d'exécution en abjurant et niant votre inclination pour l'économie de marché, mais ce serait vous exposer aux éternelles flammes de l'enfer ; pensez-y, ce serait quand même ballot.

 

 

Ce qui fait toute la saveur de ce brûlot parano, c'est que le réalisateur n'a pas oublié les bonnes vieilles ficelles de l'exploitation dans son accident et va s'escrimer à égaler par l'image, avec une complaisance non dissimulée, l'électro-choc que l'homme d'église veut transmettre par les paroles. Ainsi, dans les limites de réalisme qu'imposent son talent et son budget, il va aligner le plus grand nombre de morts et d'actes de sadisme de la part des tortionnaires communistes possibles à l'écran. Pour toucher la corde sensible du spectateur et le faire bondir de son siège on n'a jamais trouvé mieux que les enfants. Ici nos chères têtes blondes se font enlever, corrompre, réduire en esclavage, ligoter, torturer, crever les tympans avec bâtons taillés en pointe en rendant leur quatre-heure (?!) pour ne plus entendre la parole du Seigneur, égorger en masse et, au paroxysme de la violence gratuite, décapiter au sabre !
Les adultes (on notera au passage qu'ils sont toujours blancs et de classe moyenne...) sont aussi victimes des méchants buveurs de vodka en uniformes de pacotille : fusillés à la moindre occasion comme l'illustrent ces innombrables gros plans sur des corps criblés et sanguinolents, violés, trahis par leur proches, ils se retrouvent même embarqués dans des tortures assez curieuses comme cet homme privé d'eau et gavé de sel, ces gens qui doivent se contenter de fixer un mur ou cet autre suspendu pieds et poings liés par une corde et lâché par sa propre progéniture sur des fourches. Ormond sort aussi l'artillerie lourde quand il s'agit de plus nobles émotions. La rédemption de la jeune paumée du début est un grand moment de larmoiement hystérique sur fond de flash-backs bouleversants à tire-larigot des dernières volontés d'une pieuse mère à l'agonie. On effraie le badaud, on le fait pleurer un bon coup et on le ramène gentiment dans le giron de l'Eglise baptiste.

 

 

Bien entendu l'effet produit n'est pas celui escompté. Il ne fait pas de doute qu'une telle propagande était déjà ringarde à l'époque, cependant l'effondrement du bloc communiste a définitivement mis un terme aux fantasmes de rapprochement entre l'Evangile selon Saint Jean et le Péril Rouge. Le spectateur actuel sera immanquablement amusé et abasourdi par telle ineptie obscurantiste. C'est un vrai régal que de voir si bel acharnement dans le plus mauvais goût et il est inutile de préciser qu'on ne s'ennuie pas une seconde entre les anticipations fantasques débitées frénétiquement par le révérend et les débordements racoleurs de leur représentation. Beau comme un tube de Jean-Pax Méfret.

 

Princesse Rosebonbon

 

A propos du film :


# Pour la petite histoire on notera qu'Ormond aurait arrêté sa collaboration avec Pirkle quand il s'est rendu compte que ce dernier ne pensait qu'à s'en mettre plein les poches et était en train de le plumer.

# La séance de propagande telle que décrite par le Révérend Pirkle "Communism is good, christianity is stupid,..." a été détournée en musique par le groupe Negativland.
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