Maison des 1000 morts, La
Titre original: House of 1000 corpses
Genre: Horreur
Année: 2003
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Rob Zombie
Casting:
Sid Haig, Bill Moseley, Sheri Moon, Karen Black, Robert Mukes, Dennis Fimple, Matthew McGrory, Rainn Wilson, Chris Hardwick, Erin Daniels, Jenifer Jostyn...
 

En cette nuit d'Halloween 1977, quatre amis s'arrêtent prendre de l'essence dans une station service pour le moins originale, située au bord d'une route perdue du comté de Ruggsville, Texas. Intrigués par l'endroit, ils sympathisent avec le gérant, individu haut en couleurs avec un penchant pour les clowns. Ce dernier les informe au sujet d'une légende urbaine locale, ce qui attise leur curiosité de plus belle. En effet ils sont dans le coin à la recherche d'attractions originales afin de publier un guide touristique. Bien que réticent, le pompiste leur dessine un plan, et en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, le petit groupe s'enfonce dans la nuit à la recherche de la tombe d'un certain Dr Satan.

Ainsi commence "House of 1000 corpses", premier long métrage du rocker Robert Cummings, plus connu sous le nom de Rob Zombie. Au premier abord, le synopsis paraît des plus classiques... et c'est voulu. En effet, le but de Rob Zombie est de rendre hommage au cinéma d'horreur des seventies, son genre de prédilection. Alors y est-il parvenu ? C'est ce que nous allons déterminer tandis que nous dépècerons couche par couche cette œuvre pour le moins déconcertante.
"House..." commence donc comme tout film de genre indépendant par un groupe de jeunes insouciants qui s'aventurent dans un milieu qui leur est inconnu et se trouvent confrontés, en général suite à une maladresse ou une erreur de jugement, face à une situation aussi inattendue que dangereuse. Ici, l'action se situe fin des années soixante-dix. On peut voir ça comme un hommage évident rendu au genre, mais également comme une astuce scénaristique : en effet, il est plus simple d'isoler un groupe de gens dans un "no man's land" si l'action se déroule dans une époque dépourvue de téléphones portables !
La première partie du film nous présente donc les personnages. Autant le dire, ils sont hauts en couleurs. Tout d'abord, nous avons les héros de l'histoire, à savoir Bill (Rainn Wilson), Jerry (Chris Hardwick), Denise (Erin Daniels) et Mary (Jenifer Jostyn). Ils sont très représentatifs de la classe moyenne américaine. Les garçons sont deux parfaits crétins (avec d'un côté l'intello limite puceau et de l'autre le gros beauf vicelard et lourdingue... classique je vous dit !) et les filles sont deux pétasses de premier cru. Bref, pas de quoi sortir les mouchoirs... Viennent ensuite les ordures... et croyez-moi, elles sont gratinées !
Commençons par ordre d'apparition : tout d'abord, le capitaine Spaulding (Sid Haig). C'est un vieux briscard cradingue de la soixantaine, grande gueule et à la vanne facile. Il gère une station-service qui fait également office de musée des horreurs, de petit train du meurtre et de fast-food spécialisé dans le poulet frit. Il aime également se déguiser en clown, ce qui lui confère un look on ne peut plus inquiétant. A ses côtés, un faire-valoir, sorte de gorille attardé qui porte le nom de Barelli.

 

 

Ensuite nous avons l'auto-stoppeuse que vont croiser nos héros tandis qu'ils partent à la recherche du Dr Satan. Il s'agit d'une plantureuse blonde portant le nom de Baby. Ici, je vais faire un aparté : cela ne vous rappelle-t-il rien ? Si, bien sûr... bien que l'emballage soit différent, le paquet reste le même : nous voici sur le schéma de "Massacre à la tronçonneuse" de Tobe Hooper, l'une des références de Rob. Le parallèle Spaulding / Drayton Sawyer et Baby / Hitchhiker, est ici plus qu'évident. La rencontre avec Baby ne promet rien de bon pour nos héros qui, suite à une crevaison, se voient dans l'obligation de rencontrer le reste de la famille de la demoiselle (qui habite une grande maison délabrée non loin de là, dans la pampa.). Et quelle famille ! Dans l'ordre :
Mama Firefly (Karen Black) : une vieille nympho exubérante sur le retour friande de jeunes célibataires. Rufus T. Jnr Firefly (Robert Mukes) : un colosse taciturne et adepte de la mécanique, frère de Baby et Tiny. Tiny Firefly (Matthew McGrory) : un géant muet, difforme et grand brûlé, petit frère de Baby et Rufus Jnr. Grandpa Firefly : un vieux grabataire salace. Otis B. Driftwood : apparaît comme étant le chef du clan (ce qui sera démenti dans "The Devil's rejects" en faveur du capitaine Spaulding). C'est un mégalomane mystique, psychopathe et sans pitié, aux allures de Charles Manson.
Comme vous pouvez le constater, les Firefly n'ont rien à envier aux Sawyer d'un point de vue psychologique... autant dire que Bill, Jerry, Denise et Mary sont très mal barrés ! En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, l'une des filles se crêpe le chignon avec Baby, et enclenche la machine infernale ; si bien que nos quatre héros se retrouvent bientôt dans une situation désespérée.
Le temps passe, et le père d'une des filles s'inquiète de la disparition de son enfant. Comme tout bon papa, il alerte la police qui prend les choses en main en envoyant deux officiers, le lieutenant George Wydell (Tom Towles) et son député (Walton Goggins). Wydell est un vieux renard et son acolyte un bleu qui se prend pour John Wayne. Après une visite chez Spaulding, là où la fille donna de ses nouvelles pour la dernière fois, les deux flics partent en direction d'une ferme, sur les directives du garagiste. Ils sont loin d'imaginer sur quoi ils vont tomber. A présent tout est en place et le carnage peut commencer.

 

 

Nous sommes à mi-chemin du métrage et force est de constater qu'il y a du bon mais aussi quelques maladresses. Du point de vue des bonnes choses, on peut dire que Rob à su créer des personnages aussi intéressants sinon plus, que la famille Sawyer dont il s'inspire. Il n'a pas de problèmes pour créer une ambiance malsaine et s'y connaît visiblement en matière de direction d'acteurs. En revanche on regrette le sous-emploi du capitaine Spaulding, qui, avec Otis forme le duo de personnages le plus complexe du lot. Or, on ne le voit que dans les dix premières minutes du film... c'est dommage. Mais l'aspect où Rob pêche le plus jusqu'à présent, c'est dans son choix de montage.
En effet, dans son film Rob inclut des mini-séquences. Elles sont parfois filmées en mode négatif ou en ce qui semblerait être du 16mm, quand ce ne sont pas des extraits d'autres films. Certaines sont là en tant que clin d'œil (l'extrait en noir et blanc de "La maison de l'horreur"), d'autres sont des parodies d'émissions d'antan (le Docteur Wolfenstein, en noir et blanc également) ou bien font office de prémonition (la tombe du docteur Satan). Elles peuvent également illustrer les pensées des personnages (le fantasme nécrophile de Baby) ou servir d'à propos sur un mode de réflexion (lorsque Baby cite les propos de la famille Manson). L'idée en soit est bonne, mais Zombie en abuse, ce qui a pour conséquence de désorienter le spectateur qui finit par ne plus rien comprendre. Certes, les choses s'éclaircissent au bout de deux - trois visionnages, mais quand même... en plus, les inserts en mode négatif sont agressifs à l'oeil et donc désagréables. Il en fait donc trop, visuellement, et on se demande si ce n'est pas son côté "clippeur" qui ressort. Abordons à présent la suite du film.
Le premier à mordre la poussière est Bill. C'est une séquence brève (en insert 16mm, avec le fameux discours "Famille Manson") mais violente. Le pauvre Bill est ligoté aux quatre membres tandis qu'Otis lui passe le visage au coupe-chou. Pendant ce temps Baby rie et danse sur de la musique. Alors, Otis saisit une hachette et soulage notre "Geek" d'un avant bras, avant de le lui enfoncer dans la bouche ! Le résultat est graphique, puisque s'ensuit un plan ou l'on retrouve le cadavre de Bill transformé en "Garçon-poisson", selon les propres termes d'Otis ! On comprend dés lors d'où proviennent les attractions du capitaine Spaulding !

 

 

Les prochains à mordre la poussière seront les deux flics. La mise en scène de la mort du "Bleu" figure à mon sens parmi les morceaux d'anthologie du cinéma de genre. Le gars est à genoux au beau milieu d'un terrain vague, les bras croisés derrière la tête. Otis pointe sur son front le canon de son flingue de service. Mis à part la rengaine ringarde d'un morceau de Hank Williams, il n'y a pas l'âme d'un bruit. Tout à coup, une caméra montée sur grue et filmant donc en angle surélevé, s'éloigne petit à petit de la scène. Puis, la musique cesse et la caméra continue de s'éloigner tandis que les protagonistes, toujours immobiles, paraissent de plus en plus petits. Finalement Otis tire. On sursaute. L'instant est saisissant. La suite du film bascule dans le surnaturel et selon moi, ressemble plus à un vidéo clip déjanté qu'à un film.
Après que Mary se soit fait poignardée à mort par Baby, Denise et Jerry sont enfermés dans un cercueil et plongés dans une grotte, tandis que les Firefly se lancent dans un rite satanique autour d'un bûcher! Là, ils se font agressés par des zombies qui se révèlent être les cobayes (soit ratés, soit en devenir... ce n'est pas très clair.) du Dr Satan. Ces gens errent dans des tunnels depuis des lustres, abandonnés de tous. Denise fini par tomber sur le repaire du docteur, qui y pratique toutes sortes d'expériences barbares en vue de créer une race de surhommes. Là, elle tombe sur Jerry qui subit une trépanation (beurk !) et claque dans une série de convulsions. Pourchassée par un humanoïde monstrueux (le professeur, qui, soi-disant en passant, serait le père de Tiny...), elle finit néanmoins par s'évader et remonter à la surface. Là, à bout de forces, elle tombe sur un automobiliste qui la prend en stop. Malheureusement pour elle, il s'agit du capitaine Spaulding qui s'empresse de l'emmener voir le docteur... Satan ! Denise se réveillera en hurlant pour se trouver ligotée sur le fauteuil d'opérations, à la merci du Dr Satan.
Tout ce passage est beaucoup moins inspiré que le reste du film. Déjà, l'idée d'un monde souterrain rempli de gens lobotomisés est invraisemblable, tout comme la clinique du docteur Satan. Seul, le passage ou le cercueil descend dans le puits dégage une ambiance glauque à souhait. Otis fait descendre en même temps que le cercueil, un magnétophone qui diffuse des incantations sataniques lugubres, apportant ainsi une dimension vraiment angoissante à la scène. Pour le reste, tout est tellement tiré par les cheveux que l'on n'y croit pas un instant. On se croirait dans "Alice au pays des horreurs". Les décors sont soit surréalistes (l'allée de cadavres menant au repaire du docteur Satan ; la clinique qui ressemble à un hall d'église... barré de chez barré !), soit super cheap (la galerie souterraine), et le tout, je le répète , dégage une ambiance cent pour cent clip. On s'attend limite à voir débouler Alice Cooper ou Marilyn Manson...

 

 

Comment expliquer ce revirement radical de mise en scène ? Rob était-il sous champis lorsqu'il a filmé la séquence ? Marilyn Manson est-il le fils caché du Dr Satan ? Les nains mangeaient-ils de la soupe étant petits ?
La vérité est incertaine. Il est clair qu'à l'origine, Rob avait stipulé vouloir faire un film sans concessions. Lorsque le film fut achevé dans sa version initiale, le distributeur prit peur à la vue du contenu, et obligea Rob à procéder à de nombreuses coupes et changements, avant de finalement laisser tomber le projet. Il est fort possible que toute cette partie résulte de ces changements. Ainsi, l'oeuvre resta quelques temps au placard avant que "Lion's Gate" ne se décide à le distribuer...
Bien qu'inégal en qualité, cette première oeuvre de Rob reste une vitrine où l'aspirant réalisateur nous montre toute l'étendue de son talent de cinéaste. Une aura de passion s'en dégage, et la diversité des techniques mises en oeuvre ainsi que tout le soin apporté à la réalisation et à l'esthétique laissent pantois. Il est vraiment regrettable que les cols blancs de la distribution s'en soient mêlés, car sans eux il est fort à parier que ce film aurait eu une toute autre saveur. A noter également une bande son bien rock, prise en charge également par Rob, avec un générique qui met tout de suite dans l'ambiance.
En définitive, votre serviteur est conquis, et malgré ses quelques faiblesses il a d'ores et déjà ajouté le dvd à sa collection, et vous somme d'en faire autant. Ce film est voué, tout comme sa suite, à devenir culte et le nom de Rob Zombie est en passe de figurer dans le panthéon des grands noms du genre. Il ne reste plus qu'à espérer que sa carrière ne prendra pas le même chemin que celle de Tobe Hooper, dont le puits créatif s'est asséché bien trop tôt.

 

Note : 7/10

 

@rmaggedom
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