Masque de la Mort Rouge, Le
Titre original: The Masque of the Red Death
Genre: Fantastique
Année: 1964
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Roger Corman
Casting:
Vincent Price, Hazel Court, Jane Asher, David Weston, Nigel Green, Patrick Magee...
 

Dans l'Italie du Moyen-Age, le prince Prospero règne en despote sur ses serfs et sur sa cour. Mais la Mort Rouge, une épidémie, va s'abattre sur ses terres. Le prince va alors se retrancher dans son château, en compagnie de sa cour qui lui est soumise ainsi que d'une poignée de paysans, et il va encourager l'assistance à la débauche, afin de servir Satan, son maître.

 

 

Première chose remarquable : la photographie n'est ici plus signée Floyd Crosby, mais Nicolas Roeg. Et pourtant, Roeg parvient largement a égaler son confrère, voire même à lui être supérieur, ce qui n'est pas une mince affaire. Il faut dire que le scénario ne situe plus l'action dans un cadre gothique de la tradition romantique, mais dans un cadre moyenâgeux. Il aurait alors été difficile d'intégrer les éléments gothiques, sombres et biscornus, aux décors du film. Malgré tout, nous avons donc droit à des décors sublimes, avec mention spéciale aux quatre salles colorées : la salle jaune, la salle mauve, la salle blanche, et la salle noire, aux couleurs vives saturées (donc contraires à la tradition cormanienne) mais magnifiques...
Chose qui s'explique en outre par le fait que le personnage principal, le prince Prospero, n'est plus un personnage maudit écrasé par la fatalité, mais bien un riche seigneur à son apogée. Ce que l'arrivée de la Mort Rouge va encore renforcer. Ainsi, le prince va être l'ultime abri pour toute sa cour, qui va être amenée à se soumettre encore plus à ses volontés. D'ailleurs Prospero est un personnage d'une cruauté sans bornes. Il humilie sa cour, pousse les villageois à s'entre-tuer, enlève leurs femmes, bafoue la sienne, encourage les débauches de sexe et de violence.
Bref il est bien un adorateur de Satan, auquel seront confrontés les trois villageois, réduits à deux dans le feu de l'action. Ils y seront confrontés en mettant en avant leur pureté. Pourtant, là où est le génie de Corman, c'est de les mettre face à face avec les contradictions de leur pureté chrétienne. C'est Prospero lui-même qui s'en chargera, avec un cynisme qui impose le respect, et auquel les personnages "bons" restent sans réponses. Ainsi, quand on lui reproche sa cruauté, il objecte que l'Inquisition a bien été perpétrée au nom de Dieu. Quand on lui demande grâce, il répond qu'on a qu'à faire confiance à Dieu pour cela... Enfin, Corman se plait même à en faire un personnage mégalo et nietzschéen lorsqu'il lui fait déclarer que "Si Dieu a existé alors il est mort". Corman montre là clairement son athéisme.
Car il fait de son sataniste bien entendu un pourri intégral, qui a poussé sa femme à l'autodestruction, mais il met aussi en avant les failles du christianisme. La Mort Rouge, personnifiée par un mystérieux personnage masqué tout de rouge vêtu, va alors apparaître non comme un élément métaphysique mais bien comme un élément naturel. Ce qui va pousser Prospero à croire en ce personnage, et à penser qu'il s'agit de Satan. Ce qui bien sûr sera retourné contre lui.

 

 

La Mort oeuvre non du côté de Dieu ni du côté de Satan. Comme le dit le personnage lui-même, la Mort prend aussi bien les vertueux que les débauchés. Tout le monde est égal face à elle. Et d'ajouter que tout le monde se construit son Enfer. Une façon de dire qu'il n'y a pas de représentation définitive ni du Paradis ni de l'Enfer, contrairement à ce que croyait Prospero. En définitive, aussi bien le satanisme que le christianisme auront été vains et inférieurs à la Mort elle-même, qui n'aura épargné personne.
En bref, il s'agit d'un film extrêmement profond sur la foi, la mort... Peut-être le film le plus profond de tout le cycle Poe, et de plus certainement l'un des plus beaux, si ce n'est le plus beau. Vincent Price y est majestueux en crevure finie, son charisme justifie amplement la pleine soumission de sa cour. Le couple de héros est même mis en arrière-plan, et ne sert juste qu'à mettre en avant les propos du réalisateur. Ainsi, pas de romance mielleuse dans cette oeuvre profondément noire et cruelle, avec une scène anticipatrice du gore (l'attaque d'un corbeau sur la femme de Prospero).
De plus, l'érotisme latent (comme d'habitude, l'héroïne en nuisette explorant le magnifique château) ainsi qu'un certain masochisme (dans l'attitude du personnage d'Hazel Court, mais aussi dans la soumission de la cour) sont présents dans cette oeuvre annonciatrice du cinéma d'horreur qui lui succèdera. Sans oublier bien sûr de mentionner le dément bal de fin, véritable danse macabre, réunissant chorégraphie, jeu de lumière, et onirisme cauchemardesque. Le climax parfait pour ce chef d'oeuvre qu'est "Le Masque de la Mort Rouge".

 

 

Note : 10/10

 

Walter Paisley
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