Meurtre dans la piscine
Titre original: La Última señora Anderson
Genre: Policier
Année: 1971
Pays d'origine: Espagne / Italie
Réalisateur: Eugenio Martín
Casting:
Carroll Baker, Michael Craig, Miranda Campa, José Luis López Vázquez, Enzo Garinei, Phillip Ross, Marina Malfatti...
Aka: In fondo alla piscine / The Fourth Mrs. Anderson/ The Fourth Victim
 

Arthur Anderson, play-boy vieillissant, a beaucoup d'atouts pour lui : une situation confortable, un train de vie qui va avec, des femmes à foison, sauf que... il n'a pas de chance avec ses épouses, celles-ci ayant une fâcheuse tendance à disparaître dans des accidents en tous genres, quand il ne s'agit pas de suicide. Ainsi, sa première épouse s'est tuée dans un accident de voiture, tandis que la seconde a fait une chute mortelle du haut d'un immeuble, alors qu'Arthur se trouvait à ses côtés. Pour paraphraser Oscar Wilde : "Perdre une épouse est malheureux, mais en perdre deux ressemble à de l'inattention". Que penser alors lorsque la troisième épouse est retrouvée noyée par Anderson lui-même dans la piscine de sa villa ? Un détail, s'il en est, qui n'échappe pas à la police, celle-ci le soupçonnant fortement de meurtre. Logique puisque chaque fois, il s'avère être le seul bénéficiaire des substantielles assurances vie des dites épouses. Bref, cette fois-ci, c'est une de trop, et comme le motif est bel et bien présent, voici Anderson accusé du meurtre de sa dernière épouse devant les tribunaux. Il s'en sortira néanmoins et sera acquitté, grâce au faux témoignage de sa bonne qui n'hésitera pas à venir se parjurer, affirmant que quelques jours avant, la dernière épouse en date avait déjà tenté de mettre fin à ses jours. Malgré sa liberté retrouvée, Tout le monde n'est pas convaincu de l'innocence du play-boy. Il en va ainsi de l'inspecteur Dunphy (José Luis López Vázquez), qui n'en restera pas là et continuera obstinément son enquête.

De plus, Anderson semble finalement moins affecté par la mort de sa dernière femme que les accusations portées sur lui. Il y a donc vraiment matière à douter du côté de la justice. Mais pas seulement puisqu'une nuit, l'homme trouve une jeune femme nageant sans autorisation dans la piscine. Selon les dires de la femme, elle se nomme Julie Spencer (Carroll Baker), et elle est la nouvelle voisine qui, la chaleur estivale aidant, n'a pu résisé à un rafraîchissement. Etrange aux yeux d'Anderson, d'autant que la jeune femme semble dormir dans une tente dans la maison voisine. Il en vient à se demander si elle n'est pas de la police, et n'est pas là pour le surveiller. Autre paramètre insolite à ses yeux : l'autre femme blonde (Marina Malfatti), aux allures étranges, qui déambule ornée d'une cape noire dans la résidence voisine...

 

 

Voilà en gros sur quels ressorts repose l'intrigue de La Última señora Anderson, qui, on peut le dire, n'est pas d'une folle originalité. Du mari, coupable idéal, jusqu'aux personnes aux motivations floues gravitant autour, on en a déjà vu passer quelques uns, et l'on en verra passer encore d'autres. (Finalement Le Georges Cukor de "Hantise" ou le Alfred Hitchcock de "Soupçon", même décriés, avaient déjà tout dit, et l'on ne trouvera, tout compte fait, que peu d'inventivité là-dedans). Le tout restant la façon dont un metteur en scène détourne ou transcende une telle histoire. Le problème justement, de cette “Mrs Anderson”, c'est qu'elle va finalement à contrario d'une certaine logique, ou même de certains codes que l'on trouve pourtant à foison au sein d'un genre dans lequel les mêmes ficelles furent d'ailleurs surexploitées, allant jusqu'à se trahir elles-mêmes parfois par extension ou propagation (tout comme certains excès esthétiques qui vont de pair, furent présents souvent de façon injustifiée, détournant l'intrigue, au profit de l'exercice de style, ce, avec plus ou moins de bonheur). Non, le problème demeure résolument simple : le film pêche par manque d'excès et paraît à la fois timoré et linéaire. Des excès que l'on trouve d'avantage chez les voisins italiens, et qui semblent ici faire outrageusement défaut, jusqu'à accoucher d'un film bien trop sage, plat même. Eugenio Martín, en artisan solide, se met trop en retrait, et livre ici une mise en scène lambda. Il déroule son intrigue de manière si impersonnelle, qu'on ne pourrait lui en attribuer la paternité sans avoir vu le générique. Seules les vingt dernières minutes relèvent une sauce bien trop fade (on peut rajouter les cinq premières minutes plutôt intrigantes). Si fade, qu'on aura trop longtemps nagé aux abords de l'ennui (la partie procès semble par exemple interminable), tant et si bien qu'il sera alors trop tard pour susciter un réel intérêt ou créer une véritable surprise.

 

 

Le scénario écrit par Sabatino Ciuffini (scénariste notamment pour Corbucci – Le spécialiste/Sonny and Jed) et Vicente Coello (ayant surtout écrit des comédies) recèle, à la base, de nombreux défauts. Faire du mari un personnage désintéressé par la mort de ses épouses ressemble d'avantage à un artifice grossier destiné à égarer le spectateur qui en a pourtant vu d'autres, qu'à un véritable choix malicieux pour mieux nager en eaux troubles. On ne se laisse pas prendre. De même, ce mariage avec Carroll Baker n'est pas très bien rendu (celle-ci se révèlera être, contrairement à ce qu'elle prétendait, non pas Julie Spencer, mais une autre personne, tandis que la véritable Mme Spencer errera longtemps ailleurs nous mettant dans un même temps la puce à l'oreille, et nous aidant à devancer l'intrigue puis son final). Le ton entre les deux époux est cordial, notre attitude par rapport à cela reste distanciée et perplexe. Il en va de même lorsque la nouvelle Mrs Anderson disparaît à son tour et que l'on retrouve pour seul indice sa voiture au bord d'une falaise. Non seulement on a vu la chose arriver de loin, mais en plus, on a le sentiment désagréable qu'on nous fait le coup foireux de la pseudo-malédiction qui aurait à nouveau frappé, avec tout ce que cela devrait contenir d'intrigant. Ça ne fonctionne pas, et comme dit plus haut la mise en scène se contentant d'illustrer, ça ne s'emballe pas non plus.

 


C'en serait même plutôt étonnant de la part d'Eugenio Martín, dont je n'ai pas vu son tentant "La Vela para el diablo" (alias "A Candle for the Devil" ou "Nightmare Hotel"), mais dont j'ai bon souvenir du très fantaisiste "Terreur dans le Shanghaï-Express", ou même des Quatre mercenaires d'El Paso dans le genre western. Quoiqu'il en soit, les acteurs ne sont pas à blâmer. Tant Carroll Baker (juste après L'adorable corps de Deborah et les trois gialli successifs d'Umberto Lenzi mais avant "The Devil with Seven Faces" d' Osvaldo Civirani et Knife of Ice) que Michael Craig ("La nuit des assassins") ou encore Miranda Campa et Marina Malfatti (Le tueur à l'orchidée/La dame rouge tua 7 fois), tentent de donner corps à leur personnage dans un film qui en manque singulièrement. Décidément un peu de folie névrotique, bien mise en scène, n'aurait pas fait de mal. A l'instar du reste, la partition de Piero Umiliani semble bien désinvolte. Tout ceci manque d'âme, de tourments, et globalement d'intensité.

 

 

Mallox
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