Truands
Genre: Polar
Année: 2006
Pays d'origine: France
Réalisateur: Frédéric Schoendoerffer
Casting:
Philippe Caubère, Benoît Magimel, Olivier Marchal, Béatrice Dalle, Mehdi Nebbou, Tomer Sisley, Alain Figlarz, Anne Marivin, Ludovic Schoendoerffer...
 

Les destins croisés de tueurs à gages, proxénètes, trafiquants de drogue et autres figures de la pègre parisienne d'aujourd'hui.
Il semblerait qu'il soit de bon ton de cracher sur ce tout nouveau petit film de truands plutôt bien foutu et qui, contrairement à d'autres, ne prend pas le spectateur pour un con. Même chez les défenseurs du cinéma dit "de genre" (ah bon, la comédie musicale c'est pas un genre ?), peu de critiques ont trouvé que Frédéric Schoendoerffer a été touché par la grâce en réalisant ce petit polar, et c'est vrai qu'il n'en est rien. N'empêche que Truands est, dans son style, une réussite.

 

 

Alors oui c'est vulgaire et antipathique, mais c'est le but ! A part quelques répliques bien senties déclamées par des acteurs à la gouaille bien franchouillarde, Truands n'est pas un film sympathique, mais alors pas du tout. Le milieu y est montré pour ce qu'il est vraiment : des gros beaufs sans foi ni loi, sans âme, qui n'ont que deux passions ; le fric et le cul. Forcément, la critique est habituée aux truands classes de Scorsese ou de Tarantino, alors se farcir 1h30 de gros cons, on comprend que ça puisse refroidir. Pourtant, Truands est un film très honnête, il est là pour raconter les magouilles du milieu parisien des années 2000 avec les corses, les arabes et les gitans, et ça il le fait avec brio. On commande de la coke qu'on paye pas, on commande des putes pour son club, on crache sur le dos des gens avec qui on bouffe, on rackette les gérants de boîtes de nuit...
Pour que le spectateur en ait pour son oseille, Frédéric Schoendoerffer met la dose niveau cul et violence : torture à la perceuse, impacts de balles à la Zombie, double énucléation, petit voyou sodomisé avec une barre de fer, coït en quasi gros plan dans les chiottes d'une boîte, les filles sont traitées comme du bétail et en redemandent, et les mecs comme des escrocs, ce qu'ils sont. On a beaucoup critiqué le fait que le scénario soit quasi inexistant. Et alors ? Les meilleurs scénarios sont ceux qu'on peut écrire sur un post-it, c'est bien connu.
On s'est aussi beaucoup gaussé du casting, soit-disant épouvantable : à part une ou deux fausses notes, il n'en est rien. Philippe Caubère, qui interprète Corti, est époustouflant. Il joue le truand avec finalement beaucoup de finesse, même si son personnage n'en a aucune. Benoît Magimel a peut-être trop regardé The killer et Le samourai avant de se plonger dans le rôle, mais on ne cherche pas ici la sobriété, le jeu d'acteur merveilleux ou la nouvelle perle de la série noire. C'est juste un polar méchant, vulgaire et burné, comme l'étaient ceux de Lenzi ou de Di Leo. Truands est un film bis des années 2000. On a presque l'impression d'être devant la Brigade des moeurs de Max Pecas pour la vulgarité du propos, la sauvagerie des exécutions et la galerie de gueules patibulaires de service ; la comparaison est peu flatteuse, j'en conviens.
Et on a même droit à un clin d'oeil à Casino avec un mec enterré vivant la tronche ensanglantée. Les voyous n'ont pas la classe de ceux de Scorsese, mais contrairement aux Affranchis respectueux de la mama, fumeurs de barreaux de chaise et amateurs de poivrons farcis, nos truands bien de chez nous sont crédibles. Ils fument des News ou des Fortuna, ne baisent quasiment que des putes, n'hésitent pas à commander un steak-frites dans un restaurant de poisson, vont à la mosquée et préfèrent partir en vacances à Las Vegas qu'en croisière sur le Nil. C'est sûr qu'on n'est pas ici dans le politiquement correct, dans le polar aseptisé à la Michael Mann.

 

 

On a parlé de film fantasmé sur le milieu, mais ce sont les journaleux qui fantasment et qui voudraient voir des truands au code d'honneur, sans balance, qui tiennent au respect de la parole donnée. C'est connu, le bourgeois et la bonniche ont toujours fantasmé sur le voyou. Le réalisateur, lui, ne fantasme pas et nous montre des truands qui se comportent comme des porcs et qui, à part un ou deux, finissent en cabane ou au cimetière. On a fait un mauvais procès à Schoendoerffer (peut-être parce qu'on n'arrive pas à prononcer son nom correctement ?), et c'est courant au niveau des critiques, souvenons-nous de ce qui était dit sur Argento dans les années 70, alors qu'aujourd'hui la quasi totalité de la profession encense Les frissons de l'angoisse comme le joyau qu'il est.
Pendant des années, les cinéphiles ou cinéphages de goût que nous sommes se plaignaient des ordures filmiques démagogiques de Luc Besson, des sempiternelles comédies romantiques et drames existentialistes de Catherine (Frot ou Breillat) produits à la chaîne dans l'Héxagone ; Truands apporte quant à lui sa pierre à l'édifice du bis français. Le jugement sera revu à la hausse dans quelques années.

 

Xawa
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