Village of the Giants
Genre: Comédie , Fantastique
Année: 1965
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Bert I. Gordon
Casting:
Beau Bridges, Tommy Kirk, Ron Howard, Johnny Crawford, Joy Harmon, Robert Random...
 

Soit, 1965 est une date à laquelle ce bon Bert I. Gordon commence à s'affaiblir quelque peu après de belles petites réussites de série B à partir du milieu des années 50, comme "Serpent Island", "King Dinosaur" ou "The Cyclop", et avant une excellence à laquelle du reste, "Village of the Giants" ré-emprunte l'idée, à savoir "Attack of the Puppet People". Il faut dire qu'une bonne partie de sa carrière est bâtie sur des histoires peuplées d'êtres le plus souvent colossaux, ou rapetissés, selon, permettant la même déclinaison d'effets spéciaux, faite de rapports géométriques simples. Pour mémoire, on citera également "War of the Colossal Beast"," Earth vs. the Spider" en 1958. Bert I. Gordon, c'est peu de le dire, passera les décennies comme cela, sans rien changer ou presque à ses habitudes, et continuera même tranquillement à poursuivre dans cette voie jusqu'en 1977, avec un "Empire des Fourmis Géantes" assez moyen sinon poussif.
Dans "Village of the Giants", celui-ci tente une nouvelle fois de reproduire son modèle en le faisant surfer sur la vague des "Teen and Beach-party movies", et nous allonge une addition pour le moins salée. Une histoire dans laquelle un jeune garçon (Ron Howard) découvre par hasard, au gré de ses expérimentations dans le sous-sol de sa maison, une substance qui sera baptisée "Goo". Alors même que la substance déborde de sa fiole, le chat par l'odeur alléchée, vient la goûter. Le voici alors qui grandit jusqu'à dépasser le garçon. Le grand frère reviendra à ce moment là avec sa fiancée et personne ne sera finalement plus surpris que cela. Même pas peur ! D'ailleurs tous les bestiaux passant par là auront leur petite part de GOO, puisqu'on aura droit à une araignée géante, un chien géant, et surtout, un couple d'oies géantes, qui surprises elles-mêmes, s'en iront pour le coup, le croupion frétillant, faire un tour en discothèque...

 

 

Voilà que le couple d'oies est repéré par la bande de jeunes loulous du coin, sans chercher pour autant à apprendre le pourquoi de cette aberration (qui, du reste, ne surprend personne plus que cela au royaume des bienheureux) et se mettent en quête de voler le très convoité "Goo". Quoi de mieux que le "Goo" pour faire régner sa loi et la terreur me direz-vous ? Rien. Un coup de "Goo", et ça repart ! On se transforme en géant, et l'on peut même aller ainsi renverser toutes les chaises aux "parties" sans que personne n'ose s'y frotter. Drôle de but dans la vie, soit, mais c'est pourtant celui de ces jeunes branleurs au sein de ce film complètement décomplexé du ciboulot et dans lequel son réalisateur fonce tête baissée, avec la même recette que dix ans auparavant, pour traverser alors tout un pan poppy des sixties. Le ridicule n'a pas de sens au sein du no man's land dans lequel semble tourner en boucle ce bon Bret I. Gordon, et il a bien raison. J'ai eu le sentiment constant de déguster un plat rare, décalé, absurde, une sorte de régal de démesure naïve mais emplie d'humour grotesque, et pour être franc, je m'y suis bien marré. Mais pas seulement.
D'abord il y a le petit plaisir d'y retrouver quelques têtes connues comme celles de Ron Howard (qui a du commencer sa carrière d'acteur vers 2 ans), Beau Bridges ou encore Tommy Kirk ("The Ghost in the Invisible Bikini"). Bien sûr, la direction d'acteurs n'est pas le fort du réalisateur, et ceux-ci sont le plus souvent mauvais. On reste même dubitatif une bonne partie du film devant l'absolue sérénité qui semble habiter tous les résidents de ce village (peut-être sous ecstasy avant l'heure), jamais vraiment surpris par ce qu'ils découvrent, et dont le mot "peur" leur semble étranger. En témoigne cette scène hilare dans laquelle les oies, devenue géantes, débarquent en pleine discothèque où se produit en passant un très bon groupe de garage rock, tandis que chacun est dans sa transe psychédélique, battant l'air de gestes déglingués, jetant chacun un regard perplexe vers les volatiles avant de reprendre comme si de rien n'était. Ou presque, puisqu'au moins l'une des deux oies se retrouvera embrochée et mangée, avec l'avantage d'être plus consistante.

 

 

Ensuite, les couleurs sont un régal. Aux confins du criard, elles offrent ici un concentré de sixties comme on en voit assez peu. Les décors, les sapes, les coupes de cheveux, tout semble y être. Idem pour la bande son qui est carrément géniale. On la doit entre autres au grand Jack Nitzsche, Beatnik génial, ayant collaboré avec Neil Young, Les Stones ou encore Phil Spector avant de livrer quelques chef-d'oeuvres de partitions pour le cinéma ("Vol au dessus d'un nid de coucous", "L'Exorciste"), mais aussi à quelques groupes qui passent comme les très sympathiques et entraînants "The Beau Brummel". Il faut préciser que le film est assez pauvre d'un point de vue scénaristique, celui-ci étant découpé en sortes de sketchs de dix minutes, et dans lesquels viennent s'insérer des "Scopitones live" à même l'histoire.
Dans le village des géants, on peut tout aussi bien aller à un concert rock que se mettre à gratter guitare et à chanter comme le plus grand des crooners yé-yé. C'est tout le charme d'une époque qui passe en même temps que ça prend son spectateur à contre-pied. Et l'on s'arrête souvent ici trois ou quatre minutes à regarder, et surtout écouter les excellents morceaux qui nous sont offerts. Soit, ça fait partie du produit qu'on nous vend, mais comme dirait l'autre, "quand le vin est bon, enivrons nous !". Personne n'a dit ça ? C'est en tout cas ce que je conseillerais de faire en visionnant ce joyeux délire très sensoriel, à savoir de prendre ce qu'il donne généreusement plutôt que de retenir la mince et sotte intrigue ainsi qu'un même trucage répété sans cesse qui font ses fondations, alors qu'il demeure pourtant un spectacle vivifiant et revigorant.

 

 

Tant pis, donc, si les scènes paraissent étirées au maximum, car elles n'ennuient pas pour autant. De plus, il y a là une galerie de jolies pépées à faire bander les morts et c'est armé de bromure, avec de la mie de pain dans les yeux qu'on ne saurait les goûter. Il ne faudra donc pas se braquer, et il conviendra de se laisser aller à savourer une pelletée de moments burlesques et débiles, mais pleinement assumés. Un type mange une oie plus grosse que lui, un autre se bat comme un trapéziste pour électrocuter une araignée devenue géante....Ailleurs, c'est au lasso qu'une jeune motarde dénudée vêtue d'un short très "Wonder Woman" tentera de prendre les pieds du géant Beau Bridges, tandis que Bert I.Gordon mettra même en scène un véritable rodéo de voitures, les citadins tenant leur volant tout en assaillant les méchant loubards géants de leurs lassos ! Non, décidément, je ne saurais être mauvais joueur avec un film qui m'a procuré autant de jubilation, sans compter les dix minutes de fou rire, grâce à la scène des oies en discothèque dont j'ai déjà parlé plus haut. Très sympathique.

 

 

Note : 7/10

 

Mallox
 
A propos du film :
 
# D'après une nouvelle de H.G. Wells, musique : Jack Nitzsche, Russ Titelman, Ron Elliott, Frank Slay et Fredrick A. Picariello.
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