Violence à Manaos
Titre original: Manaos
Genre: Aventures
Année: 1978
Pays d'origine: Espagne / Italie / Mexique
Réalisateur: Alberto Vázquez Figueroa
Casting:
Fabio Testi, Agostina Belli, Jorge Rivero, Andrés García...
 

Malgré ses apparences, Violence à Manaos n'est pas un film d'aventures bis comme les autres. Son réalisateur, Alberto Vázquez Figueroa, est un écrivain espagnol plutôt reconnu, au parcours atypique (contraint à l'exil dans sa jeunesse, il couvrit également plus tard quelques révolutions et guerres en Amérique latine ou en Afrique). Avec Violence à Manaos, il adapte l'un de ses propres romans et livre son deuxième et dernier film en tant que réalisateur, même si ses romans continuèrent à inspirer pas mal de monde, tel Enzo G. Castellari pour Touareg le guerrier du désert ou encore, plus récemment, Brian Yuzna pour son Rottweiler... A travers ses récits d'aventures, l'oeuvre de l'écrivain se distingue en général par un certain engagement politique, qui est donc l'objectif premier de ce Violence à Manaos n'allant pourtant pas chercher très profond.


En Amérique du Sud, une femme utilisée comme défouloir sexuel et deux hommes employés comme esclaves pour un industriel spécialisé dans le caoutchouc trouvent le moyen de s'évader de leur camp de travail grâce à l'un des indiens tout aussi opprimés qu'eux. Dans leur fuite, ils arriveront à se procurer des armes, et libéreront d'autres "employés" des magnas du caoutchouc. Leur quête de liberté les conduira aussi à prendre leur revanche sur leurs anciens maîtres, bien planqués dans le luxe de la riche cité brésilienne de Manaos...

 

 

Que ceux qui attendent de ce film des humiliations à foison, de la violence graphique à base de fouets et de tortures ou de l'érotisme décadent et sauvage passent leur chemin. Il n'y a rien de tout cela dans Violence à Manaos. Tout juste a-t-on droit à quelques égorgements sans trace de sang et à une furtive scène de viol collectif, montée de façon à ce que le spectateur ne distingue rien. C'est bien dommage, d'ailleurs, car aussi politique que veut être Figueroa, son manque de moyens ne permet certainement pas au film d'être autre chose qu'un petit film d'aventures ne pouvant sortir de la norme qu'à l'aide d'éléments visuels propres au bonheur de n'importe quel amateur de violence cinématographique.
Or, tout bien nommé soit-il dans sa version française, le film manque cruellement de tout ce que l'on était en droit d'attendre. Le plus flagrant étant tout le début du film, où notre groupe d'évadés ne s'est pas encore agrandi, et où les codes sont ceux de n'importe quel film du genre : on nous montre des gardiens méchants, des prisonniers gentils, des péripéties inhérentes à la jungle (stock-shots animaliers à l'appui)... C'est classique, mais les sévices sanguino-érotiques espérés n'arrivent jamais.
Puis vient la libération d'autres camps, chose qui permet véritablement au réalisateur d'aller là où il crevait d'envie d'aller dès le début : la lutte des exploités contre les exploiteurs via une sorte de guérilla improvisée et idéaliste (il n'y a qu'à voir les morts romantiques de certains martyrs de la cause). Un propos marxisant traité ici de façon très appuyée, plutôt caricaturale - et toujours sans trace de violence -, que ne parviennent à éviter ni un personnage de gardien gentil introduit dans le récit pour s'en faire dégager cinq minutes plus tard, ni une bourgeoise dégoûtée par les méfaits de son mari et qui prendra à peine plus d'importance.

 

 

La participation des nouveaux hommes libres dans cette guérilla se fait selon le libre arbitre de chacun, sans que pourtant aucun autre personnage ne soit vraiment rajouté de façon significative à l'intrigue. En face, les grands propriétaires terriens spéculent, raisonnent en termes de profits et de concurrence, et sont prêts à tous les coups bas, y compris entre eux. Un manque d'unité qui bien entendu mènera le film vers une fin archi-prévisible. Signalons tout de même que l'action se déroule au début du vingtième siècle, époque il est vrai assez manichéenne...


Mais tout de même, avec tout ça, le propos du film ne diffère finalement guère des films opposant les vilains industriels et leurs pauvres victimes. A ceci prêt que l'ampleur révolutionnaire se propage ici par delà les limites nationales et menace directement le système. Et c'est donc là que l'on retombe sur le manque de moyens : les figurants sont bien peu nombreux et les fusillades sont dépourvues du côté révolutionnaire qu'elles étaient censées représenter. Sans parler des capacités de Figueroa, plutôt limitées (les scènes de batailles sont vraiment mal foutues et contribuent à enlever encore au panache de la lutte révolutionnaire) ni de la musique atroce, façon exotisme pour publicité des cafés Jacques Vabre. Quel qu'ait pu être le public visé, Violence à Manaos ne plaira donc ni aux bisseux purs et durs, ni aux amateurs de films politiques choc.

 

 

Note : 4/10

 

Walter Paisley
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