Etrange Vice de Mme Wardh, L'
Titre original: Lo Strano vizio della Signora Wardh
Genre: Giallo
Année: 1970
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Sergio Martino
Casting:
George Hilton, Edwige Fenech, Conchita Airoldi, Ivan Rassimov, Alberto de Mendoza...
 

Bon alors, qu'en est-il de cet "étrange vice", premier giallo en date du sieur Martino ? Trop respectueux des codes, j'aurais tendance à dire, et c'est un peu dommage finalement car, comme dans son giallo suivant ("La queue du scorpion), la mise en scène est un petit tourbillon de tentatives filmiques, un peu confus mais assez jubilatoire dans un même temps.

 

 

Petit détail amusant (avant que j'oublie), Edwige Fenech (Mrs Wardh, donc) reçoit un bouquet de fleurs accompagné d'une lettre où l'on trouve ces mots: "Your vice is a closed room, and only I have the key", qui deviendra le titre d'un autre film de Martino deux ans plus tard, avec toujours Edwige Fenech, et Anita Strindberg.
Passons l'anecdote et revenons-en à ce sympathique film qui, finalement, tient du paradoxe, puisqu'à la fois classique, voire pauvre dans son développement, mais qui tente un peu tout et n'importe quoi dans sa mise en scène.
N'ayant vu que les deux premiers "Jaunes Thrillers" du sieur Martino, j'aurais tendance à dire que c'est là sa marque de fabrique, classique et hystérique en même temps; mais j'attends de voir "Torso" et "L'alliance invisible" du même Martino avant d'être définitif sur ce point.

L'histoire reste donc des plus classiques et la voici en quelques mots, car ce n'est pas celle-ci que l'on retiendra au final comme j'ai pu le laisser entendre dans mon préambule. Julia souffre d'insatisfaction maritale, et alors qu'elle arrive à Vienne en compagnie de Jean (Alberto de Mendoza), son mari (déficient sexuellement, donc), elle apprend qu'un maniaque se promène dans la ville, tuant des jeunes femmes en série, et ce à coups de rasoir.
C'est à ce moment qu'elle fait à la fois la connaissance de George (George Hilton), le cousin de Carol, sa meilleure amie (Conchita Airoldi), et dont elle tombe amoureuse assez rapidement, tandis qu'elle croise dans un même temps son ex-amant Jean (Ivan Rassimov), être des plus pervers qui soit, avec qui elle a vécu autrefois une relation sado-masochiste aussi extrême que passionnée (fort bien imagée au début du film par une scène onirique, où le couple se retrouve allongé dans les bois sous une forte pluie).
Bref, peu de temps après, Carol est assassinée sauvagement par le "trancheur" en série (lors d'une scène dans un parc qui fait penser à celle de "4 mouches de velours gris" - on apprendra d'ailleurs que Luigi Cozzi, scénariste d'Argento pour le coup, s'était inspiré du film de Martino). Puis vient le tour de Julia qui n'est pas loin d'y passer également, et décide donc que c'est le bon moment pour abandonner un mari pâlot et s'enfuir en Espagne avec le beau Georges, qui lui semble quand même plus apte à combler le "vice" de Julia.
Sans en dévoiler plus, les malheurs de Julia sont loin d'être terminés en quittant Vienne. Alors que le dénouement approche, on réalise, en fin de compte, que Sergio Martino et Ernesto Gastaldi (le scénariste) se sont en partie inspirés de "L'inconnu du Nord-Express". L'ombre d'Alfred Hitchcock plane d'ailleurs en d'autres occasions, notamment lors d'une scène mémorable de meurtre dans une douche.

 

 

Il s'agit donc du premier giallo de Sergio Martino, et alors qu'il en est encore à faire ses armes au sein du genre, on ne peut pas dire que celui-ci ne se soit pas armé d'un casting qui pour le moins, tient le coup, avec Edwige Fenech en tête, bien sûr, et qui apparaît quasiment à chaque plan, donnant à ce dernier une sensualité sans laquelle tout ceci resterait un peu fade. Même si son personnage manque quand même cruellement de consistance, pour ne pas parler de profondeur, on ne la remerciera jamais assez pour la présence qu'elle amène ici, et dans tous les gialli qu'elle fera par la suite.
Ailleurs, George Hilton, Ivan Rassimov et le toujours impeccablement sobre Alberto de Mendoza lui donnent une réplique à la hauteur, même si, quand même, Ivan Rassimov reste selon moi plus proche, dans le domaine du pervers de service, du soldat de la Wermacht avec Ray-Ban que de l'ex-amant un tantinet déviant.
Pour le manque de consistance évoqué un peu avant, à l'instar de sa mise en scène alambiquée et surtout de son scénario tordu, le personnage de Julia Wardh reste un peu emberlificoté, et j'ai eu du mal à suivre son évolution qui m'a semblé peu vraisemblable, ou en tout cas emprunte des trous narratifs, ou tout comme.
Passons, ce n'est pas très grave et je ne voudrais pas que l'on croit que je n'ai pas goûté cet "Etrange vice de Miss Wardh", car il y a ailleurs assez de matière, notamment dans sa mise en scène riche et étonnante, ses rotations à 180° brusques et inventives. Il convient de noter à cet égard que toutes les scènes nocturnes sont magnifiques, et seuls quelques endroits sont (brillamment) éclairés, ce, tout en contrastes baroques. Toutes ces scènes là sont des réussites totales, comme la scène dans les bois évoquée plus haut.

 

 

A ce titre, la fin lorgne du côté d'un onirisme fantastique des plus inspirés, avec l'irruption de Mrs Wardh au beau milieu de la route, suivie d'une escorte de police. De même, dans tout le passage où Julia, seule, attend le retour du bon George, tandis que deux lascars (qu'on ne nommera pas afin de ne pas spoiler) se rapprochent à grandes roues de l'habitation très isolée, Martino monte alors le son et réussit à faire croître la tension grâce aux battements de cœur de plus en plus irréguliers de la "vicieuse héroïne". Ce sont là des moments très inspirés qui donnent au final une dimension et un style, excessif et efficace à la fois, qu'on pourra même nommer la "Martino's Touch".
Dommage alors que ce soit aussi inégal, car avant on aura eu droit, en revanche, à une poursuite diurne en pleine rue, très bien filmée du reste, où Julia court sans s'arrêter, mais durant laquelle tous les passants lorgnent avidement la caméra, ce qui en soit ne serait pas très grave puisqu'on le voit dans de nombreux films, mais qui tue la scène ici, puisque sensée être effrayante. Dommage pour ce genre d'approximation qui parsème ce pourtant bon giallo.
Au crédit de Sergio Martino, quand même, en plus d'un érotisme inspiré bien que gratuit (mais qui viendrait s'en plaindre ?), on retiendra un sens du rythme qui ne se dément jamais, malgré son maigre argument, et la bande originale de Nora Orlandi, bien au diapason, et qui achève d'amener le film vers ce qu'il est : inventif, brouillon, un peu vide mais généreux en effets, inégal et passionnant à la fois ; bref... du bon POP-GIALLO !

 

Note : 7/10

 

Mallox
 
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