Une folle envie d'aimer
Titre original: Orgasmo
Genre: Giallo
Année: 1969
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Umberto Lenzi
Casting:
Carroll Baker, Lou Castel, Colette Descombes, Tino Carraro, Lilla Brignone, Franco Pesce...
 

Kathryn West, récente et riche veuve, après l'accident de voiture qui a coûté la vie de son époux, décide de partir d'Amérique pour aller prendre du recul au sein d'une luxueuse Villa italienne. Un soir, elle fait la connaissance de Peter, un jeune homme tombé en panne de voiture. Elle décide de lui offrir l'hospitalité, mais très vite une attirance puis une relation amoureuse naîtra entre eux. Peter commence à s'installer chez elle, puis invite sa soeur Eva à les rejoindre. Petit à petit, ces derniers vont tisser leur toile, emprisonnant Kathryn dans sa propre maison, la rendant tout d'abord accro au sexe, puis à l'alcool et aux somnifères pour mieux l'asservir et prendre carrément possession de ladite Villa et sans doute plus...
Voici donc le premier Giallo de Umberto Lenzi qui jusqu'ici avait amené sa contribution à peu près dans tous les genres en vogue, aventures, films historiques, westerns, films d'espionnages, ce avec plus ou moins de bonheur. En homme à tout faire, le voici qui aborde un registre semble t-il plus porteur à l'époque, celui du Sexy Giallo. A noter qu'il n'en invente pas le concept puisque Romolo Guerrieri avait déjà posées les bases de cette extension d'un genre qui en connaîtra pas mal, ce, l'année précédente avec son "Adorable corps de Deborah". Néanmoins, c'est peut-être Lenzi qui les a consolidées avec ce premier opus de ce que l'on considère en général comme une trilogie de Sexy Gialli, et dont les suivants sont "Si douces, si perverses" puis "Paranoïa". A noter qu'"Orgasmo" fut rebaptisé "Paranoïa" au Etats-Unis tant et si bien qu'il ne faudra pas les confondre, d'autant plus que ‘paranoïa‘ est un titre qui conviendra également assez bien à ce film ci, qui suivra principalement la psyché tourmentée de son héroïne. Reste un Thriller psychologique sous influence principale des "Diaboliques", non sans défauts, mais qui demeure somme toute très agréable.

 

 

Tout d'abord à l'actif d'"Orgasmo" une esthétique qui passe le temps, qui porte une histoire pourtant déjà vue mille fois, pas forcément traitée de façon toujours crédible, sinon même parfois pas traitée du tout. Il est clair que nous sommes dans le domaine du pur distractif et Umberto Lenzi n'a que faire que de délivrer un message même d'ordre métaphysique, et c'est un peu là que le bât blesse. Sans vouloir trop en dévoiler, s'il y a quelque chose de gênant là-dedans, c'est la manière dont son réalisateur, manifestement très cinéphile si l'on se réfère à toutes les citations intrinsèques, semble manquer de recul sur l'assemblage des supports qu'il utilise, et surtout alors, il ne parvient pas toujours à les reprendre totalement à son actif. Ce qui donne au final une impression d'un patchwork aux pièces très dissemblables. D'autres diraient sans doute, décalées. Le parfait exemple de ce manque de recul est la toute fin de cette "Folle envie d'aimer" qui alors que jusque là il empruntait des sentiers peu moraux, se sent obliger de nous balancer une ultime pirouette mâtinée d'un moralisme comme pas permis, dans laquelle les bandits semblent devoir être inexorablement châtiés. Alors que Lenzi deux minutes auparavant tenait une fin formidable de noirceur, prenant tout le monde à revers et emmenant son film dans une réflexion abyssale sur le bien et le mal, nous laissant sur le cul en en montrant et disant moins, il ne peut s'empêcher de nous balancer une fin à l'ancienne qui discrédite quelque peu l'ensemble. C'est bien dommage et même assez curieux de la part du futur auteur de "La rançon de la peur" et au regard de ce à quoi on aura assisté tout du long.

 

 

De fait "Une folle envie d'aimer" fait d'avantage figure d'exercice de style encore un brin timide, pas complètement décomplexé de ses modèles et dans lequel on retrouverait en vrac convoqués, Alfred Hitchcock, Boileau-Narcejac, Henri-Georges Clouzot, le tout mâtiné d'un esprit très nouvelle vague faisant le plus souvent penser à du Roger Vadim. Là-dessus les citations cinéphiliques écrasantes affluent comme cette scène où le couple diabolique formé par Lou Castel et Colette Descombes tentent de rendre folle Carroll Baker, lui assénant alors qu'elle est séquestrée, un radio dont le son est monté à son plus haut volume, qui renvoie littéralement à "La soif du mal" d'Orson Welles dans lequel on trouve la même scène avec Janet Leigh. Ce n'est pourtant pas le moins réussi du film, tout comme ce renvoi érotique dans la pose nue sur le ventre de Carroll Baker qui rappelle Brigitte Bardot dans le "Mépris" de Jean-Luc Godard. Finalement toutes ces convocations en chaîne, et pour l'élaboration du scénario, et pour les scènes en elles-mêmes, mangeant un peu à tout les râteliers en passant, finissent par s'additionner, tant bien que mal pour finalement réussir à esquisser le portrait de toute une époque. C'est l'une des principales qualités d'"Orgasmo" en même temps que sa limite.
Ce qui élève l'ensemble, c'est une présence extrêmement généreuse de l'actrice Carroll Baker dont la carrière est alors sur le déclin. Il est même assez rare de voir de la part d'une actrice américaine issue d'un cinéma classique ("Géant"/"La conquête de l'Ouest"/ "Les cheyennes"/ "Baby Doll" évidemment) autant d'abnégation, tant dans ce qu'elle peut dévoiler d'elle-même (et dévoilera encore dans les Sexy Gialli suivants de Umberto Lenzi) que dans son implication d'actrice. C'est simple, elle est le personnage central de cette "Folle envie d'aimer", de fait elle est de chaque instant, quasiment de chaque scène, et offre une interprétation tout à fait remarquable. Par moment même, dans sa manière de la suivre au plus près et de nous inviter à emprunter le chemin de sa dérive annoncée, Lenzi se rapprocherait presque de Lucio Fulci et de son magnifique "Venin de la peur" à venir. Ce n'est venant de moi, pas un mince compliment. Soit, le postulat n'a ici pas grand-chose à voir, mais la manière dont le réalisateur débute son film calmement, se fait même assez théâtral, statique et même un brin poseur durant une moitié de film, pour, dès lors que l'engrenage du harcèlement commence à faire son effet sur la victime, multiplier les brusques travellings, faire déferler les zooms disproportionnés, avec des mouvements de caméra de plus en plus brusques, voire brouillons, participent à des parti-pris en totale adéquation avec son sujet, et cet aspect là demeure, il faut bien le dire, très réussi.

 

 

Il semble logique alors que le couple Lenzi/Baker ai récidivé ensuite, tant il paraît en harmonie. Pour ce qui est des prestations de Lou Castel et Colette Descombes, même si elles restent assez convaincantes, on ne peut pas dire en revanche que le réalisateur les mette au même niveau alors qu'ils sont pourtant les moteurs de l'action. Lenzi se montre bien trop prévisible, et pour exemple, ce gros plan sur le sourire cynique d'Eva, la soit disante sœur de Peter, ce dès son arrivée, plombe d'entrée tout enjeu dramatique à venir concernant leur complot. En un plan, Lenzi insiste tellement lourdement qu'on anticipe sur les deux tiers de l'histoire. Alors que l'arrivée de Lou Castel était plutôt amenée de façon maligne, par petites touches, jouant parfaitement sur la névrose de cette femme esseulée en même temps qu'en deuil, et donc en manque d'amour (et de sexe), distillant une atmosphère assez trouble, moite et suffocante, dans le second paragraphe en revanche, il se fourvoie quelque peu, ne sachant pas trop comment présenter le troisième personnage, il nous l'expédie bien trop vite, ses motivations avec.
C'est un peu tout le problème du cinéma de Umberto Lenzi de ne pas avoir assez souvent su harmoniser ses films, se concentrant le plus souvent sur quelques pans pour en délaisser d'autres pourtant d'un intérêt au moins égal et surtout complémentaire. Malgré tout et si l'on rajoute au crédit d' "Orgasmo" une agréable partition de Piero Umiliani (très Lounge et donc très Sexy), un charme opère sournoisement, et, assez vite,  on fait fit des invraisemblances et lourdeurs. On les accepte même pour se dire qu'à l'instar des Polars qu'il livrera plus tard, le côté brouillon parvient à devenir sinon qualité, en tout cas, à offrir des flashs assez beaux. Dommage bien sur que cela se fasse aux dépends du suspens, et ce n'est certainement pas ce que Umberto Lenzi recherchât dans son soucis de distraire, mais disons que du coup, il parvient tout compte fait à distraire ailleurs.

 

 

Alors certes, "Une folle envie d'aimer" est un film inégal, aux influences pas toujours bien digérées, qui plus est contenant certains "recrachages" par moments pas très heureux, de scènes prises ailleurs - Je pense à la sortie du placard de Peter, censé être mort qui ressemble bien trop au réveil de Paul Meurisse dans sa baignoire dans le film de Clouzot - mais il reste à mon sens l'un des gialli les plus généreux de son auteur en même temps que globalement très flatteur pour les sens, et donc à découvrir.


Note : 6,5/10

Mallox
Vote:
 
6.64/10 ( 11 Votes )
Clics: 5496
0
Écrire un commentaire pour ce film Écrire un commentaire pour ce film
Les utilisateurs non-enregistrés ne peuvent pas poster des commentaires. Veuillez vous enregistrer...

Autres films Au hasard...