Vierges des mers chaudes, Les
Titre original: Yang Chi
Genre: Erotique , Wu Xia Pian , Action , Women In Prison , Aventures , Exotisme , Arts Martiaux
Année: 1974
Pays d'origine: Allemagne / Hong Kong
Réalisateur: Ernst Hofbauer & Kuei Chih Hung
Casting:
Sonja Jeannine, Gillian Bray, Tamara Elliot, Deborah Ralls, Diana Drube, Yueh Hua, Hui-Ling Liu, Got Dik-Wa, Kong Yeung...
Aka: Les sept vierges des mers chaudes / Karate, Küsse, blonde Katzen / Virgins of the Seven Seas / The Bod Squad / Enter the Seven Virgins / Sciave nell'isola del piacere
 

Au XIXe siècle, six jeunes femmes, toutes orphelines, décident de quitter les Iles Britanniques dont elles sont originaires pour aller peupler l'Australie, qui manque de colons, surtout de sexe féminin. Hélas pour elles, un bateau pirate aborde leur navire dans la mer de Chine et elles sont kidnappées. Se retrouvant ligotées à fond de cale, elles apprennent qu'elles vont être vendues à un seigneur local.
Une fois débarquées, les belles occidentales sont conduites devant le maître des lieux, le redoutable Tiao Che, qui terrorise le village, et fait régner la peur dans toute la région, sous l'oeil conciliant des autorités dont il graisse la patte en échange de leur silence. Après l'exécution de l'une des Anglaises, qui manifestait un peu trop de révolte, les cinq autres femmes sont conduites au bain, puis l'on vérifie si elles sont toujours vierges. Les occidentales sont destinées à une vente aux enchères qui rassemblera les plus riches marchands de la région. Si Brenda, une grande perche qui n'a pas la langue dans sa poche, n'est pas disposée à rester passive face aux événements, ses copines d'infortune (Donna et sa soeur Karen, et les deux blondes Anna et Celia) sont désespérées.




Mais la présence de la servante Ko Mei Mei va leur être d'un grand secours. La Chinoise, au service du tyran Tiao (mais en tant qu'esclave), va tout mettre en oeuvre pour les aider, avec la complicité de son frère Ko Pao, revenu au village après une absence de deux ans, au cours desquels il a appris une nouvelle technique de combat à l'épée. Ko Pao compte bien, avec l'aide de quelques partisans, renverser Tiao.
Pour y arriver, et aussi pour permettre aux cinq prisonnières d'être en mesure de se défendre, Ko Mei Mei va leur enseigner en secret les arts du kung fu. La tâche ne sera pas aisée, car les jolies blanches attirent la convoitise de presque tous les gardes du palais, sans oublier Ju-Lau, le bras droit libidineux de Tiao, et la perfide Tao-Fu, aux tendances lesbiennes. Sous la conduite de Ko Mei Mei et Ko Pao, Donna et ses copines vont refuser leur condition d'esclave, et devenir des combattantes redoutables...

 

Au début des années 1970, les célèbres studios Shaw Brothers s'intéressent de plus en plus au cinéma occidental, au point d'envisager la réalisation de films en co-production. Dès 1972, on trouve un acteur chinois partageant la vedette avec Klaus Kinski dans un western spaghetti de Mario Caiano, Mon nom est Shangaï Joe. Mais le film est 100% italien, tout comme "Sexy Girls of Denmark" ("Karatéka au pays de l'érotisme"), tourné un an plus tard, est une production entièrement Shaw Brothers, malgré son titre.


L'année 1974 marque véritablement le rapprochement entre ces deux cultures, l'Orient et l'Occident. La firme britannique Hammer et la Shaw Brothers s'associent pour un film d'horreur, La légende des 7 vampires d'or, et un polar, "Call Him Mr Shatter". Cette collaboration va se poursuivre un certain temps, autant avec des noms prestigieux comme la Warner ("Cleopatra Jones et le casino d'or"), qu'avec des pays pour des productions carrément bis, l'Italie notamment ("Les 3 supermen du kung fu", "Supermen contre Amazones", et le fort honorable La brute, le colt et le karaté). Et puis, il y a donc cette association improbable avec l'Allemagne qui va engendrer ce film non moins incroyable : Virgins of the Seven Seas. Le titre anglais fait référence à la littérature arabe médiévale, dans laquelle il était écrit (dans divers ouvrages) que quiconque souhaitait voyager en Chine devait parcourir sept mers ou océans. Ce chiffre 7 est devenu par erreur, dans certains des nombreux titres du film, le nombre des héroïnes, qui sont en réalité cinq durant la plus grande partie du film.

 



Les vierges des mers chaudes est une oeuvre d'exploitation réunissant le savoir faire des productions de Hong Kong dans le domaine de l'action, des arts martiaux englobant kung fu et wu xia pian, et la sexploitation qui envahissait à l'époque les salles de cinéma allemandes. C'est donc la fusion, le choc de deux cultures, et de deux metteurs en scène atypiques, conduisant à un film qui ne ressemble à rien que l'on ait pu voir ailleurs, un film dans lequel des nanas sexy passent une partie du temps à bastonner, en bikini ou carrément topless, des méchants chinois, dans des scènes de bataille insensées que seule la Shaw Brothers était en mesure de chorégraphier. De toutes façons, l'union d'Ernst Hofbauer, réalisateur de la plupart des "Schulmädchen Report" et du mémorable Les orgies de Raspoutine, avec Kuei Chih-Hung, responsable des démentiels Hex, The Boxer's Omen et "Camps d'amour pour chiens jaunes", ne pouvait aboutir qu'à une oeuvre inclassable.


Ce mélange de genres a priori impossible apparaît pourtant comme une réussite à tous les niveaux. Les jolies pépettes occidentales se fondent à merveille dans le décor, même dans les scènes de bataille où elles sont loin d'être ridicules, réalisant d'ailleurs bon nombre de pirouettes impressionnantes. De ce quintet ô combien détonnant, on constate à regret que la plupart n'ont pas fait une grosse carrière au cinéma, notamment les blondes Diana Drube et Deborah Ralls. Tamara Elliot est apparue dans plusieurs séries télévisées, et la grande (elle dépasse tout le monde d'une tête !) Gillian Bray a tourné pendant quelques années, essentiellement en Italie. La seule véritable vedette est en fait Sonja Jeannine, que l'on a pu voir dans certains volets des "Schulmädchen Report", "Trinita, une cloche et une guitare", mais aussi Le corsaire noir ou encore "Mannaja, l'homme à la hache".



Par contre, côté Shaw Brothers, on a du lourd au niveau du casting, à commencer par le sabreur de service, le vengeur du peuple opprimé, interprété par Yueh Hua, celui-là même qui donnait la réplique à Chang Pei Pei dans L'hirondelle d'or et L'ombre du fouet. Grand artiste martial, Yueh Hua a eu un nombre impressionnant de rôles essentiels au sein de la Shaw Brothers, parmi lesquels on peut citer Intimate Confessions of a Chinese Courtesan, "12 médaillons d'or", "Les 14 Amazones" et The Sexy Killer. Sa soeur, dans le film, est la très jolie Hui-Ling Liu, vue entre autres dans La légende des 7 vampires d'or et "Le sabre infernal". Du côté des méchants, on retiendra la prestation impeccable de Wong Hap ("Camps d'amour pour chiens jaunes", "Le tigre de jade", Super Inframan) en seigneur de guerre implacable, qui se sert notamment de sa natte comme arme meurtrière (un classique du film martial chinois). Ses fidèles lieutenants sont campés par la perfide Got Dik-Wa (The Killer Snakes, "Black Magic") qui, elle, manie l'éventail à des fins insoupçonnées (comme déshabiller sa victime, par exemple), ainsi que Li Min-Lang ("Camps d'amour pour chiens jaunes") et Kong Yeung (L'hirondelle d'or, Super Inframan, "The Oily Maniac"). A noter, enfin, la présence de Yuen Biao (De la neige sur les tulipes) dans un second rôle. Yuen Biao, l'un des "Seven Little Fortunes" avec Jackie Chan et Sammo Hung, fut appelé au pied levé pour remplacer Bruce Lee dans certaines scènes du "Jeu de la mort".


On peut constater, à la vision de ce Virgins of the Seven Seas, que l'humour chinois et la plaisanterie teutonne font également bon ménage ; mais soyons rassuré, le film ne dépasse que très rarement les limites dans ce domaine, et le comique de situation, s'il est bien présent à certains moments, n'altère aucunement la dynamique de l'oeuvre. L'action ne baisse jamais d'intensité, que ce soit dans les différentes parties du métrage : captivité, entraînement et vengeance. Les scènes anthologiques ne manquent pas, aussi bien lors de l'entraînement (où Ko Mei Mei apprend notamment à ses élèves comment faire un trou dans une jarre en crachant un noyau d'olive), de la fameuse vente aux enchères, puis des différentes et spectaculaires scènes de combat.

 

 

En résumé, Les vierges des mers chaudes, sorti brièvement en France en 1976, méritait assurément une seconde vie grâce au DVD. C'est chose faite grâce à l'éditeur allemand Camera Obscura, qui a commercialisé voici quelques mois le film dans une copie très acceptable, et avec des sous-titres anglais. Il s'agit là d'une belle perle du cinéma bis, mêlant plusieurs genres dans une parfaite osmose, et en mesure de satisfaire autant les amateurs de films d'arts martiaux que de sexy-comédies, un pari qui pouvait paraître pourtant difficile à tenir. Vous en rêviez, Ernst Hofbauer et Kuei Chih-Hung l'ont fait !



Note : 8,5/10

Flint

 

En rapport avec le film :

 

# La fiche dvd Camera Obscura de Karate, Küsse, blonde Katzen

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