Vampyres
Genre: Erotique , Horreur
Année: 1974
Pays d'origine: Angleterre
Réalisateur: José Ramon Larraz
Casting:
Marianne Morris, Anulka Dziubinska, Murray Brown, Brian Deacon, Sally Faulkner, Karl Lanchbury...
Aka: Daughters of Dracula / Blood Hunger / Satan's Daughters / Vampyres : Daughters of Darkness / Ossessione Carnale / Las Hijas de Dracula
 

Dans la campagne anglaise, deux jeunes femmes, belles et énigmatiques, occupent un château caché au milieu des bois. Fran, la brune, et Miriam, la blonde, sont des vampires. Elles ont été tuées une nuit par un rodeur alors qu'elles faisaient l'amour. Revenues d'entre les morts, s'aimant toujours et condamnées à demeurer inséparables, elles ont besoin de sang pour survivre. Ne craignant pas la lumière du jour, il leur est facile de trouver des proies le long de la route la plus proche. Vêtues d'une robe longue surmontée d'un manteau sombre, elles font du stop à tour de rôle, attendant l'homme qui ne pourra s'empêcher de s'arrêter. Telles les sirènes attirant les marins, les deux vampires exercent leur pouvoir de séduction sur des mâles et parviennent sans difficulté à les retenir la nuit dans leur vaste manoir. Elles offrent à leur future victime un vin dans un ciboire argenté, breuvage ô combien délicieux attisant les sens, mais contenant aussi une drogue à laquelle les deux mortes vivantes sont bien entendu immunisées. Un filtre d'amour qui se transforme en filtre de mort, car après avoir offert son sperme avec délectation, l'homme se verra dans l'obligation d'offrir son sang, qu'il le veuille ou non. L'extase avant l'agonie, le liquide rouge coule à flots avant que la proie ne rende son dernier soupir. Le cadavre est ensuite ramené dans son véhicule, et le meurtre maquillé en accident de la route. La victime ayant bu plus que de raison, la police aura tôt fait de boucler son enquête.



La tranquillité de ce cadre en apparence idyllique attire un beau jour un couple de campeurs en vacances, John et Harriet. Celle-ci, peintre, a remarqué la présence des deux jeunes femmes dans les bois. Silhouettes presque irréelles, elles ne manquent pas de troubler l'artiste. L'arrivée des vacanciers, dont la caravane se trouve à proximité du château, coïncide avec celle de Ted, à la quarantaine bien sonnée, qui vient raccompagner Fran jusqu'à sa demeure. Tombé sous le charme, il va passer la nuit sur place. Ce que Fran ignorait, c'est qu'elle trouverait aussi Ted à son goût, dans les deux sens du terme. Ils vont passer une nuit de folie, inoubliable. Mais le lendemain, Ted éprouve les pires difficultés pour se lever. Il se sent vidé de son énergie, n'a plus la notion du temps, et sa montre s'est arrêtée. En examinant son bras gauche, il remarque une entaille impressionnante. Des taches de sang parsèment le lit ; et Fran a disparu. Un peu plus loin, il trouve une bouteille cassée. Se serait-il coupé après avoir s'être enivré ? Arpentant les pièces du château, Ted constate que le château est désert. Sa raison devrait le conduire à s'en aller, il sent d'ailleurs que quelque chose d'étrange règne en ces lieux, qu'un danger le guette. Pourtant, sa curiosité est la plus forte. Après être allé à la rencontre de John et Harriet pour se faire soigner, il retourne dans sa voiture, et s'endort en espérant revoir Fran à son réveil.

 



"Vampyres" a été réalisé par José Ramon Larraz, Barcelonais exilé en Angleterre au milieu des années 1960. Il a tourné là-bas quatre thrillers : "Whirlpool", "Deviation", "Scream and Die" et "Symptoms". "Vampyres" constitue donc son premier film d'horreur, et son dernier long métrage avant de quitter le Royaume-Uni pour retourner au bercail.
Pour ceux qui connaissent les films de Jean Rollin, on ne manquera pas d'établir quelques comparaisons entre les oeuvres vampiriques du cinéaste français et celle-ci. Même atmosphère, mêmes héroïnes, et de longs silences venant s'intercaler entre les scènes de dialogues. Une certaine poésie, la beauté des décors, et une intrigue réduite au minimum entraînent le spectateur dans une forme de langueur (d'ennui, diront certains), qui est volontaire de la part de Larraz.
Mais contrairement à Rollin, plus poète, plus onirique, Larraz apporte dans son film un érotisme sanglant, dans lequel le vampirisme se retrouve incorporé dans l'acte sexuel, jusqu'à conduire à un état d'ébriété. Le sexe est lié à une forte émotion, il est intense, voire violent. Comme pour "Scream and Die" tourné l'année précédente, le sexe constitue l'essence de "Vampyres". Il est ici traité non pas uniquement comme une source de plaisir, mais également comme un danger, enveloppé dans une aura de mystère.
Comme le sexe, la nature est un élément essentiel dans le cinéma de Larraz. Une campagne magnifique qui semble cacher bien des mystères, et apparaît toujours comme une menace potentielle.

 

 

A sa décharge, "Vampyres" souffre de son faible budget, environ quarante mille Livres pour trois semaines de tournage. On a aussi reproché le choix de Murray Brown pour jouer Ted, à cause de son physique un peu "pataud", très loin du canon de la beauté que le public s'attendait à voir, et qui aurait justifié, à ses yeux, que Fran veuille l'épargner car tombée amoureuse de lui.
Cette critique est relativement injuste, dans la mesure où même un personnage au physique quelconque peut susciter, fort heureusement, le désir sexuel. Il faut au contraire reconnaître à Murray Brown une très bonne interprétation, parvenant à transmettre ses propres émotions au spectateur. On comprend la logique du personnage, conscient du danger, confronté au surnaturel, mais avide d'avoir des réponses, et surtout amoureux d'une femme exceptionnelle à tous points de vue. Un personnage lucide mais résigné, désireux de suivre ce que lui dicte son coeur et non pas sa raison ; terriblement humain, donc.
Humaines, Fran et Miriam ne le sont plus, mais seulement en apparence. En plus de leur statut de morts vivants, leurs personnages présentent une animalité. Elles sont des lionnes, des panthères, et aussi des créatures presque cannibales. Le besoin de boire le sang, et de se repaître de la chair, dans l'urgence, est très bien retranscris dans le film ; et les scènes où Fran et Miriam se jettent sur leur proie sont particulièrement saisissantes, tout comme les scènes de sexe s'avèrent réalistes, ayant aussi leur côté animal, et sauvage.
L'action étant presque inexistante dans "Vampyres", tout repose donc sur le jeu des acteurs. Outre Murray Brown, irréprochable, Marianne Morris (Fran) et Anulka Dziubinska (Miriam) parviennent à tirer leur épingle du jeu, malgré leur expérience limitée dans le cinéma. Mannequins de formation, elles sont dans le film des vampires convaincants, réussissant à changer leur sensualité en férocité uniquement par l'expression du visage.
Parmi les seconds rôles, on retrouve la silhouette androgyne de Karl Lanchbury, habitué des films de Larraz. Et aussi Sally Faulkner, qui jouait l'une des deux lesbiennes dans "Le Zombie venu d'Ailleurs" de Norman J. Warren.

 

 

Malgré son faible rythme, "Vampyres" mérite le coup d'oeil, bénéficiant d'une bonne partition musicale de James Clarke, et d'une excellente photographie, due à l'expérimenté Harry Waxman, qui a notamment officié sur "The Wickerman". Un film oscillant entre le rêve et le cauchemar, et imprégné d'une horreur et d'un érotisme particulièrement forts.

Note : 7/10

Flint

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