Wrong way
Genre: Bikesploitation , Horreur , Erotique
Année: 1972
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Ray Williams
Casting:
Laurel Canyon, Candy Sweet, Forrest Lorne, Ray Wray, Ron Namkram, Kurt Ames, John Zinger, Joe Habit, Seymore Harris, Bill Fisher, Rene Bond...
 

On notera la présence de René Bond (et de ses implants mammaires), grande actrice du cinéma porno US du début des seventies ("Angel above, Devil below" ). Pour la plupart de ses compères, il s'agit là de leur premier et dernier film.
L'histoire qui tiendrait tout juste sur un ticket de métro, se résume ainsi : Deux donzelles tombent en panne de voiture, se retrouvent entre les mains de motards dégénérés et assoiffés de sexe, puis de hippies complètement marteaux...

 

 

Ce qui marque le plus dans ce métrage, c'est nul doute qu'il soit fauché. Néanmoins, ce problème n'en est pas un puisqu'il lui procure toute sa saveur : continuité hasardeuse ("j'ai pas de culotte et puis hop, j'en ai une! Je suis devant un arbre et puis hop, je suis à côté!"), prises ratées "mais" utilisées (un motard tombe de sa moto sans raisons apparentes, les captives rigolent en se faisant violer...), fondus excessifs, cadrages approximatifs ("euh... qu'est ce que je dois filmer maintenant ?"), acteurs qui... jouent comme de gros orteils ("j'ai un bandeau noir et un pyjama bleu, je fronce les sourcils et je fais la moue, et voilà que je montre ma cruauté ! Ah !"), bande son country très "mes enceintes ne marchent pas ou quoi ?"; et pour boucler le tout, un retournement de situation final abracadabrant que nous ne dévoilerons pas ici sous peine de gâcher l'un de vos meilleurs moments cinématographiques à venir. Bref, tout ceci constitue un paysage original qui confère au film, en plus de son aura légendaire, son caractère particulièrement savoureux.
Il est étonnant de constater la fascination qu'une telle œuvre peut exercer de par son manque de fluidité (mais là je reste poli), aussi et surtout par la constance de ses incohérences, lui donnant une sorte de cohérence parallèle. Un monde à part en quelque sorte. N'est-ce pas une prise à revers surprenante qui peut contenter sinon ravir ? Tout laisse à croire que les moult hésitations et balbutiements des acteurs (bien involontaires, je précise à nouveau pour les autistes) sont le fait d'une équipe pas encore remise d'une bonne gueule de bois ; à moins qu'ils soient dûs aux remontées de substances illicites ingurgitées dans un grand banquet chimique. Ne rien contrôler à ce point n'est pas un comble ici, c'est un art ! Non, point de forme cinématographique recherchée par le réalisateur ou des techniciens, mais un grand délire foiré et foireux d'une poignée de rigolos à l'haleine bien chargée et au cul sale. Peut-être (je dis bien "peut-être") que la seule personne à peu près sobre ici fut le monteur qui parvint tant bien que mal à donner un brin d'unité, voire de sens à cette "mauvaise manière" de filmer... Mais toujours est-il que c'est bien plus agréable qu'un gros relent acide de pinard sans résidu de liège au fond. Et n'est-ce pas là finalement tout le charme du cinéma d'exploitation ou plus précisément, celui des drive-in ?

 

 

En plus de suinter des pieds et de puer du bec, c'est une sorte de pureté rance qui se dégage du l'oeuvre de Stephen C. Apostoloff. Un esprit libertaire habite la pellicule et c'est bien la raison pour laquelle on arrivera tout de même au terme du film. Certains grands titres du septième art sont totalement hermétiques ; celui-ci en est le négatif ! En d'autres termes, c'est une bouse abordable et adorable qui accueille le spectateur à bras ouverts dans son grand n'importe quoi "sympathique" ou encore "amical". Certes, c'est pauvre, mais ça donne tout ce que ça possède avec une générosité toute altruiste. On pourra même y déceler de petites merveilles tel que la scène du viol sur fond de musique country apaisante, révélatrice du décalage qui plane tout du long. L'opposition engendrée par la violence et la douceur fonctionne, marque, et met mal à l'aise. La bestialité de l'être humain est ici mise au premier plan et ne cesse de nous renvoyer à nos propres méfaits, en particulier ceux commis lors de la guerre du Vietnam (fait totalement d'actualité lorsque le film est sorti au cinéma). Plus la scène s'étire, plus le contraste s'accentue, et jamais l'efficacité n'est tant de mise. Je pourrais également mentionner le générique mettant en scène les motards arpentant la route, malheureusement trop court (20 petite secondes... l'argent a sûrement à voir là-dedans, à moins que l'équipe n'ait perdu les rushs), mais malgré tout très alléchant et laissant penser que ce qui suivra sera un agréable bikers-film : kitsch, violent, décadent. Enfin, quelques plans sur le désert, qu'ils soient furtifs ou bien plus contemplatifs, illustrent assez bien le film en mettant en avant son contexte. D'une manière plus générale, ceux là valent le détour.
Stephen C. Apostoloff (ou A.C. Stephen, ou Robert Lee, ou ici, Ray Williams ! Comme vous le voulez !) signe une péloche qui rote et qui pète jusqu'à en devenir presque terrifiante ; et par la même occasion, l'un de ces nombreux avatars post-vietnam essayant de renouveler ce sous genre qu'est le film de bikers, possédant toutefois quelques titres phares tel que "Motor Psycho" (Russ Meyers) ou encore "Wild Angels" (Roger Corman).

 

 

Voici donc un film qui, malgré tout, est bel et bien ancré dans son temps, fascine, déroute, pue du cul, attire, ne demande qu'à se faire sodomiser, à être aimer pour ce qu'il est, par devant, par derrière, en levrette, une sorte de 69 avec des sexes mal lavés... Bref, il en fera s'interroger plus d'un sur la véritable nature du cinéma et (mais alors je précise, "pourquoi pas ?") celle de l'être humain.
Wrong way, mauvais chemin ? Je dirais plutôt mauvaise manière, mais toujours pareil, cela dépend pour qui...

 

The Hard
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