Chose à deux têtes, La
Titre original: The Thing with Two Heads
Genre: Blaxploitation , Comédie , Fantastique
Année: 1972
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Lee Frost
Casting:
Ray Milland, Roosevelt Grier, Don Marshall, Roger Perry, Katherine Baumann, Lee frost, Rick baker, Chelsea Brown...
 

Max Kirshner est un grand chercheur spécialisé dans la transplantation d'organes. Victime d'arthrite qui le paralyse peu à peu, et atteint d'un cancer à l'estomac dont l'issue paraît fatale, il se fixe comme objectif afin de survivre en retrouvant ses facultés de mouvements, celui de se faire greffer la tête sur un corps étranger sain. L'expérience sera d'abord tentée sur un gorille. Elle est concluante ! Tellement concluante, que celui-ci, doté de deux têtes parviendra même à sortir de sa cage puis à s'échapper dans les rues. Bref, revenons-en à notre chercheur. Le test ayant réussi, celui-ci part en quête d'un donneur, et germe en lui l'idée d'aller le trouver dans les couloirs de la mort. Jack Moss sera son homme ! Ce dernier est condamné à la chaise électrique et a fait don de son corps à la science. Bref, il est parfait et répond à tous les critères psychologiques et légaux. C'est du reste son assistant, le docteur Philip Desmond, qui s'occupe du transfert du condamné et qui se chargera ensuite de l'opération.

C'est le docteur Kirshner qui se réveillera en premier. L'opération est un succès, il le sent, il peut bouger sa main et même lever son bras. Tiens, il est noir ! Normal, c'est celui d'un nègre ! Ce n'était pas vraiment prévu au programme, mais il lui faudra bien faire avec et laisser de côté ses préjugés racistes.

C'est au tour de Moss de se réveiller... Celui-ci, prenant conscience de la situation, et vite pris de panique, s'enfuit... Autant dire qu'ils sont deux à prendre la fuite !

 

 

J'ai un peu honte de l'avouer ici, mais je connais plutôt mal l'œuvre de Lee Frost. Hormis "Le vampire érotique" (alias "House on bare mountain", son premier film en 1962, un joyeux délire dans lequel il n'hésitait déjà pas à marier yé-yé, vampires et créature de Frankenstein), son enthousiasmant et tout aussi absurde à sa manière western érotique, "L'éperon brûlant", et puis le très sympathique "Dixie Dynamite" avec ses allures de bande dessinée déjantée (relevé toutefois par la présence de l'épatant Warren Oates, pour un rythme de mémoire, un peu mou, mais que je reverrai avec plaisir un de ces quatre). A recenser son œuvre, je dois bien admettre n'avoir rien vu d'autre. Ce qui, je le dis de suite, ne m'a pas empêché de trouver cette "Chose à deux têtes" plutôt réjouissante, et m'a donné une envie folle d'aller découvrir ses autres films. On retrouve d'ailleurs ici le même désintérêt du réalisateur pour le réalisme, et ce n'est à mon sens pas avec un esprit trop cartésien qu'il faudra appréhender la chose, qui navigue le plus souvent dans la fantaisie la plus absurde. Un peu à l'instar d'un Harry Novak qui livra son premier film en 1964 avec "La vie sexuelle de Frankenstein" (disponible à juste titre en dvd double programme chez l'éditeur Something Weird Video, avec le "House on Bare Mountain" susnommé), celui-ci enchaînera rapidement une petite série de nudies, en même temps que d'en être le pionnier aux Etats-Unis avec ses honorables confrères que sont Russ Meyer ("Eve and the Handyman"/ "Erotica") ou encore Herschell Gordon Lewis ("Living Venus"). A regarder sa filmographie, on sent que le bonhomme, à l'instar des autres grands noms cités (qui sont sans doute plus reconnus à ce jour), possède sinon son propre univers, tout du moins un esprit libertaire et déglingué très personnel. A son acti,f en tout cas, une somme de films qui, de loin, semblent aussi délirants les uns que les autres, et en tout cas distrayants et décomplexés du gland, comme c'est un peu le cas ici. En vrac on citera "Black Gestapo" (avec des nazis noirs, fallait oser !), "Zero in and Scream" (un serial killer très érotique)... Bref, je m'arrête là, la liste serait bien trop longue ; mais disons pour résumer que le type a touché un peu à tous les genres, et semble-t-il avec toujours cette même volonté de distraction et, de plus, une ambiance comic-book de circonstance.

 

 

Ambiance que l'on retrouve donc dans le film qui nous concerne, cette "Chose à deux têtes", taxée très souvent de navet ici et là par des pisse-froid qui à mon sens ne savent pas se délester de repères bien trop classiques, allant même jusqu'à reprocher au singe à deux têtes ici mis en scène de n'être qu'un acteur camouflé (?!). S'acharner par exemple sur la dimension politique et ériger "The Thing with Two Heads" en pur plaidoyer anti-raciste et anti-peine de mort me paraît être une erreur monumentale. Je ne dis pas qu'il n'est pas présent au sein du film, et l'argument est clair pour le spectateur du côté duquel Frost se range ; mais c'est avant tout comme un divertissement complètement déjanté (proche une nouvelle fois de l'univers des comics), narguant le réalisme pour la plus pure fantaisie et le délire à tout va, qu'il convient selon moi de le voir avant tout. Ceci étant dit, le film, même classé dans la catégorie ‘distraction', n'est pas non plus exempt de défauts. Le rythme tout comme les segments qui charpentent le scénario sont inégaux. Ainsi, cette longue course-poursuite dans laquelle notre homme à deux têtes, accompagné d'un second, à moto, sont poursuivis par toutes les forces de police, s'étire un peu trop. Soit, leur incursion dans une course de motocross est une idée plutôt réjouissante, notamment avec les compétiteurs qui, n'en croyant pas leurs yeux, se plantent tour à tour, mais les cascades à tout va des voitures de police finissent à la longue par lasser. De même, globalement, on pourra reprocher à Lee Frost de manquer de se renouveler, et de livrer un film, tout compte fait, un peu répétitif, les gags reposant un peu trop sur le même postulat qui donne le titre au film. Cependant, l'ensemble respire une bonne humeur communicative, en témoigne l'excellente scène finale dans laquelle certains protagonistes se cassent en voiture en chantant "Oh Happy Days !". Le début est également très réussi, avec ce gorille à double tête qui s'échappe à même les rues, pour se faire prendre connement dans une supérette à vouloir manger des bananes. (On aura une petite pensée en passant pour le très fun "Schlock" de John Landis tourné l'année suivante, avec une scène assez similaire – mais avec une seule tête !).

 

 

Si la scène de réveil des deux principaux protagonistes est un moment assez savoureux lui aussi, et promet une sorte de Buddy Movie délirant à un seul corps, il semble que Lee Frost ne tire pas non plus toute la substance de nos deux héros. Il ne développe pas assez leurs antagonismes, et tout compte fait, n'exploite pas alors suffisamment le talent de ses acteurs, notamment celui de l'excellent Ray Milland qui paraît par moments trop détaché par rapport à l'action en cours (un Ray Milland qui traversera d'ailleurs les années 70 avec un bon pied dans le bis – pour le pire et le meilleur- avec des films comme "Frogs", "Terror in the Wax Museum", "The Pyjama Girl Case" ou encore "Et la terreur commence" d'Eddie Matalon). Quant à ‘Rosey' Grier, pour un ancien joueur de football américain qui a eu principalement des rôles dans des séries télé comme "Les mystères de l'ouest", "Kojak" ou "Chips" (quoiqu'aperçu dans le "Alerte à la bombe" de John Guillermin), on dira qu'il ne s'en tire pas si mal. Dommage donc que le potentiel comique des deux hommes ne soit pas pleinement exploité. Pour finir, on pourra associer au projet Wes Bishop, et également lui attribuer les qualités et les défauts du film, lui qui fut le comparse de longue date de Lee Frost, et à la fois acteur, producteur et scénariste de ladite "Chose à deux têtes". Quoiqu'il en soit, il s'agit d'un film inoffensif, souvent inégal, mais dans l'ensemble bien distrayant. N'était-ce pas après tout le but initial ?

 

 

Mallox

 

En rapport avec le film :


# Le film est inédit en France, mais est répertorié néanmoins sous un titre français. (Issu semble t-il d'une diffusion sur Canal+ en 1989)

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