Mr Murder
Genre: Horreur
Année: 1993
Pays d'origine: Etats-Unis
Editeur: Pocket
Collection: Terreur
Auteur: Dean R. Koontz
Traducteur:
Michel Pagel
 

Le livre commence presque comme La part des ténèbres de King, ou bien comme le film Fenêtre secrète. Un auteur qui cherche l'inspiration, un étrange personnage qui apparaît comme tout droit sorti d'un roman policier de ce même auteur. Jusqu'ici rien d'original. Puis, d'un coup, le roman prend un autre virage et Koontz nous amène alors là ou nous n'aurions jamais imaginé aller, plus loin encore que pourrait l'imaginer le plus machiavélique des cerveaux. Peu à peu on se rend compte que le danger devient de plus en plus important, plus terrible que n'importe quelle littérature fantastique. Et peut-être même que l'humanité entière pourrait se trouver en danger et peut-être que notre destin entier dépend de la vie de ce romancier imaginé par Koontz.
Imaginé ais-je dis ? Pas tant que ça. Car à travers ce thriller plus ou moins horrifique, Koontz nous parle indirectement de ses angoisses d'écrivain, du manque d'inspiration, du risque de plonger ses personnages dans la superficialité d'un récit préfabriqué. Bref, cette angoisse qui ne doit pas être uniquement une légende vu le nombre d'auteurs qui l'ont invoquée, cette angoisse que l'on appelle : angoisse de la page blanche.
S'insinue alors dans ce récit fabuleux, un rapport étrange entre deux Mr. Murder : l'un est écrivain, l'autre est tout bonnement censé être un personnage de fiction. Mais la réalité est bien plus cruelle et bien plus dure, c'est d'ailleurs très certainement pour cela que certains écrivains dépeignent des mondes avec gouffres sans fond, horreurs tentaculaires et autres histoires de fantômes, pour fuir, exorciser et relativiser la cruelle réalité. C'est le cas de Koontz mais voilà que le virtuel rattrape le réel.

Ainsi, la vie de cet auteur imaginé par le romancier américain bascule d'un coup quand le Mr Murder de son récit veut récupérer sa vie, veut récupérer sa femme et ses deux petites filles. Martin Stillwater, c'est le nom de cet écrivain, va basculer dans l'horreur la plus sordide, le crime et la plus sanglante des réalités dans laquelle il devra fuir pour protéger son petit bonheur.
Mais attention, il ne s'agit pas pour Koontz de plagier La part des ténèbres où je ne sais quel autre livre, non. Ici, son roman intègre d'autres éléments tels qu'une organisation secrète, un sentiment de paranoïa et même de conspiration. Le récit devient alors une sorte de course poursuite, un chemin parsemé de meurtres, de cascades et "d'effets spéciaux" en tout genre.
Tous courent après un auteur, Martin Stillwater, qui ne peut plus écrire, dépassé par la réalité et qui peut-être devrait s'inventer lui-même comme un autre personnage. Coup de génie de Koontz qui, par son style et sa puissante imagination, fait de ce livre un moment palpitant que vous n'arriverez pas à oublier de sitôt. Un livre froid et noir, comme la vie et nos fragiles bonheurs (c'est aussi le message de Koontz), qui n'est pas exempt de poésie. La mise en scène est géniale et ne laisse aucun temps mort.
Mais ce roman d'un maître de l'horreur est aussi un exercice de style. Koontz joue sur deux styles d'écriture : un style purement littéraire et un style scénaristique, entièrement écrit au présent, nous permettant d'entrer encore plus en contact avec le pathos d'un tueur. Un meurtrier, une machine faîte pour tuer qui se raconte comme un film, avec tout ce que cela implique de références au septième art, films noirs, films de science-fiction ou séries telles que Star Trek. Ceci complète encore nos réflexions sur qu'est-ce que le réel, comment nous voyons-nous, comment nous voyons les autres, qui sont les autres etc... Comme par exemple ce moment où le romancier pose pour un journal, photo à la savante mis en scène, et alors le public peut s'imaginer que ce romancier est un tueur.
Rebondissements haletants, suspens, masques et miroirs, sur fond de détails parfois sanglants et de folie. Un romancier doit lutter contre le mal incarné, contre les secrets d'une société qui, dans le monde de Koontz, nous cache beaucoup de choses, critique politique et sociale peut-être. On se prend alors à imaginer des acteurs jouant ce sensationnel roman-film d'action et d'horreur, quelques acteurs, les derniers cinglés d'Hollywood, Nicholson, Denis Hopper ou bien encore Harvey Keitel.
Références au cinéma et surtout roman qui vous tiendra en haleine jusqu'au bout de la nuit, une lecture simple et pourtant très intelligente, rondement menée, où imaginaire ne rime pas forcement avec confort. Bref, vous l'aurez compris, ce livre est un petit joyau où la trame est loin de n'énoncer que des stupidités et qui ne préserve pas le lecteur.
Shakespeare le disait en son temps, le monde n'est qu'un théâtre où chacun doit jouer son rôle. Nos personnages de fictions, même les plus cruels que nous ayons imaginé, nous ressemblent mais à la lecture de Koontz, nous sommes bien contents qu'il ne débarquent pas tous les jours dans nos petites vies tranquilles. A moins que quelque part une étrange corporation ait crée secrètement un de ces personnages violents et meurtriers à l'insu des auteurs, devenus à leur tour victimes de leurs propres créations.
Un roman intense, riche en action et en réflexion, qui m'a littéralement coupé le souffle, un petit bijou d'angoisse, à lire d'une traite comme on regarde un film d'action au risque de plonger dans la paranoïa et la peur la plus étouffante.

Note : 9/10

 

Le Cimmerien

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