Black Mamba 3
Genre: Fanzines
Année: 2006
Pays d'origine: France
 

De numéro en numéro, cette revue s'affine, s'améliore et le contenu semble aller en grandissant. Si le poster central qui nous est proposé ici n'est pas forcement superbe, j'avais trouvé au dernier numéro que les Bds étaient trop courtes, mal exploitées. C'est chose réparée dans ce numéro.
Le contenu est tout simplement superbe, des nouvelles tantôt poétiques, tantôt véritables exercices de style, sont très bonnes voire pour certaines excellentes. De plus le lecteur pourra y trouver un superbe dossier sur les rapports Terre Mars, une interview des éditions Kymera spécialisées dans le comics de qualité (cf les chroniques publiées dans nos pages), des illustrations variées et souvent réussies, des critiques de livres, de films etc...Un contenu monstre, pour une revue sublime. Ce mamba noir est tout simplement génial. Revue de troupes.

 

Cloaca Maxima
(Auteur : Peggy Van Peteghem)

 

Ce numéro commence fort, très fort et voici très certainement la meilleure nouvelle ici publiée, quoique les autres soient aussi très bonnes. Hadrien est un Empathe, il entend, il voit et il ressent d'une façon exacerbée, quasi magique, le malheur, le mal qui est dans l'autre, en tout un chacun, cet autre qu'il ne connaît pas mais qui déverse en son âme un lot d'ordure insupportable (Cloaca maxima est le nom des antiques égouts romains).
Cette nouvelle contient deux faces, l'une noire, où Hadrien est frappé par cette malédiction qui fait de lui un Empathe et sur l'autre face, plus féerique, c'est la fuite de ce personnage qui a quelque chose en lui du Elric de Moorcock, vers un monde de silence, une forêt. Mais dans cette forêt raisonne le chant d'une Dryade... Impossible de trouver le silence...
Avec un style sensible et rempli d'émotion, Peggy Van Peteghem, nous plonge dans un monde triste, enchanteur et très dur aussi. Force est de remarquer que cette jeune auteure a un style bien à elle, incomparable, qui nous entraîne dans un monde proche de la fantasy sans pour autant en être. Une histoire d'amour sans mièvrerie, une histoire d'une force et d'une intelligence fantastique, romantique au sens noble du terme, où la nature et les êtres magiques côtoient la plus terrible des malédictions, celle de l'amour. Seul regret, on voudrait en lire plus, beaucoup plus et cet Hadrien pourrait bien donner naissance à de belles aventures. Un petit bijou de poésie, de finesse à mi chemin entre Silhol et Moorcock.
De plus cette nouvelle est parfaitement illustrée par Anthony Geoffroy qui a su restituer à merveille toute la souffrance du personnage et tout la beauté de cette histoire. Génial.

 

Défaillance
(Auteur : Morethil)

 

Voilà un habile jeu de miroir. Qui est qui ? Qui est amoureux ? L'ordinateur ou l'homme ? Et qui est l'ordinateur et qui est l'homme ? Voilà une nouvelle courte, très courte dont je tairais la fin... J'ai bien aimé le style simple et le retournement de situation, cependant je trouve malgré tout la fin quelque peu confuse. Mais Morethil construit une nouvelle habile et qui, comme les grands maîtres de ce genre de récit, joue sur la chute avec intelligence.

 

Double je
(Auteur : Jean Pierre Cancel)

 

Alors là ! On est proche du chef d'oeuvre !
Construire une histoire c'est bien. Avoir des personnages, c'est mieux. Avoir une idée c'est excellent. Mais quand en plus il y a la manière alors c'est un chef-d'oeuvre. Nouvelle passionnante, exercice de style habile ou en une histoire on nous raconte la vie de deux personnages, liés comme par magie et qui, bien que de milieux différents, un SDF et un patron, vont connaître la même tragique destinée en une journée. Les récits s'imbriquent les uns dans les autres, tissant des rapports entre les personnages qui se croisent, se font et se défont. Difficile de parler de cette nouvelle tant l'habileté de la structure est géniale.
Une oeuvre humaniste aussi, montrant qu'enfin de compte, tous les hommes ont un destin similaire et qu'ils vont tous vers la même "lumière".
La nouvelle de Jean Pierre Cancel est bien sûr une nouvelle de fantastique pur et dur, mais on ne peut s'empêcher de penser à certains exercices de styles qui firent les grandes heures de l'Oulipo ou du nouveau roman, en plus simple et peut-être en plus passionnant. Une oeuvre dans laquelle le fond et la forme se joignent pour nous délivrer un vrai petit joyau. A lire à tout prix ! Et encore un fois les dessins sont fabuleux, sombres et bien particuliers.

 

Jamais après minuit
(Auteur : Jacques Fuentealaba)

 

Voilà une nouvelle bien classique, qui, un peu comme Défaillance, pourrait être un cas d'école avec une situation intéressante et une chute plutôt inattendue. Courte, excellemment écrite et avec des loups garous. Comme d'habitude sur ce genre de récits, qui ne tiennent qu'en deux pages, il m'est difficile d'en parler sans dévoiler la fin, c'est pourquoi je préférerais me taire. Mais c'est bon, très bon même si un peu trop classique pour moi. A lire tout de même.

 

Rico

(Auteur : Kevin Mc Gregor)

 

Après une courte nouvelle voici une longue nouvelle, et quelle nouvelle ! Vous aimez les westerns, plutôt tendance spaghetti, genre Leone. Vous aimez les grands espaces américains, vous n'avez pas froid aux yeux et le trash ne vous fait pas peur ? Alors cette nouvelle est faite pour vous. On pense à Duel au Soleil, on arme nos flingues et hop, on y est. Voilà une vraie nouvelle populaire, un vrai pulp comme on dit. Une histoire simple mais quand même il fallait l'écrire.
Howard est chercheur d'or. Il trouve une pépite avec son fils, heureux il s'en va en ville. Mais voilà , d'autres hommes plus fainéants (on oublie que dans le western les valeurs du travail sont d'une extrême importance, tout comme la religion d'ailleurs) décident de lui voler. Mais en plus de cela, ils torturent sa famille. On viole, on boit, c'est atroce. Mais il en reste un, il doit toujours en rester un, le jeune garçon Rico. Il va se venger bien sûr, mais comment tirer aux flingues avec une main mutilée ? Mais qui est cette silhouette qui a peut-être aidé Rico ? Quel pacte le jeune garçon a contracté pour se venger ?
Une nouvelle sacrement originale, où se mélangent action et fantastique, un vrai western couché sur papier qui saura séduire les amateurs du genre. Pour ma part je suis sous le charme de cette nouvelle...Et puis encore des illustrations dynamiques, géniales, dignes d'une Bd, faites par Thomas Balard que les habitués de Black Mamba commencent à bien connaître. Et je conclurais ainsi : quel talent !

Mais Back Mamba joue sur tous les terrains et accompagnant ces nouvelles deux Bds : La première, Le jour d'avant de Freddy Cash et Vinz, est une oeuvre de Science-fiction un peu complexe au cour de laquelle se joue le soir de l'humanité. Sur fond de paysage post atomique on apprend que comme d'habitude les plus petits sont faits pour être mangé par les plus gros. Un oeuvre qui fait réfléchir, un brin "engagée", un peu courte mais très intéressante.
Pour ma part j'ai préféré la seconde, Reversible. D'abord pour le dessin de Line Parmentier, qui ressemble à celui de Caza et j'aime vraiment Caza. Un dessin simple, qui ne s'embarrasse pas de détails inutiles et qui ne cherche pas à en faire trop. Il s'agit là encore d'une oeuvre de Science-fiction, où se mélange poésie onirique et écologie. Voilà donc une très courte mais très belle Bd, dont je me permets ici de vous recopier la dernière phrase, après à vous de lire et d'interpréter : "Il suffit d'une seule petite différence pour que tout soit changé".
Black Mamba nous a encore une fois gâté et il semble bien que la revue s'améliore de parution en parution. Il ne me reste plus qu'à attendre le prochain numéro et je dois vous avouer que je boue d'impatience. Bravo à tous ceux qui ont participé à l'élaboration de ce numéro, merci à ces faiseurs de rêves. Génial.

 

Le Cimmerien

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