Iles du soleil, Les
Titre original: The Summer Isles
Genre: Dystopie , Uchronie , Science-fiction
Année: 2005
Pays d'origine: Angleterre
Editeur: Gallimard
Collection: Folio SF
Auteur: Ian MacLeod
Traducteur:
Michèle Charrier
 


Quatrième de couverture :

Sachez-le, la Grande-Bretagne a perdu la Première Guerre Mondiale. La suite, on la devine : la dépression, le chômage, la honte, la révolte... et voilà l'ordre ancien renversé. Dans cette période trouble, un seul homme a pu sauver le pays du désastre : John Arthur, le héros de guerre aux origines modestes ; John Arthur, l'apôtre du Modernisme ; John Arthur, l'homme qui a fait de l'Angleterre sclérosée une puissance internationale : la Très-Grande-Bretagne.

Mais en 1940, alors que la terreur et les déportations font rage, un homme, Geoffrey Brook, professeur à Oxford, détient un terrible secret qui pourrait changer le cours de l'histoire.

Uchronie dans la lignée du Maître du Haut Château de Philip K. Dick, Les îles du soleil, lauréat du World Fantasy Award dans sa version novella, dresse le portrait poignant d'un homme dans la tourmente de l'Histoire.

 

L'éditeur évoque "Le maître du Haut-Château" de Dick mais le roman de MacLeod possède une qualité d'écriture et une subtilité dans l'analyse socio-historique qui faisait défaut à l'écrivain californien. A propos de ces "îles du soleil", j'ai envie de dire : enfin, une uchronie qui va au-delà du simple jeu historique, et écrite par un auteur quasi inconnu chez nous (et j'ai entendu dire que dans son propre pays, il n'a même pas eu l'honneur d'être édité !). Bref, une belle découverte.

Le premier mérite de ce roman qui tient autant de la dystopie que de l'uchronie, puisqu'il décrit une Angleterre ayant sombré dans le fascisme après sa défaite durant la Première Guerre Mondiale, est sa volonté d'éviter tout cliché, toute logique binaire du type "l'affreux dictateur et ses chiens de garde d'un côté, le pauvre peuple opprimé de l'autre", un schématisme naïf que l'on retrouve souvent dans les autres oeuvres dystopiques qui ont tendances à forcer le trait pour les besoins de la démonstration. Ici, les choses sont plus complexes. Certes, le grand manitou de la Très Grande-Bretagne, John Arthur, est un dictateur qui s'est élevé à force de démagogie comme tous ses semblables et n'ignore rien des atrocités qui sont commises sous son régime (déportation des juifs au Nord de l'Ecosse, homosexuels invités à se faire soigner par électrochocs, confiscations des biens, violences et exactions diverses,...) mais l'auteur n'en fait pas pour autant une copie carbone d'Hitler, comme le postulat inversé du roman pouvait le laisser penser.

Loin de le présenter comme un malade mentale ou un fou furieux, MacLeod donne au dictateur une certaine ambiguïté d'autant plus frappante qu'elle renvoie à ce que l'on appelle "la banalité du mal". Et cette banalité se retrouve aussi parmi une population apathique, démissionnaire, qui a sa part de responsabilité dans la situation politique du pays ainsi livré aux épurateurs d'un fléau social plus rampant qu'éructant. Et le roman de MacLeod rend très bien compte de cette ambiance viciée par la complicité du plus grand nombre.


Au-delà de ce fond socio-historique crédible et nuancé, l'autre force du roman est bien sûr son personnage principal, Geoffrey Brooke, vieux professeur à l'Université d'Oxford qui ne doit son traitement de faveur qu'au seul fait d'avoir été sois-disant le professeur de John Arthur au Lycée, ce qui se révèlera d'ailleurs inexact. Las, désabusé, se faisant l'effet de n'être qu'un imposteur en jouissant de privilèges arbitraires, atteint d'un cancer, il doit en outre vivre avec un homosexualité évidemment condamnée par le régime en place. Culpabilité, silence, clandestinité et souvenir d'un ancien amour de jeunesse sont les ingrédients du quotidien d'un personnage superbement dessiné que l'auteur fait s'exprimer à la première personne, d'où le ton du roman teinté de mélancolie mais certainement pas de gâtisme.

Et puis, cet homme en bout de course pourrait néanmoins faire vaciller à lui seul le destin du pays mais je n'en dis pas plus.

Les "îles du soleil" est un roman qui a su transcender la simple mécanique de l'uchronie (et son postulat ludique du "et si...") grâce à la subtilité de son écriture, son refus de certains clichés dystopiques et une analyse psychologique remarquable. Un roman à conseiller particulièrement à ceux qui pensent encore que la SF ne sera jamais de la "vraie" littérature.

 

Note : 8/10

Ragle Gumm
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