Substance Mort
Titre original: A Scanner Darkly
Genre: Science-fiction
Année: 1977
Pays d'origine: Etats-Unis
Editeur: Gallimard
Collection: Folio SF
Auteur: Philip Kindred Dick
 

Dans une Amérique imaginaire livrée à l'effacement des singularités et à la paranoïa technologique, les derniers survivants de la contre culture des années 60 achèvent de brûler leur cerveau au moyen de la plus redoutable des drogues, la Substance Mort. Dans cette Amérique plus vraie que nature, Fred, qui travaille incognito pour la brigade des stups, le corps dissimulé sous un "complet brouillé", est chargé par ses supérieurs d'espionner Bob Arctor, un toxicomane qui n'est autre que lui même. Un voyage sans retour au bout de la schizophrénie, une plongée glaçante dans l'enfer des paradis artificiels. N'espérez pas de Happy End.


PK Dick nous offre ici une oeuvre empreinte d'un vécu particulier, et il ne s'en cache pas puiqu'il dédicace ce livre à tout ses amis morts ou cérébralement gravement atteint par la prise de diverses drogues. Et ça se ressent non sans un plaisir malsain. En effet, en s'abstenant de tout moralisme inapproprié, on vit l'histoire à travers les yeux de plusieurs junkies, c'est à dire que la paranoïa, les conversations sans queue ni tête et les délires psychotiques de cerveaux altérés sont à la base de la narration. Ca peut rappeler de nombreux souvenirs pour certains... Sans être un roman surréaliste, c'est une excellente manière de remettre en cause ce que nous avons coutume d'appeler le réel, la vérité (ce qui est un peu le fond de ses oeuvres littéraires).

Mais nous avons aussi là une critique du domaine de la psychologie. Ce n'est pas expliqué clairement mais les interprétation des "psychotechniciens" (rien que le nom les discrédite !) sont prédéfinies et sans marges. Certes à l'époque les sciences cognitives étaient moins développées qu'aujourd'hui, mais l'utilisation d'une norme conformiste (validée par Washington !) comme repère à l'établissement d'un diagnostique, relève d'une satire volontaire.

Comme disait Weber, la principale difficulté d'étudier le cerveau réside dans l'outil : il faut utiliser le cerveau lui même ! Seulement la plaisanterie, aux yeux de Dick, laisse un arrière goût amer. La société bien pensante (à travers les "straights" comme les personnages les appellent), ainsi que toute notre vie (dans notre vision de l'existence) se base d'une manière absolue sur des critères relatifs.

Je n'ai pas vu le film "A scanner darkly" qui est adapté de cet excellent roman, mais l'image (D'abord filmé puis retouché par ordinateur pour donner un style dessin animé, un peu comme du Cell Shading) colle parfaitement avec le désir de l'auteur de nous montrer la vacuité de la perception.

On regrettera peut être quelques scènes pas forcément indispensables, et d'autres inexistantes qui auraient pu compléter le tout, mais d'une manière générale, l'évolution des personnages est très réussie, tout comme l'identification à ceux-ci (même si l'on a un peu de mal à les distinguer au début du livre). La fin nous révèle ce qui a poussé PK Dick à l'écriture de ce livre. Sans rien vous dévoiler, j'imagine que c'est certainement sorti d'un de ses délires opiacés.


Note : 9/10

Llugh

 

 A propos de ce livre :

 

- Adapté en 2006 au cinéma par Richard Linklater sous le nom de "A Scanner Darkly".

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