Calliope, la voix des flammes
Genre: Fantastique , Autres genres
Année: 2009
Pays d'origine: Etats-Unis
Editeur: Editions Télémaque
Auteur: Tabitha King et Michael McDowell
Traducteur:
Claudine Richetin
Sortie VO: 2006
 

Une question me vient à l'heure d'écrire la chronique de "Calliope" : comment vous parler de ce livre? Et oui car trop vous en dire tuerait complètement votre plaisir de lecture et ne pas assez vous en dire ne vous donnera pas envie de le lire. Seulement voilà, l'histoire de ce roman avance tellement lentement (trop lentement diraient certains et j'en suis) qu'en quelques phrases je pourrais tout vous résumer du début à la fin. L'intrigue de "Calliope" tient en effet en peu de mots et l'intérêt du roman n'est sans doute pas là. Vous en conviendrez, et je suis d'accord avec vous, que dire cela d'un livre ne présage rien de bon... Mais "Calliope" n'est ni un mauvais roman, ni un très bon roman, sa lecture n'est pas pénible, elle est juste lente et tout tient dans une ambiance, dans une voix, celle d'une petite fille et de sa façon de voir le monde et les événements tragiques qui l'habitent d'une façon toute particulière...


"Calliope" nous est présenté comme un roman appartement au genre fantastique. C'est à nuancer tant cet élément ponctue seulement l'ouvrage de temps à autre mais n'est pas l'élément moteur à mon sens de l'histoire. Non, encore une fois, ce qui appuie la narration, c'est ce long monologue, cette focalisation interne qui nous amène directement dans la tête de Calliope, petite fille étrange pourvue d'oreilles gigantesques (on la surnomme Dumbo dans le livre) et qui entend des voix, la sienne bien sûr, mais aussi celles des vivants à des kilomètres à la ronde et parfois celles des morts.

Au moment où commence l'histoire le père de Calliope, un riche industriel, un self made man qui a fait fortune en vendant des voitures Ford (aussi le nom du grand frère de Calliope), est sauvagement assassiné. L'enfant entend alors des choses, des voix bien vivantes celles-ci, qui lui racontent comment il a été torturé et découpé. Le roman commence bien, très bien. Il se dégage quelque chose d'étrange, voire de macabre et de très émouvant dans le récit de cette petite fille qui essaie de comprendre la mort et les adultes. On épouse alors son regard, ses yeux et l'on voit le monde différemment. Le roman devient alors une étrange chronique d'une famille du sud des Etats-Unis et s'avère dans un premier temps passionnant. On est complètement conquis par Calliope, que sa mère ne semble pas aimer car elle ne correspond pas à l'idée que l'on se fait d'une jolie petite fille et que son frère maltraite avec une cruauté tout enfantine. Calliope n'est là que pour se taire et masser les pieds de sa mère, une arriviste, passionnée par l'argent et les belles toilettes. Touchant, le roman l'est assurément et l'écriture s'amuse habilement avec le monde de l'enfance qui, malgré ce que l'on veut bien croire, est un monde cruel et pas si serein que cela.

Ainsi à la mort du père, la mère et la fille sont chassées de leur famille par la terrible Mamadee, la grand-mère de Calliope, femme plutôt méchante et ne roulant qu'en Cadillac. La petite fille et sa mère fuient sur une île où elles sont recueillies dans une étrange pension. C'est là que Calliope passera son enfance entre une mère rigide et des femmes étranges et parfois formidables. C'est cette seconde partie de roman qui m'a un peu moins emballée et surtout le final que je n'ai pas trouvé à la hauteur du reste. Au bout d'un moment, malgré le mystère qui s'installe, qui se distille par touches, j'aurais souhaité que les auteurs se détachent un peu de leur projet initial pour vraiment aller vers le fantastique et un peu moins tourner en rond. Encore une fois ce n'est pas mauvais, loin de là, et le personnage de Calliope est surprenant et écouter la voix de cette petite fille est une chose agréable. Mais le souci, et j'en parlais au tout début de ma chronique, c'est que l'histoire tient en peu de ligne, le final aussi, j'ai même eu l'impression qu'il était un peu bâclé, et on avance alors difficilement dans une histoire qui est bien trop lente.

Mais il faut le reconnaître, Calliope est vraiment un roman atypique, très sensible et superbement écrit. Certains passages m'ont ému aux larmes, comme par exemple ce moment de Noël où la petite Calliope semble être la seule à attendre le père Noël. J'ai trouvé cela triste et il y a plein de passages comme ça.  Calliope est un beau roman, lent et fin, mais un mauvais roman fantastique. Car dès que l'on pénètre le mystère, l'histoire ne tient pas ses promesses et déçoit !

Est-ce le nom de King, madame à l'écriture et monsieur derrière qui y va de son commentaire élogieux sur l'écriture de sa femme, mais je m'attendais à autre chose. Le titre lui-même, "Calliope la voix des flammes", me laissait présager quelque chose plus proche justement de Stephen King dans Shinning, ou même de Carrie. C'est loin d'être le cas. Calliope est plus une grande saga familiale, sensible et étrange, qu'un vrai roman fantastique ou même horrifique.


Michael McDowell, nom peu connu en France mais qui fut scénariste de Burton (entre autre de L'étrange Noël de Mister Jack) et écrivain dit "gothique", travailla dix ans sur ce roman. Mais la faucheuse et le SIDA ne l'ont pas laissé finir le livre. Son testament offrait le manuscrit inachevé à Tabitha King. Je ne sais pas où commence l'écriture de cette dernière et c'était la première fois que je lisais du madame King, mais je ne suis pas sûre qu'elle ait le talent de son mari. Encore une fois je ne suis pas en train de dire que Calliope est un mauvais roman, il oscille juste entre le très bon, le touchant, l'émouvant, le poétique et le moins bon, là où l'histoire s'enlise, tourne en rond et devient peut-être un peu mièvre.

Calliope se lit lentement, calmement et s'adresse avant tout à un public plutôt attiré par les sagas familiales, le sud des Etats-Unis (ça j'ai beaucoup aimé) et le touchant poétique de l'enfance mais pas le fantastique pur et dur. Reste que sa lecture est une expérience intéressante et surtout je vous invite vivement à vous plonger dans le catalogue de cet éditeur (Les éditions Télémaque que je découvre d'ailleurs ici) qui en plus de nous offrir entre autre des romans historiques, propose aussi du Ramsey Campbell, du Robin Hobb, de la SF et du fantastique. Une maison d'édition à découvrir et que j'ai été heureux de rencontrer ici.


Note : 7/10

 

Le Cimmerien

 

A propos de ce livre :

 

-  Site de l'éditeur : http://www.editionstelemaque.com/

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