Opéra de sang 1, L' - La Danse des Ombres
Titre original: Dark Dance
Genre: Fantastique , Vampirisme
Année: 1992
Pays d'origine: Angleterre
Editeur: Editions de l'Oxymore
Collection: Manières Noires
Auteur: Tanith Lee
Traducteur:
Thierry Arson
 

Tanith Lee est une grande dame de la terreur et du vampirisme, l'un des écrivains britanniques les plus inspirés dans le genre de ces dernières décennies. Malheureusement, trop peu d'ouvrages de son excellente production littéraire sont parus en France et l'on ne peut alors que saluer bien bas l'initiative de l'Oxymore de rééditer dans leur collection "Manière Noires" les trois tomes de l'Opéra de Sang, l'un des cycles les plus célèbres et les plus plébiscités de Tanith Lee.
La Danse des Ombres est ainsi le premier tome de cet Opéra mettant en scène l'inquiétante demeure et la famille des Scarabae (prononcez Scaraby) : Rachaela vit seule, elle est solitaire, extrêmement belle et intransigeante. Une jeune femme asociale recluse dans son petit appartement depuis la mort de sa mère et de son chat, enchaînée à son sordide quotidien et à sa morne routine. Son père était un Scarabea, l'un des membres de cette famille dont sa mère, une femme acariâtre et aigrie depuis la disparition de son amant, le père de Rachaela, lui a toujours formellement interdit de s'approcher.
Une famille de fous, de malades, de pervers, lui répétait-elle inlassablement... Et un beau jour, Rachaela va recevoir une étrange missive, une lettre des Scarabea l'enjoignant à les rejoindre à la Demeure, une injonction à regagner les siens et la place qu'elle doit occuper depuis toujours dans la famille. Rachaela s'y opposera farouchement mais une série de coïncidences la conduira très vite à devoir quitter son appartement et son emploi. Mue par une force obscure, la jeune femme va ainsi gagner La Demeure, perdue dans la lande et juchée au bord de mer, et aller à la rencontre de son destin, de son passé et de sa véritable nature.
Car un doute plane sur la sinistre famille, presque uniquement composée de vieillards soi-disant centenaires ou bicentenaires, recluse dans un manoir labyrinthique où semble couver à chaque recoin un terrible secret et qui semblerait être une famille de vampires. Légende, illusion, affabulation ou inquiétante vérité ? Toujours est-il que Rachaela est bien elle aussi un membre de cette famille... Certes, un membre au sang moins pur puisque sa mère n'était pas une Scarabea, mais un membre tout de même...
Et Rachaela fera ainsi bientôt la rencontre de son père, le terrible Adamus, un bel homme ténébreux affichant une trentaine d'années alors qu'il devrait en avoir plus de soixante... Et, poussée par les rituels de la Demeure et les obligations du sang des Scarabea, Adamus deviendra très vite l'amant de Rachaela, le père et l'amant, la pire des relations incestueuses... Mais la morale des Scarabea n'a désormais plus rien en commun avec celle de leurs contemporains et à la suite de Rachaela, nous plongerons peu à peu dans un monde terrible et inquiétant, un monde de douleur, de crimes, de violence et de perversion. Le monde des Scarabea...

La Danse des Ombres, comme vous pouvez le constater, est un roman extrêmement perturbant. L'inceste est au centre du roman et la thématique du sang régit la majeure partie de l'ouvrage, que cela soit le sang de la famille, des menstrues, du meurtre, de l'accouchement ou du vampirisme. Mais un vampirisme latent, suggéré, attendu, (espéré ?) mais jamais explicite. On baigne dans une atmosphère d'attente et de découverte et c'est l'ambiance qui régit véritablement cette oeuvre. Parfois déroutant, notamment le début de l'ouvrage qui peut quelque peu refroidir par quelques longueurs, La Danse des ombres, est un chef-d'oeuvre d'expectative, d'austérité et de climat oppressant.
Les dédales sinistres de la demeure et la beauté surannée et flétrie de ses habitants sont rendus à merveille par la pureté, l'élégance et la maturité du style de Tanith Lee. Jamais le thème du vampire n'avait à mon avis été traité avec autant d'élégance et de subtilité... On nage dans un climat d'attente et de suspicion, de haine, de dureté et d'insensibilité et passée la moitié de l'ouvrage, il est impossible de s'en détacher. On est emporté sans plus pouvoir lutter contre cet engourdissement qui nous envahit peu à peu, un peu comme si l'auteur, par ses mots, nous privait un peu de notre sang et nous entraînait à notre tour dans une irrépressible langueur...
Il ne se passe pas des tonnes de choses dans ces près de 400 pages, pourtant on ne parvient plus à lâcher le livre. On est envoûtés. Ce n'est pas un livre d'action, pas un roman éclaboussant de gothisme et d'hémoglobine, ce n'est pas du Anne Rice ni du Poppy Z. Brite, (Deux prêtresses absolues du mythe du vampire) mais on adhère à cent pourcent à cette histoire de famille, de sang et de vampirisme suspecté. La morale n'est pas sauve, loin de là , mais c'est ainsi que l'on imagine ces créatures de l'ombre, leurs rites immuables, leur noirceur et leur allégeance au sang du clan.
On ne peut d'ailleurs pas oublier que cet Opéra de Sang est une trilogie et l'auteure nous ménage donc un suspens très à propos, une avancé toute en courbes et en circonvolutions, dans le dédale de la Demeure. Et la fin du premier tome nous laisse ainsi pantelants, pantois, assoiffés de sang neuf et du second tome. La danse des Ombres est donc un roman époustouflant qu'il faut découvrir à tout prix. Ne surtout pas se laisser décourager ou décontenancer par le début, c'est le ton qui est donné. Un ton austère de pesanteur, d'oppression et d'atemporalité, une fuite du temps insaisissable et une haine de la conformité omniprésente. Je n'ai désormais plus qu'un seul désir aujourd'hui : lire le second tome de l'Opéra de Sang, Le Festin des Ténèbres...

Note : 8,5/10

Chaperon Rouge

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