Dieux de Bal-Sagoth, Les
Titre original: The Gods of Bal-Sagoth
Genre: Dark Fantasy , Horreur , Fantastique , Western , Heroic Fantasy , Fantasy , Lycanthropie , Recueils de nouvelles , Anthologie
Année: 2010
Pays d'origine: Etats-Unis
Editeur: Bragelonne
Auteur: Robert E. Howard
Traducteur:
Patrice Louinet
Illustrateur: Didier Graffet
 

Pour beaucoup, quand nous parlons de Howard, viennent immédiatement en tête des personnages tels que Conan Le Cimmérien, Solomon Kane ou bien Sonya La rousse. Cette dernière n'apparaît d'ailleurs que dans une seule nouvelle et elle est pour moi la preuve que l'œuvre d'Howard fut bien des fois détournée pour le meilleur comme pour le pire. Mais l'auteur américain ne peut et ne doit pas être résumé à si peu, même si c'est déjà beaucoup! Le travail de Bragelonne et de Patrice Louinet est à cet égard absolument fantastique et après nous avoir offert des recueils de nouvelles déjà pleins à craquer, ils nous reviennent ici avec un ouvrage des plus intéressants car contenant des nouvelles peut-être un peu moins connues que celles précédemment publiées. "Les dieux de Bal-Sagoth" vont nous montrer combien le talent d'Howard est tout simplement inimaginable et surtout combien il ne se cantonne pas uniquement à l'Héroïc Fantasy!

Si en tant normal pour ce genre de livre j'aurais tendance à parler des nouvelles dans l'ordre, ici trois textes attirent mon attention avant tout autre. Le premier s'intitule "Les guerriers du Valhalla". A l'évocation du paradis nordique vous seriez en droit de penser qu'il s'agit d'une nouvelle de fantasy épique comme seul Howard sait nous en livrer. C'est vrai, mais c'est aussi faux! Howard est un écrivain américain comme tout le monde le sait mais c'est aussi, et peut-être même avant tout, un texan avec tout ce que ça implique. Le Texas est le deuxième état le plus peuplé des Etats-Unis, c'est une terre étrange puisque partagée entre divers paysages allant du désert en passant par la forêt subtropicale. C'est là que vit Howard, c'est ce pays qu'il aime et c'est aussi lui qui l'inspire. Si on ne le voit pas forcément dans ses précédents textes (bien que le propos serait ici à nuancer), dans "Les Guerriers du Valhalla " cette région des Etats-Unis est clairement citée. Et oui, le cadre du récit, s'il est à 90% issu de la fantasy, débute par l'histoire d'un homme qui ne peut plus marcher, qui va mourir et qui contemple un paysage, plus particulièrement un coucher de soleil qui est assurément texan. Une femme très belle, mystérieuse, lui apparaît et il évoque avec elle ce qu'aurait pu être sa vie de cow-boy, de fermier, ici dans cette région sauvage et belle. L'introduction de ce texte est absolument fantastique. Mais bientôt, grâce à cette jeune femme mystérieuse, il va se rappeler de ses vies antérieures, quand le Texas était autre chose et que les fiers cow-boys étaient des guerriers musclés et beaux! Le raccourci est peut-être simpliste mais l'on peut se demander alors si ces Celtes qu'Howard admire tant ne sont pas pour lui les cow-boys du passé! Il fait même référence à Alamo et à Davy Crockett qui lui n'est pas Texan mais qui participa à la révolution dite texanne qui eu lieu en 1836 et qui le fit entrer dans la légende. Ainsi se créent alors des rapports étroits entre des héros américains et des héros tout droit sortis de l'imaginaire. Donc après cette évocation du Texas digne de John Amoy Knox ou encore de Charlie Siringo pour ceux qui s'intéressent à la culture américaine et au western, le personnage revit donc une fabuleuse aventure avec ce qu'il faut de malédiction, d'action et de combats! Mais ce qui est intéressant c'est aussi que ce texte publié en 1932 est l'un des tous premiers à être écrit après la création de Conan et l'on retrouve ici des éléments propres au monde Hyperboréen et à la réincarnation, thème qui fut plus d'une fois évoqué quant à l'écriture de Conan mais que Howard abandonna assez vite. En ce sens, ce texte est absolument époustouflant, d'abord bien sûr car il est un grand moment de fantasy brutale et barbare, mais aussi car il est une déclaration d'amour au Texas, une ode à la liberté et que pour quiconque s'intéresse à l'univers d'Howard il est une pièce maîtresse dans sa bibliographie.
Deux autres nouvelles sont pour moi absolument fantastiques et tout à fait originales, montrant l'étendue du talent d'Howard : "Les morts se souviennent" et "Querelle de sang". Deux nouvelles qui se passent dans un univers Western une fois encore, richement détaillées, avec des cow-boys qui ne sont pas loin des personnages habituellement utilisés dans les productions d'Howard. "Les morts se souviennent" est la vraie première nouvelle ayant pour décors le Texas et ses légendes. Il s'agit là d'une histoire de malédiction jetée sur un cow-boy qui, un soir d'ivresse, tue une sorcière. Je caricature un peu, car rien que sur cette nouvelle on pourrait écrire des pages et des pages! Au final, on a un superbe récit de fantasy transposé dans un univers Western. Mais, cette nouvelle est aussi celle qui fait taire très vite certaines mauvaises langues qui en faisant des raccourcis rapides pourraient arriver à des conclusions complètement erronées quant aux pensées d'Howard. En effet l'auteur correspond avec Lovecraft et l'on connaît tous les idées de l'auteur de providence et Howard est en effet texan, et bien sûr cet état est très conservateur! Et bien pas Howard! Comme le note Olivier Legrand (échos de Cimmérie) :" Howard était raciste, comme l'était la grande majorité des occidentaux de son temps". Oui à cette époque les boîtes de Banania ne choquaient personne! Donc, oui, il a l'image que les lieux communs de l'époque donnent au noir ou à l'Afrique, il n'y a qu'à relire certains Tarzans de Burroughs pour comprendre. Ou même tout simplement Lovecraft qui a mon sens est bien pire qu'Howard. Car ce dernier est aussi un défenseur des droits des noirs, ce qui lui vaudra d'ailleurs quelques soucis dans sa vie personnelle. Et la nouvelle ici présentée en est la preuve. On est donc au Texas ou dans un état du sud et un blanc, alcoolique, joueur et jaloux, va tuer un couple de noirs. On notera alors comment sont présentés les blancs et les noirs eux, ont un pouvoir, une magie autre que celle de l'homme blanc à l'époque dite civilisée! Ici aucune ambiguïté! Ainsi "Les morts se souviennent" est particulièrement intéressante, d'abord car elle est l'une des premières nouvelles à prendre place dans le far west et aussi car à mon sens elle lave Howard de tout soupçon. Il suffira après pour s'en convaincre de lire sa correspondance avec Lovecraft.
Troisième nouvelle sur laquelle j'aimerais attirer votre attention : "Querelle de sang". Ce texte est en fait la fabuleuse mise en scène d'un duel dans lequel le fantastique est convoqué. C'est aussi pour moi la preuve qu'Howard n'est pas uniquement un écrivain de fantasy, qu'il n'est pas uniquement le créateur de Conan mais aussi un grand de la littérature américaine. Ses évocations des paysages américains sont absolument fantastiques et fabuleuses. On y voit les fermiers menant les troupeaux, les couchers de soleil propres à l'ouest américain et tout ce qui fait l'imagerie bien connue du western. Celui qui n'a jamais lu ce genre de choses, pas si répandues au final dans la littérature, va se retrouver face à un spectacle grandiose où bien sûr la sauvagerie et la haine dominent. C'est du pur Howard et c'est tout simplement magnifique!
Au final, si la couverture de cette anthologie et si le titre rappellent une œuvre de fantasy, on en est loin, très loin. Bien sûr beaucoup de textes font partie du genre, mais Patrice Louinet nous rappelle ici que Howard n'est pas que cela...
Une autre très longue nouvelle est ici publiée, la plus longue de ce recueil et elle appartient au genre fantastique, dans la plus pure tradition, mêlant même quelques éléments d'horreur au récit. "Le crâne vivant" est presque une novella et elle nous raconte comment à Londres un fumeur d'opium va devenir l'esclave d'une étrange créature venant du fond des âges. Ici deux sources d'inspiration: la première, évidente, Lovecraft. La seconde, peut-être moins connue en France, Rohmer et son Fu Manchu. L'histoire se passe dans un Londres à peine esquissé, ramené à ses plus simples clichés soit les fumeries d'Opium, le fog et autres joyeusetés. C'est dans ce décor que le personnage principal va être obligé de lutter contre une terrible organisation mondiale, venant peut-être de Chine ou de bien de plus loin, aux côtés d'un enquêteur de Scotland Yard et d'une jolie femme orientale. On retrouve ici justement tout ce qui fait l'attrait des récits orientaux de cette époque mélangés à un fantastique classique qui se laisse lire avec le plus grand des plaisirs. Dans cette longue nouvelle ce qui est particulièrement intéressant c'est la traitement qu'utilise Howard pour son récit, trépidant bien évidemment et riche en rebondissements et plus particulièrement son personnage principal qui doit lutter contre cette terrible organisation tout en luttant avec lui-même puisqu'accro aux drogues. C'est ce petit plus, qui n'est pas sans rappeler Elric de Moorcock d'ailleurs, qui fait tout le charme de cette nouvelle. Encore une fois il y aurait des pages à écrire sur un texte aussi formidable et une chronique n'y suffirait pas!
Deux nouvelles, à côté de nouvelles plus fantasy, nous proposent aussi une trame plus fantastique : "Dans la forêt Villefére" et La tête de Loup". Dans ces deux textes - dont le premier est assez court, l'un des premiers textes écrit par Howard alors qu'il n'avait que 19 ans - l'auteur met en scène une figure séculaire du genre fantastique : Le Loup-Garou. C'est un peu entendu et on retiendra surtout de la première son côté très gothique Hammer et de la seconde son aspect enquête policière. Ce ne sont pas forcement les nouvelles que je préfère d'Howard mais j'aime encore une fois l'écriture et l'ambiance qui se dégage de ces deux histoires.
Encore une fois, Bragelonne et Patrice Louinet nous offrent donc un bien bel ouvrage qui déborde de textes allant des aventures préhistoriques ("Lance et Croc") en passant bien sûr par le plus fort de l'héroïque fantasy avec entre autres "Les dieux de Bal Saggoth". Dans ce texte on retrouve le Howard que l'on connaît, l'auteur d'aventure donc de fantasy au rythme débridé, avec des jolies filles, des décors étranges et bien évidement de l'action à revendre. En quelques pages on assiste à un naufrage, à un combat entre deux hommes qui se haïssent mais qui au final vont être obliger de s'entraider, à une lutte contre une créature atroce et j'en passe et des meilleures. Le personnage de ce récit, Turlogh O'Brien, va même finir roi, enfin plus ou moins. Car il faut bien comprendre que la vision du monde d'Howard est plus que pessimiste : la civilisation n'est pas grand-chose, elle court de toute façon à sa perte, tout va un jour s'écrouler etc. Bref, comme le souligne Patrice Louinet, toute personne qui veut comprendre et aimer l'œuvre d'Howard ne peut pas passer à côté des récits ayant pour personnage principal Turlogh O'Brien. Il est l'incarnation de la passion pour le celtisme de l'auteur et il est peut-être même plus que ça, une sorte de double… Notons d'ailleurs combien les textes de Louinet expliquant la genèse de cette nouvelle sont absolument passionnants. Cela nous montre aussi combien ce texte est important pour Howard mais aussi et surtout par conséquent pour la fantasy toute entière! C'est ce que j'appelle un vrai récit d'aventure et c'est tout simplement génial ! A noter que les autres récits tout aussi fabuleux de Turlogh O Brien sont publiés dans l'intégrale précédente, toujours chez Bragelonne et toujours sous la coupe de Patrice Louinet : "Bran Mak Morn", un ouvrage bien sûr à se procurer de toute urgence!

Me voilà arrivé à la fin de ma chronique et il y aurait encore tellement de choses à dire sur la plume de Howard, sur sa littérature, sa pensée, la littérature américaine (puisque c'est ça aussi Howard le Texan!) etc… Tant de choses qui font que l'on peut passer une vie à lire et à relire les œuvres de cet auteur américain. Mais en tout cas, une chose est sûre, c'est que le travail de Bragelonne sur ces intégrales est époustouflant. Patrice Louinet va aux sources des textes, travaillant la plupart du temps sur les tapuscrit originaux qui avaient bien sûr subit avant ce retravail la censure de divers éditeurs, nous livrant ainsi des textes riches et fabuleux. A noter qu'ici le tout est en plus illustré par Didier Graffet qui nous livre des crayonnés absolument géniaux et qui font donc de ce livre, un très beau livre. Si vous aimez l'aventure, la fantasy, le fantastique, le western, l'horreur, les loups-garous ou tout simplement l'imaginaire ce livre est pour vous!!! C'est un chef-d'œuvre!

 

Note : 10/10

 

Le Cimmerien

 

A Propos de ce livre :

 

- Site de l'éditeur : http://www.bragelonne.fr/

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