Battle Chasers 1
Genre: Comics , Fantasy , Steampunk
Année: 2000
Pays d'origine: Etats-Unis
Editeur: Editions USA
Scénario:
Joe Madureira
Dessin:
Joe Madureira
Traduction:
Teshi Bharucha
 

Il y a tout d'abord Gully, gamine innocente et pure qui, par un concours de circonstances, se retrouve avec entre les mains (ou sur les mains, puisqu'il s'agit de gants) un puissant artéfact attisant toutes les convoitises, mais dont elle va se servir pour faire le bien. Et bien entendu, son père était une légende nationale et vient juste de disparaître, comme il se doit dans ce genre de cas. Ensuite il y a Garrison, l'ancien héros de guerre vivant reclus dans les bois et la dépression, et dont le soooombre et myyystérieux passé ne va pas l'empêcher de reprendre du service afin d'aider Gully à retrouver son père et comprendre le pouvoir des gants dont elle a hérités. Après lui vient Knolan, un magicien centenaire qui porte petites lunettes et barbiche blanche, et qui vit loin des hommes, dans une cabane au milieu de nulle part en compagnie de... Calibretto, un gigantesque golem de métal des temps anciens, dont l'incroyable puissance physique ne l'empêche pas d'aimer les animaux et les fleurs, ni de devenir le meilleur ami de Gully. Enfin, pour compléter ce casting ô combien original, il y a Red Monika, voleuse sans scrupules ni vêtements dignes de ce nom, qui passe son temps à faire office de bombe sexuelle et à libérer de dangereux criminels contre de l'argent, malgré un bon fond et un passé commun avec Garrison.

 

Tout ce petit monde va partir en quête de réponses, va beaucoup se battre contre des menaces de types loups-garous, soldats royaux et démons millénaires, et va réussir à former une équipe soudée bien que pour le moins disparate. Courage, dignité, choix à faire, amitié, amour de la bataille... Vous voyez le genre de thèmes.

 

Bref, "Battle Chasers" donne dans l'ultra-classique, les figures ont déjà été vues mille fois rien que l'année dernière, et ces personnages comme cette histoire se déroulent sans la moindre surprise pour le lecteur habitué aux sagas d'heroic-fantasy.

 

Les hommes ont des bras plus larges que mes cuisses, les femmes des poitrines plus imposantes que des ballons de plage sous le soleil estival, les monstres besoin de deux pleines pages pour être représentés en entier, les épées font environ trois mètres, et Calibretto a même une sulfateuse cachée dans le bras.

 

Donc oui, voilà, en plus d'être classique, "Battle Chasers" est cliché.

 

 

 

Mais... Mais... Mais oui, sagaces et pourtant taquins lecteurs ! Étant aussi l'un des vôtres, je sais que vous avez débuté la lecture de cette critique par la note finale. Et que là, vous vous dites "mais pourquoi il a mis dix alors qu'il est en train de nous dire que c'est tout pourri ?".

 

Pour la simple et bonne raison que cet album se situe à peu près à l'opposé parfait de "tout pourri". Oui, histoire comme personnages sont classiques, et oui les atours de cette oeuvre pourraient presque passer pour parodiques du genre. Mais Joe Madureira, l'auteur unique derrière "Battle Chasers", semble l'avoir fait en connaissance de cause, et prend appui sur ces classiques, sur les nombreuses balises posées autour du chemin choisi pour s'envoler très haut en termes de qualité, de rythme et de charisme.

 

Et finalement, alors qu'avancent cette histoire et ces personnages hauts en couleurs, on oublie complètement le fait qu'on a déjà lu quatre cent cinquante-deux récits similaires, et qu'il ne se trouve dans ces pages ni la moindre subtilité ni la plus petite volonté de créer quelque chose de neuf. Parce que ce n'est pas le but ici : "Battle Chasers" n'invente rien, il sublime. Et ce qui reste de notre lecture une fois la dernière page tournée, c'est la sensation d'avoir lu le plus efficace, le plus hypnotique et le plus maîtrisé comics d'heroic-fantasy. Il n'y a aucune prétention dans le travail de Madureira. C'est du comics qui peut être lu et aimé par n'importe qui, un actioner pur et dur qui fait office de bulldozer narratif, balayant toute la concurrence sur son passage et emportant ses lecteurs dans son sillage. Une oeuvre qui avait intégré dès la fin des années 90 tout ce que mangas et jeux vidéo pouvaient apporter au médium comics. Une espèce de conclusion, de travail final et définitif à l'heroic-fantasy dans les comics.

 

En se limitant aux fondamentaux, en refusant de complexifier et de prendre des chemins détournés, Joe Madureira accouche d'une oeuvre voisine de la perfection, qui pourrait faire office de livre fondateur pour quiconque voudrait se lancer dans le comics. Ca côtoie le steampunk, ça plonge sans réserve dans le plaisir coupable totalement assumé (les scènes d'action ou le physique de Red Monika), et ça réussi à tous les coups.

 

Dans ce recueil réunissant la première moitié de la saga, le rythme est celui d'un créateur surdoué qui ne dessine pas une case inutile. Les personnages ont beau être classiques, ils sont tous auréolés d'un magnétisme impossible à combattre. L'histoire n'a rien de nouveau et pourtant se suit avec une envie affamée et un plaisir presque physique, celui d'un gamin découvrant pour la première fois une histoire et un imaginaire qui le dépassent mais continuent à lui parler. Les dialogues comme les scènes d'actions sont parfaits, renvoyant autant aux films hollywoodien qu'aux jeux vidéo les plus ambitieux. Et l'auteur de cette critique est emporté par un tourbillon de dithyrambes.

 

Bon, et puis on ne peut pas se quitter sans parler du dessin de Joe Madureira. On reconnaît l'influence des mangas (dont il est lecteur) dans le dynamisme des mouvements ou la mise en page ultra-énergique des cases, mais le trait lui-même reste très américain, et l'un des plus détaillés et précis parmi ceux des auteurs mainstream. Lors de la parution régulière de Battle Chasers, en 1998, c'est d'abord ce trait qui avait fait son succès critique (couronné d'un impressionnant succès populaire), cette nouveauté et cette énergie dans un paysage visuel engoncé dans les codes imposés par les écoles Marvel et DC.

 

Et au-delà du trait, il y a les couleurs du studio Liquid!, deux artistes eux aussi apparus aux yeux du grand public avec "Battle Chasers". La colorisation est d'une précision chirurgicale, rien ne dépasse ni ne bave et, ENFIN, l'informatique était utilisée avec brio dans la création d'un comics. Les reflets sur les surfaces brillantes, les impressions de textures sur le métal usé de Calibretto, les effets de transparence, de feu, de lumière, les cieux nocturnes proches de la photographie... Visuellement aussi, c'est claque sur claque, et même dix ans plus tard, ça n'a pas pris une ride.

 

"Battle Chasers" n'est jamais fin, et pourtant toujours excellent. Une oeuvre marquante, culte, immanquable. De la très grande bande-dessinée américaine. Bim, dix sur dix, et on assume.

 

 

Note : 10/10

 

Vincent

 

À propos de cette BD :

 

- La couverture de ce recueil n’est pas de Joe Madureira, mais de Travis Charest, le dessinateur de "Wildcats".

 

- Joe Madureira travaille désormais dans le milieu du jeu vidéo, et a par exemple été le designer du récent "Darksiders".

 

- On en parlera plus en détails dans une future critique du second recueil de la série, mais "Battle Chasers" est encore aujourd'hui une histoire inachevée...

 

- Site de fans très complet sur Joe Madureira : http://www.joemadfan.com

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