Justicier de minuit, Le
Titre original: Ten to Midnight
Genre: Polar , Vigilante
Année: 1983
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Jack Lee Thompson
Casting:
Charles Bronson, Gene Davis, Andrew Stevens, Lisa Eilbacher, Wilford Brimley, Geoffrey Lewis, Ola Ray, Kelly Preston, Jeane Manson , Deran Sarafian...
 

Le lieutenant Leo Kessler et son adjoint, le jeune Paul Mc Cann, sont sur la piste d'un tueur en série. A l'enterrement de l'une des victimes, leur attention est attirée par le comportement de Warren Stacey. Lorsqu'une nouvelle victime, qui elle aussi venait d'assister à l'enterrement, est retrouvée assassinée, Kessler est persuadé que le tueur est Stacey, mais ce dernier a toujours un bon alibi. Kessler décide alors de fabriquer de fausses preuves.

 


Charles Bronson avait pensé trouver son alter ego en la personne du réalisateur Michael Winner, mais après le succès du premier "Justicier" ce dernier ne désirait pas devenir le "Yes Man" attitré du brave Charly. Il s'était alors lancé avec plus ou moins de bonheur dans des projets en solo ("La Sentinelle des Maudits", "The Wicked Woman"...). Le hasard faisant parfois bien les choses, Charly fait un beau jour la connaissance, sur le tournage de "Monsieur St Yves", du réalisateur Jack Lee Thompson. Les deux hommes sympathisent et deviennent très rapidement amis. Bronson trouve enfin en Thompson son "Yes Man" attitré, un réalisateur plus docile, mais néanmoins expérimenté qu'il pourra utiliser sans peur d'être désagréablement surpris (prémonitoire quand on voit "Le Justicier de New York"). Il fait entrer son ami au sein de la Cannon, dont il est devenu l'un des poulains depuis le succès du "Justicier dans la Ville 2". C'est donc sans surprise que Bronson propose Thompson comme réalisateur de son prochain film pour la Cannon, intitulé "Ten to Midnight".

Le scénario écrit par Thompson et William Roberts ("Les 7 Mercenaires") nous présente Warren, un jeune homme tout ce qu'il y a de plus ordinaire à part un petit détail : c'est un tueur en série. Certains collectionnent des timbres, d'autres vont à la pêche... Lui se met tout nu et trucide ses concitoyens, avec une prédilection pour les jeunes femmes qui refusent ses avances. Notre brave streaker/tueur aurait pu continuer sa carrière sans problème s'il n'avait pas exercé sa passion dans la ville où Charles Bronson est inspecteur. Un inspecteur qui va se faire un devoir de mettre hors d'état de nuire le psychopathe, même si pour cela il doit fabriquer de fausses preuves contre lui. Pas de chance, le pot aux roses est découvert par son jeune adjoint trop zélé, et le tueur se retrouve en liberté. Mais Papy Bronson n'a pas du tout l'intention de le laisser tranquille. Très énervé par l'attitude peu conciliante de la police, notre psychopathe décide alors de se défouler sur la fille de l'inspecteur, et accessoirement ces co-locatrices. Il se présente à leur appartement...

 


Tout cela aurait pu donner un bon petit polar bien nerveux et sauvage. Malheureusement l'interprétation ne suit pas. Gene Davis, qui fait pourtant de son mieux, n'a pas, hélas, le charisme d'un Andy Robinson ("Dirty Harry") ou d'un Wing Hauser ("Vice Squad"). Ne parlons pas de l'interprétation figée du brave Charly qui est proche de l'autisme. Le reste du casting est un incroyable patchwork d'acteurs et actrices issus de la série B et de la télévision. En tête, Andrew Stevens, ex jeune premier prometteur ("Fury" de De Palma), devenu réalisateur et producteur de séries B ("Walking Tall 2"). On trouve aussi dans un petit rôle Derian Sarafian, lui aussi acteur ("Zombie 3"), réalisateur ("Death Warrant" avec JCVD) et producteur. Du côté féminin, on peut remarquer la présence d'Ola Ray, chanteuse/actrice ("48h" et "Fear City"), dont le titre de gloire fut d'être la co-vedette du fameux "Thriller" de Michael Jackson, une brève notoriété qui l'amena à dévoiler ses charmes dans les pages du fameux Playboy. Pour les vrais pervers, notons aussi l'apparition anecdotique de la chanteuse Jeane Manson dans le rôle d'une prostituée.

Jack Lee Thompson (1914-2002) est un réalisateur de la vieille école, sans génie particulier mais avec ce savoir faire britannique qui lui permet de diriger sans problèmes des super productions comme "Les Canons de Navarrone" ou "L'or de Mac Kenna". Il tourna aussi les deux derniers épisodes de la fameuse saga de la Planète des Singes "A la conquête de la planète des Singes" et "La bataille de la planète des Singes". Embauché au sein de la Cannon, il deviendra un réalisateur maison et y finira sa carrière. Outre les cinq films qu'ils tourneront ensemble, Thompson réalisera "Firewalker" et surtout "Les Mines du Roi Salomon", gros succès de la firme à l'époque. On peut retenir deux films intéressants de cette amicale collaboration : le méchant "L'enfer de la violence", le seul de cette période produit hors des studios Cannon par Jill Ireland et Pancho Konher, et le sympathique "La Loi de Murphy", les deux meilleurs films du duo Bronson/Thompson.

 

 

Le problème de ce film, qui n'a aucun rapport avec la série des justiciers, c'est qu'il n'est pas réalisé par Michael Winner. L'ensemble manque singulièrement de punch, et la réalisation empâtée de Thompson, si elle s'accordait parfaitement sur des super productions, est ici totalement inadéquate. Il manque singulièrement cette petite touche de délire et/ou de mauvais goût qui sauvait "Le Cercle Noir" ou "Le justicier de New York" du néant. Il reste néanmoins quelques scènes intéressantes, notamment les vingt dernières minutes lorsque le tueur se présente à l'appartement de la fille de Bronson et commence méthodiquement à massacrer toutes ses occupantes. Une scène qui n'est pas sans rappeler le final du giallo déviant de Fernando Di Leo : "La clinique sanglante". Pour le reste, Jack Lee Thompson mélange maladroitement et sans trop d'originalité le polar urbain et le psycho killer, en vogue à l'époque.

Comme on le voit, le script ne donne aucune circonstance atténuante au tueur. C'est un pervers qu'il faut éradiquer de la surface du globe, tout cela pour amener le spectateur à accepter l'inexorable dénouement. Le film se conclut donc par la scène qui fit couler beaucoup d'encre et entérina à jamais Bronson dans son rôle de vigilant de l'Amérique profonde. Poursuivant la seule rescapée du massacre (la fille de l'inspecteur Bronson justement), le tueur est coincé par notre inspecteur et un escadron de policiers. Notre streaker fou se lance alors dans un petit laïus où il explique qu'il plaidera la folie et sortira de l'asile dans deux ou trois ans. Ne t'inquiète pas je reviendrai, lance- t- il à un Bronson impassible qui lui rétorque alors : Oh non, tu ne reviendras pas, et lui tire froidement une balle dans la tête. Tonnerre d'applaudissements dans la salle, avec un nouveau succès au box office, et pour Bronson une fin de carrière basée sous le signe de la justice expéditive et sans nuance. L'acteur a trouvé sa voie : libérer l'Amérique des violeurs, désaxés et autres dégénérés qui souillent les belles couleurs du drapeau étoilé... God Bless America !

 

 

The Omega Man
Vote:
 
7.68/10 ( 47 Votes )
Clics: 6094
0

Autres films Au hasard...