Valérie au Pays des Merveilles
Titre original: Valerie a Tyden Divu
Genre: Vampirisme , Fantastique , Drame
Année: 1970
Pays d'origine: Tchécoslovaquie
Réalisateur: Jaromil Jires
Casting:
Jaroslava Schallerova, Helena Anyzoval, Karel Engel, Jan Klusak, Petr Kopriva...
 

Le générique seul devrait suffire à vous en convaincre, Valerie a Tyden Divu est un véritable joyau, beau, étrange et envoûtant. Grand monument d'esthétisme et de lyrisme, le film nous convie dans un petit village de Tchécoslovaquie au siècle dernier à faire la connaissance de la petite Valérie, héroïne éponyme, qui cueille les derniers jours de l'innocence chez sa grand-mère pieuse et austère. Alors que la jeune fille connaît ses premières menstruations, elle mène une découverte du monde des adultes jonchée d'évènements fantastiques où le rêve semble prendre le pas sur le réel.

 

 

Même si Jaromil Jires fut l'un des porte-étendards de la "Nouvelle Vague" du cinéma tchèque dans les années soixante, ce film ne s'inscrit pas dans cette mouvance irrévérencieusement subversive. Avec cette adaptation du roman homonyme de 1935 de l'écrivain Vitezslav Nezval qui fut l'un des fondateurs du Groupe Surréaliste Tchèque, Jires lorgne davantage du côté d'"Alice au Pays des Merveilles" et du "Nosferatu" de Murnau, et signe peut-être la plus fidèle retranscription d'un songe à l'écran. Un des grands talents de l'artiste est de se faire totalement oublier pour mieux mettre en avant son personnage principal et l'atmosphère mystérieuse et poétique qui l'enveloppe.
En effet, si le monde de Valerie n'est pas dénué d'un charme bucolique (les nombreuses scènes aux champs, les volatiles de basse-cour omniprésents, ...), il est très marqué par le fantastique à tendance gothique. Notre héroïne doit faire face à l'aide de bijoux enchantées à des vampires en cape entourés de brume, se frayer un chemin dans des souterrains remplis de cierges, de toiles d'araignées et de marmites bouillonnantes et se tirer des griffes d'un prêtre libidineux.
Pourtant la substance du film ne semble pas se situer là. Apparenté à l'oeuvre maîtresse de Charles Lutwidge Dodgson (plus connu sous le nom de plume "Lewis Caroll"), comme l'indique sans ambages le titre français, le film traite bel et bien de puberté au travers de l'onirisme. Jaroslava Schallerova, alors âgée de treize ans, se fait l'incarnation absolue de la beauté adolescente et aborde avec un juste mélange d'innocence et de désir la découverte de la sexualité et de l'amour. Que ce soit par des métaphores comme cette carafe de vin qui vient maculer de rouge la blanche table de noces ou des scènes ostensiblement érotiques, nous accompagnons Valerie dans son éveil à la sensualité. L'univers sur lequel elle lève le voile mêle d'ailleurs allègrement saphisme, sadomasochisme, inceste et orgies, tout en conservant une certaine pudeur dans la démonstration.

 

 

Il est aussi difficile de ne pas remarquer la représentation très peu élogieuse d'une Eglise aussi stricte dans ses enseignements et ses condamnations officiels que dépravée dans l'intimité. Ainsi la jeune fille se verra taxée de sorcellerie et conséquemment envoyée au bûcher pour avoir refusé de se donner à un serviteur du Saint Père !
Pour couronner ce spectacle visuellement excellent, la partition lyrique et entraînante de Lubos Fiser vient se superposer aux images en parfaite harmonie. Il est à noter une utilisation inventive des effets sonores dont ces virgules rattachées à l'apparition des bijoux de Valerie.
Avec ses dialogues ambigus et ses personnages polymorphes et ubiquistes, il n'est pas toujours aisé de comprendre où Jires nous emmène. Outre ces considérations cartésiennes, on s'abandonne à l'expérience éthérée comme on plonge dans un songe où la logique s'efface au profit de l'émerveillement. A s'offrir sans hésitation.

 

 

Note : 10/10

 

Princesse Rosebonbon

 

A propos du film :

# "Valérie au Pays des Merveilles" a été édité en dvd en France chez Malavida dans une très belle édition incluant la bande originale et un livret de 24 pages en 2010.

# La bande originale a été éditée en CD et LP en 2006 chez Finders Keepers Records.
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