Eroticofollia
Titre original: Malocchio
Genre: Giallo , Thriller , Satanisme
Année: 1974
Pays d'origine: Italie / Espagne /Mexique
Réalisateur: Mario Siciliano
Casting:
Jorge Rivero, Richard Conte, Pilar Velazquez, Eduardo Fajardo, Anthony Steffen, Eva Vanicek, Daniela Giordano, Luciano Pigozzi...
Aka: Evil Eye / Mal de ojo / Mas alla del exorcismo
 

Peter Cray (Jorge Rivero) a tout pour être un homme heureux. Il est jeune, riche, beau gosse, et mène une vie tranquille de rentier dans son immense villa. Il est entouré d'amis ayant également, pour la plupart, une existence oisive. Son pote Roberto (Luis La Torre), par exemple, vit aux crochets de ses parents, et partage son temps entre la drague et les tables de casino. Tous deux accumulent les conquêtes, les filles les plus jolies se succédant dans leurs bras, au cours de soirées arrosées finissant le plus souvent en orgies.
Malheureusement, la vie de Peter Cray n'a pas seulement un goût de paradis. Notre playboy est régulièrement victime de cauchemars, dans lesquels des personnages en toge et masqués se livrent à d'étranges messes noires, accompagnés d'hommes et de femmes entièrement nus émettant des cris bizarres. Ces gens qui ont l'air si réels prennent le contrôle de son esprit, durant ces rêves, mais parfois également lorsque Peter est éveillé. Lorsque cela se produit, il est pris de terribles migraines, et des voix lui ordonnent d'obéir à des actes encore indéterminés.

 

Peu de temps après l'un de ces cauchemars, Peter est contacté par une française de passage à Rome. Il rencontre celle-ci, une certaine Yvonne Chevraille (Eva Vanicek), à l'occasion d'un défilé de mode animé par la copine en date de Peter, Targa (Daniela Giordano). Yvonne déclare que son mari défunt lui est apparu en rêve, pour lui dire qu'elle allait bientôt mourir, et que son assassin s'appelait Peter Cray. Le jeune homme pense qu'il s'agit d'un canular et s'en va. Mais le soir, Yvonne vient le relancer chez lui, apparemment effrayée. Il tente de la rassurer, allant jusqu'à la séduire, jusqu'au moment où les visions recommencent. Semblant sous hypnose, Peter étrangle son invitée, tandis que dans la pièce on peut observer de mystérieux phénomènes de télékinésie.
Le lendemain matin, le playboy se réveille dans son lit, en robe de chambre. Tout est en ordre, et pas la moindre trace du cadavre...

 

Dans la filmographie peu reluisante de Mario Siciliano, "Eroticofollia", oeuvre baroque et décousue, sort assez nettement du lot, à côté de films de guerre, de westerns puis, en fin de carrière, de productions érotiques mettant souvent en lice Marina Hedman qui n'ont pas marqué l'histoire du cinéma de genre. Cela ne veut pas dire pour autant que "Eroticofollia", au titre racoleur sinon mensonger, soit une réussite. On en est même très loin, surtout au niveau de la cohérence, le film oscillant entre le thriller et le fantastique, avec une pointe de giallo (ce qui lui a valu d'être parfois catalogué dans cette catégorie) pour son côté machination. Le héros principal étant riche et séduisant, il devient de ce fait une proie idéale. On peut en vouloir à sa fortune, et ses nombreuses conquêtes féminines sont susceptibles d'attirer la rancoeur de maris jaloux. Il mène de plus une vie relativement dissolue (drogue, alcool...), et de ce fait pourrait être la cible d'un "fanatique moralisateur". Rajoutez à cela l'un des personnages du film qui s'est fait chiper dans sa jeunesse la femme qu'il aimait par le père du héros, et on a, à l'arrivée, largement de quoi mener un giallo machination jusqu'à son terme.
Non, ce serait trop simple, et Mario Siciliano pousse la barre très haut, rajoutant dans une histoire suffisamment complexe une secte sataniste qui n'apparaît que dans les rêves du personnage principal, et des phénomènes inexpliqués de psychokinésie (à savoir télékinésie et contrôle mental). L'ensemble paraîtrait parfaitement hétérogène, si l'on ne venait à penser, au fur et à mesure du développement de l'action (et de l'enquête menée par un inspecteur de police campé par Anthony Steffen) que notre playboy a certainement été drogué à son insu, ce qui expliquerait de manière rationnelle les cauchemars, la démence progressive dans laquelle plonge la victime, et surtout cette manifestation du paranormal. Tout pourrait n'avoir été qu'une suite d'hallucinations destinées à rendre fou Peter Cray, et le destituer de sa fortune, voire simplement se venger de lui, quelle que fut la raison de son ou ses persécuteurs.
Jusqu' à l'approche du final, le réalisateur donne l'illusion d'aller dans cette direction, avant d'opter au dernier moment pour un coup de théâtre foireux, et régulièrement utilisé dans l'histoire du cinéma par bon nombre de réalisateurs en panne d'imagination. Le spectateur en ressort passablement frustré, et inutile de préciser que ce dénouement ne satisfera personne.

 

Dommage, il y avait vraiment mieux à faire avec un tel synopsis qui, sans être très original, pouvait au moins tenir la route, et nous permettre de passer un bon moment en compagnie de quelques acteurs sympathiques et familiers du genre. Coproduction oblige, on retrouve bon nombre d'italiens et d'espagnols au sein du casting et, puisque le Mexique est également de la partie, le rôle du héros est dévolu à Jorge Rivero. Dans son pays, l'homme est un playboy, une icône. Ce sex-symbol débuta devant la caméra de réalisateurs majeurs de cette époque, à savoir René Cardona (le père, puis le fils), Alfredo B. Crevenna ou encore Alfonso Corona Blake. Son physique de chippendale aurait pu le cantonner définitivement au cinéma bis, mais en 1970 on fait appel à lui pour tourner successivement dans "Soldat Bleu" de Ralph Nelson, et "Rio Lobo" de Howard Hawks, dans lequel il tient l'un des rôles principaux derrière l'indétrônable John Wayne. S'il n'est pas un grand acteur, Jorge Rivero reste immensément populaire dans son pays, et on peut reconnaître que son jeu dans "Eroticofollia" est satisfaisant.
Autour de lui gravitent quelques visages connus, qu'il s'agisse d'Eduardo Fajardo, ici dans le rôle d'un majordome maître chanteur, ou Luciano Pigozzi. En plus d'Anthony Steffen précédemment cité, plutôt dans un second rôle même si son temps de présence à l'écran augmente au fil de l'intrigue, on retrouve également Richard Conte (vu dans plusieurs polars ainsi que dans "Bacchanales infernales"), composant un médecin chargé de s'occuper de la santé mentale du héros. Un médecin aidé par une ravissante assistante, en l'occurrence Pilar Velazquez ("Le manoir aux filles", "Exorcisme tragique", "Il fiore dai petali d'acciaio"), qui ne tardera pas à supplanter Daniela Giordano ("La casa della paura", "Une nuit mouvementée") dans le coeur du héros.

 

D'autres actrices charmantes complètent le tableau féminin, à savoir Pia Giancaro ("La dame rouge tua sept fois") et Lone Fleming ("Sexy Cat"). De ce quatuor de charme, dans un film tourné au coeur des seventies, on aurait pu attendre un minimum d'érotisme. Hélas, de ce côté-là aussi on déchante assez vite : les scènes d'orgie sont inexistantes (tout juste une invitée finit-elle topless dans la piscine), et les actrices principales ne dévoilent pas leurs charmes, malgré Daniela Giordano sous la douche (on ne la verra que se laver les dents avec Jorge Rivero, ce qui est moyennement sexy). Seule Pilar Velazquez montre furtivement sa poitrine lors d'une scène, mais tout cela est bien maigre. Par contre, on voit à plusieurs reprises le torse glabre de Rivero, sous toutes les coutures, ce qui ne manquera pas de ravir autant les midinettes que la communauté gay. On peut d'ailleurs se demander si Mario Siciliano n'a pas cherché à jouer sur les deux tableaux afin de rameuter un public plus nombreux, tout comme il a profité du succès de "L'exorciste" dans ce film qui n'entretient pourtant aucun rapport avec l'oeuvre de Friedkin, mais qui laisse planer pourtant le doute, notamment en ce qui concerne son titre d'exploitation au Mexique ("Mas alla del exorcismo").
La vision de "Eroticofollia" est une curieuse expérience, assez déroutante. La première victime de Peter Cray est étranglée apparemment de ses mains, mais plus tard, à la morgue, on peut voir qu'elle a été égorgée. Ensuite, le même Cray étrangle une autre femme, puis son mari. Pourtant, la police ne parle plus tard que du cadavre de l'homme, celui de sa compagne étant complètement oblitéré, comme si elle n'avait jamais existé. Certains personnages sont étrangement dépeints, comme Marta (Lone Fleming), la femme du policier, qui donne un talisman à son mari pour le protéger contre les forces du mal, et pense que les meurtres sont dus à des forces occultes. La fin du film bascule définitivement dans l'irrationnel, jusqu'à cette conclusion relevant autant de la bêtise que de la fumisterie, et qui ferait presque passer le film pour un clip destiné à la prévention contre les méfaits de la drogue et de l'alcool sur la jeunesse. On ressort de tout cela un peu déboussolé, avec un arrière goût de Renato Polselli dans la bouche. Somme toute, on n'est pas loin d'une expérience du genre "The Reincarnation of Isabel", sauf que Polselli était plus génial, dans sa folie, que Siciliano. A voir quand même, par curiosité, et à écouter également, car la partition de Stevio Cipriani est quant à elle parfaitement maîtrisée. Et, Dieu que Pilar Velazquez est belle !

 

Note : 5/10

Flint

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