Sex Jack
Titre original: Seizoku
Genre: Erotique , Drame , Pinku eiga
Année: 1970
Pays d'origine: Japon
Réalisateur: Koji Wakamatsu
Casting:
Michio Akiyama, Mizako Kaga, Tamaki Katori, Kazuo 'Gaira' Komizu, Mochu Sasahara, Moppu Sudo, Ryosuke Uryu, Etsuko Wakayama, Mitsu Yamakawa...
 

Recherché par la police, un groupe d'étudiants révolutionnaires se cache chez Suzuki, un jeune homme étrange dont il émane un doux parfum de manipulation derrière une parfaite candeur. Reclus dans une vulgaire chambre étudiante, la promiscuité rendra propice les querelles ainsi que l'exercice de la "solidarité rose".

 

"J'étais moi-même militant [...] Ces films étaient avant tout motivés par notre opposition en 1970 à la reconstruction de la convention ANPO, le traité de sécurité qui maintenait pour dix ans encore les bases américaines au Japon. Je n'avais pas le sentiment de ridiculiser les groupuscules. Je les observais. Aujourd'hui, cette gauche n'existe plus. Si je devais faire un film politique, il serait différent. Je travaille en fonction de ce que j'observe."
"Sex Jack" s'articule autour de deux segments politiques forts : tous deux résident en une succession de photos de presse témoignant des divers moyens dont disposent les groupuscules révolutionnaires pour se faire entendre. L'introduction met en scène une jeunesse qui manifeste : slogans en bouche et rage à la main, l'action sera brève face aux forces de l'ordre. Les quelques tracts laissés à l'abandon sur la chaussée parleront en l'honneur du pessimisme de Koji Wakamatsu : la manifestation est un acte inutile. Le second est plus marqué ; la foule cède sa place au martellement d'un piano aux accents popisants de la fin des sixties et à l'assassinat du premier ministre, la fin d'une époque s'amorce : le coup d'état est de mise, il n'y a de changement que par l'action. Wakamatsu ne donne pas de leçons mais étudie les moyens et, avant tout, dresse un constat : le monde en construction s'annonce pire que le précédent.

 

Dans "Sex Jack", les militants révolutionnaires se confrontent non pas au pouvoir mais à eux-mêmes ; ils ont peur. Encore une fois, Koji Wakamatsu présente une version désespérée de la révolution : ses films implosent au lieu d'exploser et les protagonistes n'ont d'autre issue que le suicide ; Wakamatsu les regarde s'autodétruire. Paradoxalement, "Sex Jack" est emprunt d'une poésie de l'amertume, d'un sens du cadre tout aussi malade que brillant (un cinémascope ayant subi une déformation anamorphique), à l'instar de son jeune et nouveau chef, Suzuki : au détour d'une longue scène où une jeune révolutionnaire se donne à toute la faction dont on suit le parcours, la caméra entame un plan séquence d'une effroyable beauté : en évolution perpétuelle, la mise en scène ne tolère pas la répétition et confère de flamboyantes perspectives au film. Le noir et blanc laisse apparaître de superbes contrastes desquels naissent sur les corps d'improbables paysages, au prix d'une goutte de sueur et de la contraction d'un muscle : au même titre que les autres tableaux décadents proposés dans "Les anges violés" ou encore "Va va vierge pour la deuxième fois", la couleur surgira telle une musique acide et envoûtante. Au cours de cette scène, donc, le jeune chef - romantique - rechigne à participer à la tournante, mais consent à rester. En l'observant, on pourrait tout simplement penser à Wakamatsu lui même : un esprit libre, une pensée affranchie de toute influence. Suzuki représente d'ailleurs le seul et unique élan révolutionnaire du film face à un personnage féminin qui, dans son rôle tout aussi ingrat qu'intriguant, correspond à la vision d'une révolution perdue d'avance.

 

Wakamatsu a sans doute dérouté et même déçu plus d'un des spectateurs (à noter : "J'ai deux grands publics : celui qui s'intéresse aux sujets et veut les comprendre (les étudiants), et le public des voyeurs cinématographiques") de pinku-eiga, mais c'est pourtant bien au travers d'une oeuvre telle que "Sex Jack" qu'il montre à nouveau la place de sa personnalité dans son art et la portée de son engagement politique, au lieu de s'en tenir au métrage gauchiste abrutissant. La testostérone s'écoule dans un redoutable vivier de plans, dans des actes sexuels curieux (la "solidarité rose"), bref, dans un style inimitable pour une fascination à toute épreuve. Au même titre que "Les anges violés", Wakamatsu capte "l'air du temps" en s'inspirant, cette fois-ci, du premier détournement d'avion japonais du 31 mars 1970, alors mené à bien par des membres de la Faction Armée Rouge. Une toile de fond inspirée d'un fait réel afin d'assurer une certaine universalité au film et constituer la véritable force cinématographique de ce réalisateur hors du commun. En un mot : "Personnellement, par le sujet de mes films, je veux critiquer le mal de la société actuelle, ce qui est rarement le cas de mes confrères japonais ou américains".

 

Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs lors du Festival de Cannes 1971, "Sex Jack" est une oeuvre à rebours, qui se bonifie avec le temps, doublée d'un pur et simple chef d'oeuvre cinématographique.

The Hard

 

A propos du film :

 

# "Sex Jack" et "Les Anges Violés" étaient présent au Premier (et dernier) Festival International du Film Pornographique/Érotique à Paris (1975) et représentaient le Japon.

 

En rapport avec le film :

 

# Le coffret Koji Wakamatsu vol.2 de l'éditeur Blaq Out

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