Bourreau de Londres, Le
Titre original: Der Henker von London
Genre: Krimi
Année: 1963
Pays d'origine: Allemagne (RFA)
Réalisateur: Edwin Zbonek
Casting:
Hansjörg Felmy, Maria Perschy, Dieter Borsche, Harry Riebauer, Wolfgang Preiss, Chris Howland, Rudolf Fernau...
Aka: The Mad Executioners
 

La nuit, dans une vaste crypte gothique d'un cimetière londonien, se tient un étrange procès. L'accusé, un escroc international et promoteur véreux responsable de la mort de dizaines de personnes est condamné à la peine capitale par un aréopage d'individus dissimulés sous des masques noirs de bourreaux médiévaux (quoique leurs tenues complètes fassent plus penser à des pénitents andalous en pleine semaine sainte). L'exécution de la sentence ne tarde pas, puisque le condamné est lié et bâillonné puis transporté en cercueil dans un corbillard hippomobile avant d'être pendu sous l'arche d'un pont sur la Tamise. Le lendemain, le légiste Philip Trooper (Harry Riebauer) et l'inspecteur chargé de l'enquête John Hillier (Hansjörg Felmy), ne peuvent que constater que celui que les journaux britanniques ont surnommé le "bourreau de Londres" vient de frapper pour la troisième fois. A son supérieur, l'inspecteur en chef Morel Smith (Wolfgang Preiss), très remonté devant son manque de résultats, Jean Hillier ne peut se prévaloir que de la découverte d'un seul indice : la corde ayant servi pour les trois meurtres est une authentique corde de bourreau qui a été volée au musée de la criminalité dans l'enceinte même de Scotland Yard...

 

 

Segment central (le 4ème sur 7 ou 8 en comptant le remake du 1er signé Franco) de la série des "Bryan-Edgar-Wallace", Le Bourreau de Londres est sans doute le meilleur des krimis produits par la CCC d'Artur Brauner. Ce qui n'en fait pas pour autant un chef-d'oeuvre, loin de là, et on peut très bien remplacer "meilleur" dans la phrase précédente par "moins mauvais", car aucune des productions "krimesque" de Brauner ne dépassa le statut d'ersatz des Edgar-Wallace-Filme de la Rialto (par contre l'inverse n'est pas toujours vrai et certains des Edgar-Wallace-Filme de la Rialto rivalisent en médiocrité avec les Krimi de la CCC). Osons une comparaison que comprendront la plupart des bisseux : en matière de thriller à l'allemande, la CCC fut à la Rialto ce que la Amicus était pour la Hammer en matière de film d'horreur britannique. Une raison objective à cela : des moyens inférieurs (pour les Krimis s'entend) et (conséquence ou non) des équipes techniques et artistiques constituées d'éléments moins talentueux ou moins motivés. En gros et pour caricaturer, quand à la Rialto on a Vohrer et Arent, à la CCC on a Gottlieb et Howland.

 

 

Mais revenons au présent film et reconnaissons-lui d'indéniables qualités contrebalançant de tout aussi indéniables défauts pour au final faire pencher l'aiguille du côté positif. D'ailleurs, on sent que Brauner a un peu plus cassé sa tirelire que d'habitude (pour un Bryan-Edgar-Wallace-Filme) en adoptant le format scope (pour s'aligner sur la concurrence) et en envoyant une équipe technique prendre quelques plans d'extérieurs à Londres (Tower Bridge et les quais de la Tamise), évidemment sans acteurs et là encore contraint et forcé, le changement de format ne permettant plus d'utiliser les précédents stock-shots londoniens. Dans les qualités, donc, le scénario de Robert Stemmle qui tient la route en ne cherchant pas trop à développer artificiellement le côté whodunnit et en utilisant en plus du très "wallacien" vengeur masqué, un émule de Jack l'Eventreur et du docteur Mengele dont les "aventures", a priori parallèles à celles du premier, sont en fait complètement intégrées à l'intrigue principale.
Le Bourreau de Londres est sans contestation possible ce que Stemmle a écrit de mieux en matière de Krimi, il s'agit d'ailleurs, contrairement à ce qui sera prétendu a posteriori, d'un scénario original et pas d'une adaptation de Wallace junior. Brauner tentera d'ailleurs avant la sortie en salles de faire passer Le Bourreau de Londres pour une authentique adaptation de Wallace senior, mais devant les menaces de poursuites en justice émanant de la Rialto, il préféra prudemment sortir le film sous le pavillon des Bryan-Edgar.

 

 

Si le scénario donc se démarque du tout venant krimesque, on ne peut pas en dire autant de la réalisation molle et impersonnelle d'Edwin Zbonek. Bien sûr on ne retrouve pas les énormes maladresses d'un Franz Joseph Gottlieb, ce qui ne veut pas dire que Zbonek est techniquement plus doué que son compatriote autrichien, mais uniquement plus prudent. D'ailleurs la carrière de Zbonek au cinéma sera beaucoup plus courte que celle de Gottileb. Zbonek était dans les années 50 le plus influent critique cinématographique et théâtral d'Autriche, au début de la décennie suivante il franchit le pas et devient metteur en scène de théâtre et réalisateur de cinéma. Au cinéma il se fait remarquer pour son premier film ("Et l'amour pend au gibet" / "Am Galgen hängt die Liebe") une adaptation d'une pièce radiophonique de Leopold Ahlsen transposant la légende de "Philémon et Baucis" dans les maquis grecs en 1944, avec une Marisa Mell débutante et brune. Ce qui lui vaut en 1963 un contrat avec la CCC pour un film de prestige ("Je le veux vivant" / "Mensch und Bestie") et deux petits budgets : le présent métrage et un second Bryan-Edgar-Walace-Film, "Das Ungeheuer von London-City" (1964). Son expérience à la CCC ayant été peu concluante, Zbonek retournera en Autriche où la suite de sa carrière se déroulera essentiellement au théâtre avec par contre un certain succès. Ironiquement, Zbonek est désormais surtout connu pour ses deux krimis qu'il n'a fait que pour des raisons contractuelles : "Je le veux vivant", mélodrame sur fond de camps de concentration, comme on oserait plus en faire aujourd'hui (quoique...), est tombé dans un oubli mérité selon ceux qui l'ont vu.

 

 

L'interprétation, bien qu'assez inégale, compense en partie la médiocrité de la réalisation. Particulièrement convaincant dans le rôle du héros enquêteur secret et ténébreux, Hansjörg Felmy entame avec ce film une série de trois participations aux Bryan-Edgar-Wallace-filme (faisant de lui le seul récurrent de la licence en tant que "lead casting") où il démontrera une grande palette de jeu. A ses côtés, Dieter Borsche et Harry Riebauer, qui partagent avec Felmy le "privilège" d'avoir été le premier rôle masculin d'un Bryan-Edgar-Wallace-film, assurent dans les emplois respectifs du fou criminel (pas de "spoiler" ici, Borsche interprète le décapiteur de jolies filles) et de l'ami et rival du héros. L'atout charme de ce métrage est incarné par une (très mignonne malgré un tarin fortement charpenté) Maria Perschy teinte ici en blonde platine. Hélas, le quota comique est lui représenté par l'affligeant Chris Howland. Dire que Howland était un acteur médiocre serait mentir, Howland n'était pas un acteur du tout mais plutôt une personnalité médiatique de l'époque, vaguement drôle. Mais ici, dans un rôle à la Edy Arent, qui plus est un rôle à transformation assez casse gueule même pour un comique expérimenté, Howland n'est jamais drôle, il est par contre constamment consternant.
Pour conclure, à la fois sur l'interprétation et cette modeste notule, on notera dans un rôle très secondaire (l'immense) Wolfgang Preiss qui, comme souvent à la CCC, était utilisé pour rehausser le prestige des castings, ce filou de Brauner allant même parfois jusqu'à le faire figurer aux génériques de films qu'il (Preiss) ne tourna pas.

 

 

Sigtuna

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