Femmes de Stepford, Les
Titre original: The Stepford Wives
Genre: Science fiction , Thriller , Anticipation
Année: 1974
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Bryan Forbes
Casting:
Katharine Ross, Paula Prentiss, Peter Masterson, Nanette Newman, Tina Louise, Carol Eve Rossen, William Prince, Carole Mallory, Toni Reid, Judith Baldwin...
 

Joanna Eberhart (Katharine Ross) est une photographe de mode ambitieuse qui se plaît dans la grande ville de Manhattan. Son rêve est de passer à la postérité. Son mari Walter (Peter Masterson) ne voit pas les choses de la même manière et la convainc d'aller vivre en banlieue calme, loin de toute cette agitation. Les voici qui emménagent avec leurs enfants, malgré les réticences de Joanna, dans la petite ville de Stepford située dans le Connecticut.

 

 

Très vite, néanmoins, la jeune femme se lie d'amitié avec Bobbie Markowe (Paula Prentiss) et Charmaine Wimperis (Tina Louise), avec lesquelles elle partage de nombreux points de vue sur le comportement des femmes au sein de la ville.
Il faut dire que son cher Walter, à peine arrivé, lui annonce, gêné, avoir dû rejoindre un mystérieux club réservé aux hommes de Stepford. Les réunions se tiennent dans un vieux manoir aux allures de forteresse bien gardée.
Et puis, il y a toutes ces femmes qui semblent être excessivement tombées dans la servitude domestique, portant des petites robes fleuries de bonnes ménagères, et dont les conversations se limitent aux choses les plus superficielles qui soient. Un coup on parle du meilleur produit d'entretien pour la maison, un coup de telle façon efficace de repasser. Bobbie pense qu'il doit y avoir une raison et que cela doit venir de l'eau de la ville, pas possible autrement. Toutes deux s'inquiétant de cet état de fait, elles commencent à mener l'enquête.
Mais voici que Bobbie est bientôt contaminée elle aussi et Joanna réalise petit à petit que toutes ses amies sont tout simplement remplacées par des robots domestiques !
La psychiatre qu'elle va voir lui conseille bien de quitter au plus vite la ville, oui mais voilà qu'on lui prend et cache ses propres enfants. Parviendra-t-elle à les récupérer, ou bien deviendra-t-elle elle aussi un robot ménager, une "desperate housewife" ?

 

 

Avant d'être un film, "Les femmes de Stepford" est d'abord un roman datant de 1972, de l'écrivain Ira Levin. Un écrivain assez porteur qui débuta sa carrière comme scénariste à la télévision, puis publia son premier roman, "A Kiss before Dying", en 1953, abordant ensuite tous les genres littéraires, passant du roman à énigmes au thriller ou à la comédie pour le théâtre. Le cinéma s'intéresse à lui rapidement puisque ""A Kiss before Dying" est porté à l'écran dès 1956 par Gerd Oswald. Mais l'adaptation qui le rendra célèbre sera celle de "Rosemary's Baby" portée à l'écran par Roman Polanski. Ensuite ce sera au tour des "Femmes de Stepford" d'être adapté, puis de l'inégal mais souvent fascinant "Ces garçons qui venaient du Brésil" par Franklin J. Schaffner. Si "Rosemary's Baby" remporte haut les suffrages au niveau de la reconnaissance, c'est le thème de "The Stepford Wives" qui semble avoir inspiré nombre de réalisateurs, puisqu'on aura droit à "The Revenge of the Stepford Wives", un téléfilm datant de 1980 dans lequel les femmes de Stepford ne sont pas des automates mais ont subi un lavage de cerveau. Suivront "The Stepford Children", dans lequel les enfants et les hommes de la ville sont remplacés par des robots puis, "The Stepford Husbands" (1996), encore un téléfilm, où ce sont les hommes qui sont transformés en maris parfaits", on aura tout vu ! En fait, pas vraiment, puisque Frank Oz en fera un remake sinon une nouvelle adaptation pour le cinéma en 2004 avec Nicole Kidman.
Alors pourquoi s'attarder aussi longuement sur l'auteur de la nouvelle dont est issu le film, me direz-vous ? Et bien parce que l'histoire, parfaitement scénarisée par William Goldman ("Les hommes du président", "Marathon Man") est le principal atout de ce film plaisant mais qui souffre de quelques longueurs, sinon d'un rythme un poil trop lent.

 

 

Tourné en pleine émancipation féminine, le film a suscité en son temps quelques réactions étonnantes. Alors que l'on hésite soi-même, histoire de se montrer chichiteux, entre qualifier le film de féministe ou d'anti-machiste, certains ont cru y déceler à l'époque une charge contre les mouvements féministes. Peut-être cela vient-il du fait que le roman ait été écrit par un homme et que le film fut lui aussi tourné par un homme. Toujours est-il que l'homme n'y est justement pas montré sous sa meilleure facette, mais plutôt la pire. Ils souffrent finalement, à l'instar de Walter, d'un complexe envers leurs épouses, parfois plus ambitieuses, intelligentes et entreprenantes qu'eux ; et c'est pour cette raison qu'ils comptent les domestiquer, les asservir, se rassurant dans un même temps qu'elles n'attireront plus la convoitise d'autrui et leur jalousie avec.
Ça semble un peu archétypal dit comme ça, sauf qu'au-delà d'une condition féminine malmenée par un fantasme se voulant masculin (le propos porterait fortement à débat, sorti du contexte de l'époque), c'est aussi (et surtout) le culte des apparences que le film fustige. C'est du reste cela qui le rend à ce jour encore moderne. Finalement, la série "Desperate Housewives", qui fait le succès que l'on sait, n'a rien inventé. On y retrouve la même façon de vouloir montrer sa façade la plus lisse, d'arborer des tenues parfaites, de parler avec la même vulgaire courtoisie qu'une publicité alors que derrière ne se cache finalement qu'un simulacre de vie sociale.
Si le fait de se montrer servile face à de veules époux appartient à des préoccupations un peu plus dépassées, pour le reste, finalement, rien n'a changé dans les banlieues de la middle class américaine.
"Les femmes de Stepford" ont été étonnamment proposées à Bryan Forbes. Un second choix en fait, puisque le tournage du film fut repris à zéro après que la première actrice pressentie fut renvoyée par Edgar J. Scherick (producteur du film et accessoirement de toutes les déclinaisons de Stepford citées plus haut) et que le scénariste William Goldman se soit fâché avec à peu près tout le monde. Du coup, on confia à un réalisateur britannique un sujet profondément ancré dans la culture américaine. Si le pari était audacieux, le résultat est en tout cas intéressant. Ce n'est certainement pas un hasard si l'on retrouve ici une ambiance un peu similaire à "La seconde mort d'Harold Pelham" ou de "The Naked Face" (tous deux avec Roger Moore), puisque Forbes fut scénariste du premier et réalisateur du second. On retrouve ces mêmes êtres se retrouvant dans un environnement qu'ils ne reconnaissent plus, plongeant dans un même temps dans la paranoïa alors qu'il y a une raison rationnelle ou scientifique tapie derrière.
Un Forbes dont l'ironie est de faire jouer ici sa propre femme, Nanette Newman. L'homme étant un tantinet possessif, (veule penseront certains, au regard des personnages masculins du film), il décida de changer le look playmate de nos ménagères en de gentilles robes fleuries, un choix très controversé à l'époque tant et si bien qu'on imputa l'échec du film a ce changement. C'est pourtant aussi ces accoutrements qui donnent aux "Femmes de Stepford" son côté hors du temps contribuant, lui, à bien faire passer le temps. Il remania également la fin, plus noire et radicale du scénario de William Goldman, malgré la colère du bonhomme. Difficile de savoir si c'est à tort ou à raison puisque nous ne verrons jamais la version imaginée par le scénariste.

 

 

Alors, bien sûr, "The Stepford Wives" n'atteint pas l'intensité du chef-d'oeuvre de Polanski ; ceci dit, il parvient à distiller une ambiance inquiétante reposant sur une montée progressive de la tension. Cela ne manque toutefois pas d'humour et on se surprend à plusieurs reprises à sourire devant certaines réparties de nos robots ménagères.
Le choix des acteurs est lui aussi pertinent entre un mari lâche et manquant de personnalité (Peter Masterson) et l'instigateur de tout ce cirque, campé avec une belle froideur et un beau naturel par Patrick O'Neal. Mais ce sont les actrices qui sont ici à la noce. Paula Prentiss ("A cause d'un assassinat") livre une composition délicieuse dans une espèce de double rôle, puisqu'elle se retrouvera tour à tour aux côtés de Joanna avant de se voir elle aussi transformée en ustensile au service de la gente masculine. Quant à Katharine Ross ("Psychose phase 3"), elle parvient à insuffler à son personnage énormément de sensibilité si ce n'est de tempérament, livrant un portrait paraissant juste d'une femme intelligente, créative et aspirant à davantage de liberté, se faisant le révélateur d'une évolution en marche de la condition de la femme.
Pour toutes ces raisons, malgré quelques lenteurs (le film pourrait durer 1/4h d'heure de moins) et une mise en scène sans génie particulier, "Les femmes de Stepford" demeure une oeuvre intelligente, maîtrisée, qu'il convient de découvrir ou de redécouvrir.

 

Mallox

 

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