Blackaria
Genre: Erotique , Giallo , Gore
Année: 2009
Pays d'origine: France
Réalisateur: Christophe Robin et François Gaillard
Casting:
Clara Vallet, Anna Naigeon, Aurélie Godefroy, Frédéric Sassine, Michel Coste, Julie Baron...
 

Angela est une ravissante jeune femme qui vit seule dans un appartement. Une nuit, elle est perturbée par le bruit que fait l'une de ses voisines de palier. Elle décide d'aller voir ce qui se passe, et se retrouve nez-à-nez avec la voisine en question, qui lui a ouvert la porte à moitié nue. Celle-ci, Anna Maria, au délicieux accent roumain, tente de l'attirer au coeur de cette agitation. Angela se retrouve ainsi en plein milieu d'une partouze. A la fois fascinée et effrayée, elle s'enfuit, sans toutefois dissimuler son trouble à sa voisine. Cet événement va complètement perturber Angela, aussi bien dans la réalité que dans son subconscient. Elle en fait part à son ami psychiatre, qui est secrètement amoureux d'elle.
Peu de temps après, obnubilée par les rêves saphiques accaparant son sommeil, Angela se rend à nouveau chez la mystérieuse et envoutante roumaine. Mais cette dernière a été sauvagement assassinée. Dans sa panique, la jeune femme renverse une boule de cristal qui se brise en plusieurs morceaux. Blessée à la suite de cette maladresse, Angela se rend compte qu'en regardant à travers un fragment du cristal, elle peut voir une réalité déformée. Ou plus exactement, elle a la possibilité de voir dans un avenir proche.
Elle ramasse alors les éclats de verre, et se rend le lendemain chez un opticien afin de se faire fabriquer une paire de lunettes avec les fragments. Avec l'aide de cet artefact, peut-être pourra-t-elle ainsi échapper à l'étrange femme vêtue de rouge emportée dans une spirale meurtrière, et dont la folie n'a d'égale que la cruauté de ses meurtres.

 

 

Le cinéma de genre francophone connaît ces derniers temps un regain d'intérêt pour le giallo. Un fait plutôt inattendu quand on sait que le thriller transalpin, après un âge d'or situé entre le milieu des années 1960 et le milieu des années 1970, commença doucement mais sûrement à décliner, malgré quelques bonnes oeuvres tardives.
Mais à la fin des années 2000, on n'aurait pas forcément misé sur un retour du giallo, encore moins par l'entremise de jeunes cinéastes belges ou français. C'est pourtant bien ce qui s'est passé, et avec des styles totalement différents, le tandem Hélène Cattet/Bruno Forzani a accouché d'un "Amer" pour le moins atypique, pendant que Marc Dray concoctait, avec "Il gatto dal viso d'uomo", un giallo non moins étrange. Et 2009 aura aussi été l'année de "Blackaria", un thriller horrifique qui se démarque lui aussi des deux films précédemment cités.
François Gaillard adore le cinéma bis, et il ne s'en cache pas. C'est un passionné, et ses influences sont nombreuses. A l'origine un court-métrage de 26 minutes, "Blackaria" ne découle pourtant pas d'un ou plusieurs films proprement dits, mais plutôt de la lecture d'une bande-dessinée qui connut pas mal de succès dans les années 70/80 : "Il est minuit l'heure des sorcières". C'était l'époque de ces BD au format poche éditées par Aredit/Artima, aux noms évocateurs comme "Le manoir des fantômes", "Eclipso", "Spectral" ou "Le fils de Satan". C'est donc de là que provient cette histoire de lunettes fabriquées à partir d'une boule de cristal. Autour de ce pitch un peu maigre, il faut bien l'avouer, François Gaillard va étoffer son histoire en piochant allègrement parmi ses réalisateurs attitrés, qui vont des grands maîtres Mario Bava, Dario Argento et Lucio Fulci (ce dernier étant LA référence de Gaillard), en passant par d'autres cinéastes majeurs tels Brian De Palma et Roman Polanski (l'ouverture sur l'oeil de l'héroïne, puis les bras surgissant du mur étant un hommage à "Répulsion"). Enfin, le look de la tueuse est repris à celui de Marina Malfatti dans "La dame rouge tue sept fois", d'Emilio Miraglia.

 

 

Afin de passer d'un court à un long métrage, "Blackaria" a forcément connu quelques bouleversements dans le scénario, l'un des principaux étant le rajout du personnage d'Angela, alors que dans la première version du film, l'héroïne était la tueuse. Cela étant, à la vision de cette version définitive de "Blackaria", il apparaît que les trois principaux personnages féminins ont un temps de présence presque égal, l'utilisation importante de flashbacks permettant de compenser l'apparition tardive de la tueuse ainsi que la mort prématurée d'Anna Maria.
A propos de cette dernière, on peut adresser un coup de chapeau à Anna Naigeon, qui est à la base directrice de la photo, et qui s'est vue un peu par hasard se dédoubler en actrice pour les besoins du film. Et elle s'en tire fort bien, au même titre que ses deux partenaires, Clara Vallet et Aurélie Godefroy, celle-ci faisant preuve d'un jeu expressionniste admirable d'autant plus qu'elle n'a pas une ligne de texte. Tout passe donc par le regard, la gestuelle, secondée par des maquillages efficaces et des jeux de lumière maîtrisés. Aurélie Godefroy, dans "Blackaria", c'est un croisement improbable entre Marilyn Manson et le Petit Chaperon rouge.

 

 

On n'en dira pas autant du casting masculin, réduit essentiellement au psychiatre amoureux un peu benêt, et le flic à la sucette qui nous la refait Kojak.
C'est l'un des points faibles du film, ajouté à un montage un peu déroutant mais auquel on finit par s'habituer. Présenté comme une oeuvre sulfureuse érotique et gore, "Blackaria" verse finalement plus dans l'horreur, grâce au travail de David Scherer, que dans l'érotisme qui demeure assez soft. Pas de nudité intégrale, mais quelques très jolies poitrines exposées, et surtout une excellente scène onirique et saphique dans un ascenseur, certainement l'un des moments forts du film. François Gaillard prouve aussi, par l'entremise d'une scène en split-screen, qu'il a bien retenu les leçons de Brian De Palma. Ne négligeons pas pour autant l'importance de Christophe Robin, chargé de la direction d'acteurs, et qui a su mettre au diapason son trio d'actrices.
"Blackaria", malgré ses défauts, laisse entrevoir de réelles possibilités chez les deux réalisateurs, et l'on attend avec impatience leur prochain opus, "Last Caress", dans lequel on retrouvera les trois mêmes actrices principales. En espérant qu'avec le temps, François Gaillard parviendra à se défaire progressivement de ses différentes sources d'inspiration, parfois trop évidentes et marquées dans "Blackaria", afin de personnaliser son style.

 

 

Flint


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