Dr. Jekyll et Sister Hyde
Titre original: Dr. Jekyll and Sister Hyde
Genre: Horreur
Année: 1971
Pays d'origine: Royaume-Uni
Réalisateur: Roy Ward Baker
Casting:
Ralph Bates, Martine Beswick, Gerald Sim, Susan Broderick...
 

Pour parvenir à trouver la recette de l'immortalité, le Dr. Jekyll s'adonne à des expériences sur les hormones qui vont l'amener à se transformer occasionnellement en une femme meurtrière. Une lutte de personnalités commencera alors entre ces deux émanations d'un seul et même être humain.

 

 

Si l'inspiration principale de cette production Hammer de 1971 est bien le "Dr. Jekyll and Mister Hyde" de Robert Louis Stevenson, elle n'est pas la seule référence traditionnelle de l'horreur à être évoquée dans le film, puisque les meurtres de Jack l'Eventreur sont également représentés, de même que la réelle histoire de Burke et Hare, deux assassins à la solde de médecins en quête de corps frais pour leurs expériences, et dont l'histoire connut d'ailleurs une transposition en littérature sous la plume, encore, de Robert Robert Louis Stevenson et au cinéma dans des oeuvres telles que "Le Récupérateur de cadavres" (Robert Wise, 1945) et "L'Impasse aux violences" (John Gilling, 1959), toutes deux excellentes.
La Hammer marche donc ici en terrain connu, celui de l'époque victorienne, avec sa brume, ses gentlemen et ses quartiers sordides où vivent des prostituées condamnées à être assassinées au sortir d'un pub. Mais ce cadre n'est pas là l'intérêt majeur du film, et la photographie, si elle reste soignée, n'est pas assujettie à une volonté de décrire ce monde poisseux comme ce fut le cas par exemple dans "L'Impasse aux violences" (qui, si il n'est pas un film Hammer emploie tout de même le réalisateur John Gilling et l'acteur Peter Cushing, deux pontes de la célèbre firme). Le principal intérêt du scénariste Brian Clemens (scénariste quasi attitré de la série "Chapeau melon et bottes de cuir") est bien de se pencher, tout comme dans le "Dr. Jekyll et Sisiter Hyde" de Stevenson, sur son personnage principal, qui dualité aidant devient très vite des personnages principaux. Si dans le fond les intentions restent les mêmes, à savoir décrire la facette cachée qui sommeille en tout être humain, en revanche la forme diffère grandement, puisque ce n'est pas tant la violence qui caractérise ici Sister Hyde que son penchant sexuel.

 

 

Celui-ci découle en effet d'une homosexualité refoulée par le Dr. Jekyll, qui repousse l'attention que lui porte sa charmante voisine du dessus jusqu'à ce que Sister Hyde soit apparue, et avec elle les libres penchants homosexuels éprouvée par le bon docteur, qui désormais, muni du physique qui est celui de Hyde et qui prend les formes de la superbe Martine Beswick, pourra faire parler son penchant pour les hommes, et notamment pour le frère de la voisine du dessus. C'est cette lutte entre un Jekyll cherchant à refréner ses penchants en tentant de nouer une relation avec sa voisine et une Hyde véritable femme fatale (l'érotisme du personnage, si il fut amené certainement pour attirer du public, est en tout cas habilement utilisé par Roy Ward Baker) qui va être au cœur du film, à égalité avec la violence. Celle-ci est également un penchant de Jekyll exploité par Hyde. Exploité et non créé, puisque Jekyll pratique lui aussi quelques meurtres en les justifiant par leur nécessité scientifique et par le soutien indirect de sa voisine, ou encore en les confiant implicitement à Burke et à Hare, chargés de lui procurer des corps et de ne pas lui révéler leurs origine. Mais personne n'est dupe, et la méthode d'action des deux employés ne sera qu'un secret de polichinelle. C'est donc dans le prolongement des instincts de Jekyll que Sister Hyde se livrera à ces meurtres, qui eux, dans leur mise en scène, font songer à ceux de Jack l'Eventreur. Dépourvus de toute inhibition, de toute retenue, ils sont le pendant logique aux instincts sexuels trop longtemps contenus, et au-delà de leur nécessité scientifique pour les expériences sur la vie éternelle, les assassinats de prostituées pourront apparaître comme la vengeance rêvée d'un Jekyll jaloux des relations sexuelles qu'entretiennent les prostituées avec les hommes.

 

 

Jekyll et Hyde ne sont pas antagonistes, malgré que ce Jekyll souhaite se faire croire à lui-même, et seule les contraintes morales les séparent. Tout le reste les rapproche, y compris leur physique, puisqu'outre la présence d'un grain de beauté au même endroit sur leur deux visages, la ressemblance entre Ralph Bates et Martine Beswick est bel et bien réelle, avec principalement la même forme de visage. Pour l'anecdote, Martine Beswick ne fut pas le premier choix pour le rôle de Sister Hyde, confié en premier choix à Caroline Munro, qui le refusa en raison des scènes de nu demandées. Bien que Caroline Munro soit très belle, plus encore que Beswick, on ne peut pas regretter son refus, tant le casting est parfait tel qu'il est.
"Dr. Jekyll and Sister Hyde" est donc une variation très pertinente de l'œuvre de Stevenson qui, quoique située dans un cadre victorien, traite également d'un thème plus moderne, à savoir la libération sexuelle (n'oublions pas que nous sommes en 1971, peu après les manifestations libertaires de la fin des années 60). Comme quoi, même en ces années 70 qui lui furent fatales, la Hammer pouvait toujours rendre son gothique créatif. Alliée à la parfaite maîtrise du sujet de base et à une mise en scène classieuse, cette variation constitue tout simplement un des meilleurs films basés sur les oeuvres de Robert Louis Stevenson.

 

 

Walter Paisley

 

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