Gli imbroglioni
Genre: Comédie , Sketchs
Année: 1963
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Lucio Fulci
Casting:
Franco Franchi, Ciccio Ingrassia, Raimando Vianello, Aroldo Tieri, Dominique Boschero, Alberto Bonucci, Jose-Luis Lopez-Vvasquez, Pietro De Vico, Umberto D'Orsi, Antonella Luadi, Jose Calvo, Rosa Palomar, Walter Chiari, Luciana Gilli, Margaret Lee, Mario Scaccia, Claudio Gora...
 

Gli imbroglioni nous narre, à coups de flashbacks, la journée bien remplie d'un juge de cour d'assises. Une journée qui commence du reste plutôt mal, puisqu'à peine arrivé au tribunal, celui-ci cherche à se garer, mais un homme lui dispute la place pour enfin la lui prendre. Un homme qui l'aura mis d'une telle mauvaise humeur qu'il est difficile de ne pas penser que cette humeur n'influera pas sur les verdicts rendus. Un homme qu'il retrouvera aussi un peu plus tard au prétoire en tant... qu'avocat de la défense !
Un avocat que l'on retrouvera donc ensuite dans un film qui sera dès lors découpé en six audiences, qui serviront de sketchs, lesquels seront régulièrement temporisés par un duo bien connu et qui servira tout du long de running gag : les irrésistibles Franco et Ciccio !
A moins qu'on ne les aime pas. Ou que l'on aime bien Franco mais pas Ciccio ou encore l'inverse. Un Franco Franchi que Fulci n'eut certes aucun intérêt à le faire se croiser avec Adriano Celentano dans un même film sous peine de nous pondre un concours du plus gros égo d'imitateur de Jerry Lewis, les deux ne faisant pas dans la sobriété. Un Ciccio Ingrassia qui lui, en revanche, contraste parfaitement avec un certain détachement et une sorte de sobriété qui fournit l'équilibre. Sans compter que la palette de Ciccio semble moins limitée que celle de Franco. Enfin bref, toujours est-il qu'on les retrouve ici de manière épisodique, quatre fois, ce, sous des noms différents (leur grand-père était un polygame invétéré, ceci explique cela), pour des larcins différents, mais dans le même prétoire et avec le même juge !

 

 

La première audience commencera d'ailleurs par nos deux lascars qui se présenteront sous les noms respectifs de Napoléon Palumbo (Ciccio) et de Salvatore Di Carmine (Franco), deux brocanteurs de pacotille, et surtout deux petits escrocs qui réussissent à arnaquer un antiquaire, lui volant tout ce qu'il possède de plus précieux, avant de se faire eux-mêmes avoir par un sourd et muet lui aussi de pacotille.
Vaut-il mieux être volé que voleur ? Toujours est-il que leur improbable histoire remettra notre juge mal luné sur la voie de la bonne humeur et de la clémence puisque c'est sur le fait qu'ils aient été victimes d'une véritable infamie que ceux-ci sortiront libres du tribunal. C'est grotesque, énorme, nos deux zigues en font des tonnes, Fulci, de son côté, donne le ton, nous sommes dans la farce et nous n'en sortirons plus !
Oui mais voilà... nous sommes également dans un film à sketchs et le genre s'associe le plus souvent de l'adjectif 'inégal', ce qui sera donc une fois de plus le cas.

 

 

Une seconde audience a alors lieu. Dans celle-ci, Tavanelli, le président du club de football de Bologne, est jugé pour abus de confiance et pour avoir fantasmé sur les charmes de la femme de Taverne, l'entraîneur de l'équipe de Rome. Le contrat qui devait avoir lieu concernait uniquement un joueur de l'équipe de Rome, lequel devait être transféré à Bologne contre une certaine somme d'argent. En aucun cas, la femme de l'entraîneur n'était prévue dans un contrat transformé, pour le coup, en forfait TTC. Seulement voilà, Tavanelli est presque victime de ses pulsions, l'objet du désir s'étant donc transformé en objet fantasmatique monnayable, faisant dans un même temps capoter la transaction pour la transformer en plainte.
Le segment est trop long et finit par tomber à plat. Autant le postulat est prometteur, autant la petite provocation libertine et pseudo misogyne proposée par le réalisateur et ses scénaristes finit par paraître un peu vaine. On en vient alors à se dire que plus les segments de Gli imbroglioni seront courts, plus ils seront efficaces, à savoir drôles.

 

 

Ce qui n'est pas tout à fait le cas avec la seconde incursion de Franco et Ciccio qui, niveau ressort comique, ne fonctionnera pas non plus, malgré le déploiement d'un arsenal gargantuesque de débilité assumée. Ceux-ci ont beau se moucher de concert dans des mouchoirs grands comme des serviettes de table, difficile de rire ; c'est même, il faut bien l'avouer, un peu triste.
Mais le film se reprend alors avec la troisième audience, qui est sans doute la meilleure histoire du lot.
On y retrouve la jeune et jolie Antonella Lualdi dans le rôle d'une bonne sœur dont le passe-temps préféré est de faire de la broderie pour un magasin de lingerie féminine. Seulement voilà, outre une vocation quelque peu malmenée aux yeux de la sainte morale, ne voici pas que la qualité de la broderie est elle aussi remise en cause ! Notre sœur ne s'en laissera pas compter pour autant et agressera en plein prétoire un inspecteur du fisc remettant en cause la qualité de son saint travail.
C'est ici que l'on retrouve le mieux notre Lucio Fulci venu une fois de plus, après Urlatori alla sbarra ou Le massaggiatrici, régler ses comptes avec des institutions religieuses qu'il juge trop conservatrices. C'est absurde, le monde est ainsi fait que, finalement, tout peut se prendre et être jugé à l'envers, un peu comme nos antihéros et cambrioleurs de Colpo gobbo all'italiana venus faire un casse pour remettre de l'argent volé au préalable.
La morale est décidément quelque chose de très relatif !

 

 

On retrouve encore Franco et Ciccio dans la quatrième audience, cette fois-ci accusés d'avoir semé le trouble durant le discours d'un député lors d'une commission parlementaire.
C'est peut-être leur plus longue intervention des trois, mais elle tombe à plat elle aussi. Malgré l'ironie sous-jacente de Fulci fustigeant un petit monde politique dont le confort ne doit pas se voir déranger et qui s'arroge le droit, de par son pouvoir et celui de l'argent, d'attaquer en justice les plus démunis. L'humour ne passe pas, et autant dire que leur stand-up n'est pas des plus aériens. Passons...

 

 

Le cinquième sketch est, quant à lui, plus en demi-teinte. Mettant en scène un couple en train de divorcer, et vu en flash-back à travers les discours respectifs de l'avocat de chacun d'eux, il se regarde sans déplaisir mais sans passion non plus. L'histoire de ce docteur qui s'avère être un Dom Juan chronique, qui rencontre sa femme dans l'exercice des ses fonctions et qui ne sait pas ne pas succomber au charmes de ses patientes, laisse une impression mitigée. Finalement, si le couple se défait, ce n'est pas tant par les faits eux-mêmes que par l'effet collatéral du qu'en-dira-t-on. De fait, si le segment paraît un peu longuet et peine à proprement dit à arracher le rire, il parvient néanmoins à se montrer perspicace et à faire sourire. Les récits des avocats rejoignent même le cancan grossi à la loupe, chacun s'échinant à démontrer l'attitude grotesque grandissante tour à tour de la femme puis de l'homme. L'institution du mariage est quant à elle légèrement égratignée au passage, sans toutefois que la charge se montre assez corrosive et laisse les stigmates qui vont de pair. A trop platonique qui mal étreint.

 

 

Finissons donc par la sixième audience, avec nos deux Franco et Ciccio qui s'en reviennent une dernière fois, cette fois-ci pour le meilleur et dans ce que le film recèle de plus drôle (et disons le aussi, de plus con).
Ceux-ci (Roccanera et Sposito) sont alors jugés pour escroquerie à l'encontre d'un touriste allemand et de sa femme auxquels ils ont tenté de faire croire à l'existence d'une momie dans un cimetière étrusque !
A cours d'imagination et surtout dotés d'une intelligence assez faible, l'idée fut de se faire payer par ses mêmes touristes en maquillant, avec tous les ustensiles nécessaires, Sposito (Franco) en momie et de le faire déambuler en plein cimetière. Sauf que nos deux zéros paieront un mauvais timing : Sposito, tout enrubanné de banderoles, sortira en plein enterrement, créant la frayeur au sein du cortège !
Marrant, énorme et aussi absurde et jusqu'au-boutiste dans le délire, nous ne sommes pas loin, là, des meilleures parodies des films de genre à venir ; on pense en premier lieu à Mel Brooks et son "Frankenstein Junior", ainsi – pourquoi pas - qu'à la momie de "Diary of the Dead", même si le rapprochement ne semble pas évident de prime abord.

 

 

Bref, vous l'aurez compris à la lecture de ce texte, Gli imbroglioni est, à l'instar de la plupart des films à sketchs, inégal et pas toujours bien équilibré au niveau de la structure narrative. Si les audiences s'enchaînent à un rythme convenable, Fulci est ici trop dépendant de la qualité des scripts qu'il doit mettre en images, tout autant que de la qualité des prestations de ses acteurs, Franco et Ciccio en premier lieu, qui peuvent se révéler parfois très marrants comme, d'autres fois, tristes à mourir. Ce qui nous donne un résultat très contrasté et globalement moyen. En tout cas moins bon que Uno strano tipo , tourné la même année, et qui semblait sous bien des aspects moins en roue libre et, pour tout dire, plus abouti, voire même globalement bien plus personnel.


Mallox

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