Diablesses, Les
Titre original: La morte negli occhi del gatto
Genre: Giallo , Gothique
Année: 1973
Pays d'origine: Italie / France / Allemagne
Réalisateur: Antonio Margheriti
Casting:
Jane Birkin, Hiram Keller, Françoise Christophe, Venantino Venantini, Anton Diffring, Doris Kunstmann, Serge Gainsbourg...
Aka: Seven Deaths in the Cat's Eyes
 

Corringa (Jane Birkin) vient rendre visite à sa famille écossaise (les MacGrieff), dans un somptueux château. Un château que l'on dit frappé par une terrible malédiction. Bientôt, plusieurs personnes sont assassinées, et le seul témoin des meurtres est un chat. Les légendes vont bon train sur les MacGrieff et leur appartenance autrefois à une caste vampirique. Quant à Corringa, elle se met chaque nuit à avoir d'étranges cauchemars (vu les circonstances et vu le nid de vipères dans lequel elle semble être tombée, on la comprend !). Mais ce n'est pas tout : non seulement les invités se font tuer les uns après les autres, mais en plus un orang-outan se promène dans le manoir, tandis que des rats rognent un cadavre en décomposition dans la cave... Mais qu'est-ce que c'est que ce bordel ?!

 

 

La morte negli occhi del gatto... où comment une panne d'inspiration d'un cinéaste donne, tout compte fait, un film anachronique, absurde mais pourtant pas complètement déplaisant...
Le mélange de gothique et de giallo a autant accouché de bons films que de mauvais. Blancheville Monster d'Alberto de Martino était une vraie réussite réussissant à marier les deux. Idem pour Les nuits de l'épouvante (La lama nel corpo), d'Elio Scardamaglia. Le spectre du professeur Hichcock de Freda était quant à lui en demi-teinte avec une dernière partie plus décevante. Oui mais voilà, ces oeuvres là datent du début des années 60, une époque où autant la Hammer que les cinéastes italiens (ayant puisé chez elle), se livrent à une flopée de figures de style gothique en pagaille. Margheriti n'est d'ailleurs pas le dernier de la classe en son genre, puisqu'il signe alors trois bonnes réussites avec "La vierge de Nuremberg", Danse Macabre et "La sorcière sanglante". Ce qui étonne, c'est que les années passant, même les initiateurs du genre se sont tournés vers d'autres cieux et d'autres styles alors que, régulièrement, Margheriti est revenu à ses premières amours. Bava l'initiateur, avec notamment "Le masque du démon", remettra lui aussi les pieds dans le genre gothique juste avant ce film-ci avec "Baron Vampire" et "Lisa et le Diable" (alias "La maison de l'exorcisme", pour une version sans queue ni tête).

 

 

Drôle de retour pour des cinéastes alors en panne d'inspiration, lesquels semblent a priori tentés de renouer avec quelques recettes esthétiques et d'ambiance qui ont contribué à faire leur succès. On n'oubliera pas de mentionner également la grosse touche de gothisme déjà présente en 1970 lorsque Margheriti tourne Et le vent apporta la violence, avec un Kinski un peu pâlot, et dans lequel la figure de style ne se fondait pas très bien avec le genre emprunté, accouchant au final d'une sorte de "deux en un" comme c'est à nouveau le cas ici... Rien ne manque à l'appel dans cette énième réunion de famille au sein d'un somptueux manoir à faire pâlir les Baskerville !


Une malédiction ancestrale, un cadavre décomposé se reposant tranquillement dans une cave, des invités plus louches les uns que les autres, des regards qui trahissent des doubles jeux quand ils ne sont pas triples, des tentatives de manipulation, des intérêts personnels qui expliqueront au final ceci et cela, et puis aussi un orang-outan tout droit sorti de la rue morgue et dont, il faut bien le dire, on se demande bien ce qu'il fiche là (je veux dire autant dans l'histoire que dans le film lui-même). A ce titre, on pourra également prendre le risque de supposer, qu'en plus de la nouvelle d'Edgar Allan Poe, le réalisateur puise aussi à la source giallesque, à savoir le krimi et son initiateur Edgar Wallace, et qu'il vient prendre tout autant chez Poe que chez Edgar Wallace et son roman Der Gorilla von Soho, adapté lui-même à l'écran en 1968 par Alfred Vohrer.
Pour compléter le tableau gothique et animalier, mentionnons la présence de chauve-souris, peut-être présentes ici pour souligner le pendant vampirique des MacGrieff, mais sans doute surtout pour donner au film, avant tout, un aspect plus gothique que gothique. A défaut d'idées, autant forcer le trait...

 

 

Quoi qu'il en soit, le résultat à l'écran de la créature tient davantage du décalage grotesque involontaire, et ne joue pas en faveur d'un quelconque frisson propre au thriller.
Margheriti multiplie, là-dessus, les fausses pistes plus grossières les unes que les autres, les gros plans sur une Jane Birkin pour le moins tourmentée en plus de se lamenter sans discontinuer, nous balourde une galerie de bons acteurs réduits à camper des personnages absolument absurdes, dans une histoire que l'on a déjà vue des dizaines et des dizaines de fois. C'est simple, il n'y aura qu'à prendre le personnage le moins soupçonnable a priori pour découvrir, à la demi-heure de film, l'horrible coupable mû par l'appât du gain et de l'héritage, quelle originalité !
Quant à l'addition Jane + gorille, elle ne fera pas venir Tarzan afin de sauver le film de la catastrophe (paradoxalement délicieuse par son obstination et ses outrances pour parvenir à ses fins), mais plutôt notre Serge Gainsbourg national qui apparaîtra le temps de quatre scènes, chacune calquée sur la précédente, à savoir un commissaire nonchalant qui se pointe après chaque crime, balançant quasiment la même réplique, constatant une nouvelle mort horrible et la façon dont elle a été donnée.

 

 

Rayon acteurs, on les sait talentueux et ils ne sont pas ici à blâmer : Venantino Venantini a joué dans de bons films ("Les tontons fligueurs"...) comme dans les pires navets ("Le Führer en folie"), sa décontraction ne passe ici pas trop mal encore qu'elle converge parfois elle aussi vers la paresse scénaristique du film ; c'est encore Doris Kunstmann et Françoise Christophe ( Fantômas contre Scotland Yard...) qui s'en sortent le mieux, celles-ci donnant un peu de crédibilité ainsi qu'un poil d'épaisseur à leur personnage. Ailleurs, c'est la Bérézina avec un Hiram Keller ("Satyricon", L'iguane à la langue de feu), campant un personnage grotesque à l'instar d'Anton Diffring, une fois de plus affublé (entre moult autres rôles à camper le SS de service !) d'un rôle de docteur séducteur et énigmatique (Dr. Erik Leichner dans la série TV "The Edgar Wallace Mystery Theatre", Dr. Georges Bonner dans "L'homme qui faisait des miracles"...) C'est là tout le symptôme du manque de conviction de Margheriti, qui ne fait aucun effort de réflexion sur le support utilisé, autant qu'en dirigeant ses acteurs sans la moindre volonté créative, ou même encore de vouloir prendre à contre-pied son spectateur. De fait, ni leurs rôles, ni leur façon de jouer ne surprennent, ce qui dans un giallo, genre dans lequel nous sommes censés suivre des pistes et être pris à rebours, la fiche tout de même un peu mal. On ne sait finalement pas où le réalisateur veut en venir à force d'emprunter à droite à gauche sans ne jamais rien relier, sinon en insistant à outrance et en fanfare sur un pur travail de forme.
Pour finir à propos des interprètes, on peut même prendre le chat qui donne son titre original au film (mais d'où provient ce titre débile français ?) et dire que lui aussi, bien que témoin de chaque meurtre, reste totalement apathique et n'est finalement là que pour l'épate ainsi que de faire rentrer ces "diablesses" dans un genre dont elles n'ont que faire. Autant dire que c'est raté dans les grandes largeurs. Surtout que bien des éléments demeureront autant mystérieux, absurdes qu'inexpliqués (personne ne s'émeut plus que cela du cadavre en décomposition dans la cave, fichtre !)

 

 

Finalement, La morte negli occhi del gatto se regarde de deux manières possibles :
soit comme une grosse sucrerie dont le nappage serait la musique de Riz Ortolani qui ne cesse d'amplifier les effets sonores et visuels (eux aussi, autant omniprésents que galvaudés) et, à ce titre, seulement dans la mesure où l'on apprécie le style gothique, on se surprendra à déguster ces "diablesses" pour de bonnes et mauvaises raisons. On notera d'ailleurs qu'Ortolani ne fait ici que recycler sa partition de "La vierge de Nuremberg", c'est dire toutefois où se trouve toute l'ambition du projet.
Soit l'on n'est guère sensible au gothisme et là, il n'y aura vraiment pas grand-chose à quoi se raccrocher d'autant que même le thème du vampirisme, présent en arrière plan, ne semble là que pour combler un vide total d'inspiration.
Il est clair, en tout cas, que pour son second giallo après Nude... si muore en 1968, Margheriti ne signe pas une réussite ; il n'est pas loin, même, de nous balancer une livraison à la limite de l'arnaque. On se montrera plus ou moins rancunier envers le réalisateur et son film selon la catégorie de spectateur dans laquelle on se rangera.

 

Mallox

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