Mysterious Mr. Wong, The
Genre: Policier
Année: 1934
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: William Nigh
Casting:
Bela Lugosi, Wallace Ford, Arline Judge, E. Alyn Warren, Lotus Long...
 

Chinatown (de quelle ville ? on supposera Los Angeles) est secoué par une série de crimes sordides, les Asiatiques tombent comme à Gravelotte.

 

 

Règlement de comptes au sein des triades Tong ou Tang (ou Ting, allez savoir, avec ces gens là ma bonne dame) ? Mais ne serait-ce pas un motif plus mystérieux et terrible ? Car à chaque fois qu'un de ces forfaits est commis, une main criminelle s'empare, en dépouillant la victime, de ce qui ressemble fortement à un DVD ? Espionnage industriel concernant une technologie de pointe (puisque nous sommes en 1934, il est bon de le rappeler) ? Non, car en fait il s'agit des pièces en or de Confucius. Or, selon la prophétie (tirée du Bushido ou du Mahâbhârata, ou du Livre des Morts, enfin... un truc asiatique), celui qui arrivera à assembler les douze (il y en a douze comme les apôtres, décidément ces chinois sont juste bons à copier, jamais une idée originale) deviendrait maître du monde... enfin de Chine... enfin disons d'une province chinoise... Bah, en tout cas, il aura droit à une réduction substantielle dans tous les bordels de Shanghai, y compris sur la brouette javanaise, ce qui n'est pas négligeable.

 

 

Si vous trouvez le précédent paragraphe fort d'une "asiatophobie" débridé et d'un humour lamentable, alors évitez ce Mysterious Mr. Wong car vous allez souffrir en le voyant. Pourtant, ce racisme anti asiatique "bon enfant" et décomplexé, d'autant plus décomplexé qu'il n'avait même pas conscience de l'être, constitue, le décalage temporel aidant, l'un des rares intérêts du film ; à condition bien sûr de ne pas le prendre au premier degré (mais comment prendre ce moyen métrage au premier degré, même à l'époque). Les répliques agrémentées de "yellow monkeys" (prudemment traduit en "diables jaunes") volent bas, ce qui, en ces temps de politiquement correct, a un aspect rafraîchissant. Néanmoins, si vous vous rendez à une réception au consulat de Chine, ou si vous devez rencontrer pour la première fois les parents de votre petite amie asiatique, évitez d'amener ce film en cadeau.

La roche Tarpéienne est proche du Capitole, et trois ans seulement après le "Dracula" de Tod Browning qui fit de lui la première star du cinéma d'horreur (Lon Chaney n'ayant jamais atteint une telle notoriété), Bela Lugosi se retrouve à jouer les Chinois d'opérette (les caricatures de Chinois d'opérette) dans un hangar faisant office de studio. Plus que le rôle lui-même (car après tout, nombre de vedettes "de l'horreur" de l'époque et jusqu'aux années 60, depuis son rival Boris Karloff jusqu'à son plus célèbre épigone Christopher Lee, ont joué les orientaux de pacotille) c'est l'extrême pauvreté (et pas que financière) du film qui indique clairement que le statut de Lugosi a changé, et que désormais il sera toujours à la remorque de sa gloire passée.

 

 

Ironie du destin, William Nigh, un des réalisateurs attitrés de la Monogram , dirigera quelque temps après Boris Karloff dans la série des "Mr Wong". Une série qui n'a, outre son titre, d'autre rapport avec le présent film que son réalisateur, puisque ce Mr Wong là n'est pas un génie maléfique, mais un détective à la "Charlie Chan" et autre "Mr Moto".
William Nigh retrouvera huit ans plus tard Bela Lugosi dans le fameux, et fumeux, Black Dragons.


On notera dans le film la charmante Lotus Long comme étant quasiment la seule et authentique asiatique, dans un rôle conséquent (mais inutile), celui de la nièce de Lugosi/Wong, les autres étant relégués à la figuration. Ce mélange de vrais et faux orientaux participant à l'aspect factice de l'entreprise, jusqu'à lui donner un coté surréaliste (comme ces péplums où la frêle Yoko Tani incarne les princesses mongoles, en étant entourée de sculpturaux culturistes occidentaux grossièrement grimés en guerriers de Gengis Khan). Lotus Long, qui était en fait d'origine japonaise, jouera dans les années 30 de nombreux rôles de jeunes chinoises ou esquimaudes.

 

 

Bref, malgré, ou plutôt à cause de tous ses défauts, ce Mysterious Mr. Wong se laisse regarder, si l'on est bien disposé.

Sigtuna


En rapport avec le film :

# Le coffret Artus Films : Bela Lugosi l'immortel

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