Randonnée, La
Titre original: Walkabout
Genre: Drame , Aventures
Année: 1971
Pays d'origine: Australie
Réalisateur: Nicolas Roeg
Casting:
Jenny Agutter, Luc Roeg, David Gulpilil, John Meillon, Robert McDarra, Peter Carver...
 

Accompagnés de leur père, une adolescente et son petit frère vont faire une excursion dans le bush australien. Alors que la fille prépare le pique-nique, le père sort tout à coup un revolver et commence à tirer : les deux enfants se cachent et leur père se suicide.
Prenant son frère par la main, la jeune fille tente de retrouver le chemin de la ville. A la nuit tombée, les deux enfants réalisent qu'ils sont perdus. Le lendemain, ils trouvent une oasis mais leur réserve d'eau s'épuise vite. La situation est désespérée. Soudain, un jeune aborigène surgit devant eux. Il est en train d'accomplir le long rituel initiatique et solitaire des adolescents de sa race. L'aborigène prend les deux égarés sous sa protection pour les guider à travers le désert. Ils trouvent enfin une ferme abandonnée où ils décident de faire halte. L'aborigène montre au petit garçon une piste qui conduit à la ville. Malheureux du départ prochain de ses compagnons, il se peint le corps et entame une danse d'amour. Craignant une irruption de violence, la jeune fille s'éloigne du sauvage. Des heures durant, ce dernier poursuit sa danse. Au matin, les jeunes blancs le trouvent mort...

 

 

Aux alentours de 1965, la réputation de l'opérateur Nicolas Roeg était telle dans les milieux du cinéma anglais qu'on le considérait comme l’un des meilleurs techniciens dans son domaine. Il avait déjà fait ses preuves dans des films comme "The Caretaker" en 1963, "Tout ou rien" (Nothing but the Best, 1964), Le masque de la mort rouge (1964), "Fahrenheit 451" (1966) et "Loin de la foule déchaînée" de l'excellent (en tout cas, à cette époque) John Schlesinger.
La randonnée aurait dû être le premier film de Roeg en tant que réalisateur. Enthousiasmé par un roman de James Vance, il avait traversé toute l'Australie à la recherche de lieux et de décors appropriés, et avait persuadé Edward Bond de s'atteler au scénario. Mais privé du soutien financier nécessaire, Roeg fut contraint d'abandonner provisoirement son projet. Il s'associa alors à Donald Cammell, et fut avec lui le coréalisateur de "Performance" en 1970.

 

 

A première vue, il n'y a aucun rapport entre les sujets des deux films. Dans l'un, il s'agit de l'histoire d'une star déchue de la pop musique, et de la métamorphose d'un petit escroc londonien. Dans l'autre, il est question d'un long vagabondage dans le bush australien. Pourtant, les deux films se rejoignent par-delà leurs apparentes différences. Dans La Randonnée comme dans "Performance", nous assistons à l'affrontement imprévu de deux univers étrangers l'un à l'autre, à l'harmonie qui s'instaure entre eux, et finalement au divorce de ces deux mondes. C'est un schéma que nous retrouverons, avec quelques variantes, dans les films suivants de Roeg : "Ne vous retournez pas" (Don't Look Now, 1973), "L'homme qui venait d'ailleurs" (The Man who Fell to Earth, 1976) et "Enquête sur une passion" (Bad Timing, 1980). Dans Walkabout, la confrontation est à la fois humaine (une fille blanche et un jeune aborigène) et culturelle (la ville, d'une part, le désert, de l'autre). L'interaction se produit par une nécessité géographique et biologique (la fille est désemparée dans le monde de l'aborigène, de même que celui-ci le serait dans l'univers de la fille). Quant à la séparation, elle n'est que la conséquence aussi logique qu'inévitable d'une trop grande différence. C'est cette différence que le réalisateur met tout de suite en évidence : à l'image d'une ville bouillante de vie se superpose celle du désert, jusqu'au moment où, par un trou dans un mur, apparaît dans toute sa majesté le panorama sauvage qui va servir de cadre au reste du film. Ce procédé s'inverse à la fin, et c'est alors l'immensité du désert qui est peu à peu submergée par des images de maisons en construction, de décharges (le garçon assis dans un tramway qui ne fonctionne plus) et enfin par la foule même. A ce stade, la ville et le désert deviennent des symboles, chacun engendrant l'autre et réciproquement. Les habitants de la ville semblent aussi trompeurs que des sables mouvants. Mais le monde sauvage n'est pas, pour autant, dénué de structures sociales. On peut même dire qu'au sein de ces dernières, c'est ce qui sert avant tout à survivre qui l'emporte, à savoir l'expérience. Nature et civilisation peuvent donc s'opposer, mais n'en ont pas moins les mêmes origines et les mêmes besoins.

 

 

Walkabout, dont le générique précise qu'il s'agit d'une coutume tribale aborigène, n'est autre qu'un parcours initiatique effectué, en fait, par des enfants des deux cultures, au terme duquel ils sauront comment "survivre" dans un environnement a priori hostile. L'aborigène apprend à trouver de l'eau, à chasser les lézards, à préparer la chair de kangourou. La fille - que nous apercevons pour la première fois en classe - doit de son côté apprendre à bien parler, à se comporter selon les bonnes manières et à faire de la "fine cuisine". Les préceptes de la civilisation ne cessent d'accompagner la fille et son frère dans leur randonnée, grâce à la radio qu'ils transportent. "Je sais combien font 84 fois 84", dit orgueilleusement l'enfant de six ans au sauvage souriant, pour qui les tables de multiplication sont parfaitement inutiles. Paradoxalement, c'est pourtant, l'enfant des villes qui survit au désert, alors que l'aborigène meurt.
La fin de La Randonnée nous montre la jeune fille chez elle, dans la cuisine (la même scène qu'au début, à ceci près que sa mère occupait alors sa place). Une voix récite des vers de A.E. Housman, "La terre de la joie perdue... où suis-je allé et où je ne peux retourner", tandis que se superposent les images de l'aborigène, de la fille et de l'enfant qui se baignent. Mais nous ne savons pas s'il s'agit d'un souvenir ou d'un rêve.
Cette scène, dont l'émotion est accentuée par la musique de John Barry, témoigne d'un moment de bonheur aussi fugace qu'impossible. Le spectateur est ainsi convié à constater que si la simplicité est pleine de charme et si la nature est elle-même simplicité, il est tout aussi vrai que nature et simplicité sont des notions très volatiles. Le film fournit alors aux rapports entre deux êtres sa justification fondamentale, mais en fixe aussi les limites. Malgré les nombreuses ébauches d'amour entre le jeune aborigène et la fille (et l'essentiel du charme de ce film tient précisément de la délicatesse avec laquelle il traite la naissance de la tendresse mutuelle), il n'en reste pas moins que tous deux ne peuvent envisager concrètement d'avenir commun. C'est pourquoi l'aborigène, après avoir observé comment deux chasseurs blancs ont fait outrage à la vie primitive, se dresse tel un squelette surgissant d'un ossuaire pour rendre un hommage désespéré à la femme qu'il ne possèdera jamais. Il appartient au passé, et le montage de Nicolas Roeg, avec ses "moments" privilégiés saisis comme des suspensions du temps, ne fait que nous le rappeler : ils ressemblent à quelque chose qui demeure profondément enraciné dans notre mémoire collective et qui pourrait bien être le paradis perdu...

 

 

Mallox

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