Gunan il guerriero
Titre original: Gunan il guerriero
Genre: Heroic Fantasy
Année: 1982
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Franco Prosperi
Casting:
Pietro Torrisi (sous le pseudo de Peter Mc Coy), Malisa Longo, Giovanni Cianfriglia, Emilio Messina, Rita Silva, Sabrina Siani…
Aka: Gunan, King of the Barbarians / Lost Warrior / The Invincible Barbarian / Gunan - Kôning der Barbaren / O Imperador dos Bárbaros / De Onoverwinnelijke Barbaar
 

Le paisible village de campagne de Solmen est sauvagement attaqué par des Ungats, un peuple barbare dirigé par Magen, un être assoiffé de sang. Au milieu de la bataille, deux bébés sont miraculeusement sauvés par une tribu de guerrières amazones, les Kuniats. Fondant leurs espoirs de revanche sur les deux bébés, des garçons, devenus de jeunes hommes, elles les entraînent pour les luttes futures. Le plus fort des deux est appelé Gunan l’invincible. C'est à lui qu’il échoit de venger son peuple jadis quasiment anéanti…

 

 

Lorsque Gunan il guerriero, aka Gunan, King of the Barbarians, est mis en branle, le succès du Conan de John Milius est encore loin d’être assuré. Cependant son producteur, Pino Buricchi, espère bien profiter au plus vite du battage médiatique qui entoure la sortie du film de Milius.

 

Gunan est par conséquent ce qu’on appelle aujourd’hui un mockbuster (film créé dans le but d'exploiter la publicité d'un autre film jugé majeur, doté d’un titre ou d’un sujet similaire). C’est d’ailleurs à la demande de Buricchi que le scénariste Piero Regnoli s’y attelle. Ce dernier a connu l’âge d’or du cinéma d’aventure italien (Maciste dans les mines du roi Salomon ; L’Épervier des Caraïbes ; Le Retour d’Ivanhoé, …), du western spaghetti (Navajo Joe ; Du sang dans la Montagne, …) mais exerça également ses talents dans pas mal d’autres genres (L’Avion de l’apocalypse ; Le Manoir de la Terreur ; Patrick Still Lives ; Malabimba, …). Il a même réalisé une dizaine de films dont Des Filles pour un vampire et Maciste dans les mines du roi Salomon. Rignoli, en vieux briscard, se contente de reprendre les recettes qui firent la gloire du péplum transalpin des années 60 et accouche d’une histoire de jumeaux et de vengeance surfant sur le mythe de Romulus et Rémus. Rien de neuf par conséquent pour les Italiens, qui envisagent le projet avant tout comme une exploitation d'un filon rentable. Un filon qui va, en toute logique, actualiser une série de clichés en rallongeant la sauce avec de la violence et pas mal de féfesses (Merci Sabrina !)

 

 

Niveau production encore, c’est Francesco (Franco) Prosperi (1924-2006) - réalisateur sans grand génie mais apte à tourner n'importe quoi en des temps records - qui est l’heureux élu pour illustrer à l’écran le script de Regnoli ! Rappelons que Prosperi a débuté comme pur technicien (il fut l’assistant de Mario Bava) et scénariste, qu’il a dirigé les secondes équipes de péplums tels que L'Esclave de Rome ou Hercule contre les vampires avant de tourner quelques poliziotteschi intéressants comme La Dernière maison sur la plage (La settima donna) ou Technique d’un meurtre (Tecnica di un omicidio). Il ne faut toutefois pas le confondre avec son homologue Franco Prosperi, réalisateur quant à lui des Mondo Cane et de Les Bêtes féroces attaquent.

 

Côté distribution, la production engage des vétérans relativement méconnus mais au palmarès déjà conséquent. Pour Pietro Torrisi (rebaptisé Peter Mc Coy), ce sera même la consécration de sa carrière ! Culturiste de son état (Mister Italie en 1963 et cinquième à Mister Univers en 1965), il débute au cinéma en 1960 dans le péplum (Le Géant à la cour de Kublai Khan ; Le Triomphe d'Hercule ; Les Dix gladiateurs ; Spartacus et les dix gladiateurs ; Hercule contre les tyrans de Babylone), avant d’intégrer tous les genres à la mode comme l'eurospy (Superargo contre Diabolikus ; Agent 3S3, massacre au soleil ; Agent 3S3, passeport pour l'enfer ; Opération Frère Cadet ; A 077 défie les tueurs ; Le Monde tremble), le western (On l'appelle Trinita ; Bonnes funérailles, amis, Sartana paiera ; Django et Sartana ; Les Vengeurs de l'Ave Maria ; La Horde des salopards) et même l'érotisme (Emanuelle Nera n°2 ; Salon Kitty). Avec ses spécialités de doublure cascade et de second couteau, il plastronnera pendant près de trente ans sous des pseudos aussi divers que variés (Peter Barclay, Fred Huston, Peter Mc Coy, Piero Torrisi, Peter Thorris, Peter Thorys, Peter Torres). Son agilité lui confère une aptitude aux bagarres, lesquelles, combinées à d’autres de ses prouesses physiques, ont fait de lui l'un des cascadeurs les plus demandés. On l’aperçoit du coup dans nombre de films mettant en scène le duo Bud Spencer / Terence Hill où il fait des merveilles ! (Deux Super-flics ; Attention ! On va s'fâcher !).

 

 

De son côté, Malisa Longo (1950) a débuté dans le giallo d’Antonio Margheriti, Le Sadique de la treizième heure. Un film qui marqua le début d’une fructueuse carrière dédiée au cinéma bis, sans véritablement être affiliée à un genre en particulier. Sa capacité caméléonesque lui offre la chance de tourner dans des productions variées. Elle joue tout aussi bien chez Tinto Brass (Salon Kitty ; Miranda), fait une apparition dans un Bruce Lee (La Fureur du Dragon) et dans Blindman de Fernando Baldi. Elle peut également s’égarer dans les pires productions telles que le triptyque de science-fiction le plus fauché du monde, celui composé de trois films réalisés par Alfonso Brescia (La Bataille des étoiles ; La Guerre des robots ; Star Odyssey). Elle enchaîne sans complexe avec de la nazisploitation à la sauce Eurociné (Elsa Fräulein SS ; Helga, la louve de Stilberg) et interprète une "White Emmanuelle" dans Emmanuelle bianca e nera. Ceci étant, malgré ses nombreux engagements artistiques, Malisa Longo n'a jamais abandonné son amour pour l’écriture et la peinture… bref, il s’agit d’une actrice comme on les aime !

 

Quant à Emilio Messina (1936-2007) ci-présent, il aura aussi connu la glorieuse époque du péplum, pouvant s’enorgueillir de quelques titres comme Sodome et Gomorrhe ; Goliath et l'Hercule noir ; Les Dix gladiateurs ; Maciste, gladiateur de Sparte ; Maciste, le héros le plus fort du monde ; Spartacus et les dix gladiateurs ou bien encore Hercule contre les tyrans de Babylone. Comme Pietro Torrisi, il est à la fois cascadeur et second couteau spécialisé dans les films d’aventure et d’action plus ou moins fantaisistes. En témoignent Opération poker ; New York dans les ténèbres ; Trois nuits de violence ; Super 7 appelle le Sphinx ; Flashman contre les hommes invisibles ; Superargo contre Diabolikus ; L'invincible Superman ; Requiem pour une canaille ; Pas de roses pour OSS 117 ; etc.

 

 

Mais la révélation de Gunan il guerriero n’est autre que Sabrina Siani (1963). Une actrice qui a débuté dans un genre bien spécifique, la comédie érotique, avec Le Trou aux folles ; La Zézette plaît aux marins ; La liceale al mare con l'amica di papà ; Pierino medico della SAUB, avec toutefois deux exceptions : Napoli... La camorra sfida, la città risponde et Les Contrebandiers de Santa Lucia. Elle tournera également deux films de cannibales produits par Eurociné, Terreur Cannibale de Alain Deruelle et Mondo Cannibale de Jess Franco (pas tendre avec elle selon certaines sources), juste avant deux ersatz du  Lagon bleu : Due gocce d'acqua salata, aka Blue Island, et Incontro nell'ultimo paradiso, aka  Daughter of the Jungle, ce dernier étant une pernicieuse aberration sur pellicule qui n’aurait aucune chance de sortir de nos jours !

 

Bref, cette jolie blonde peroxydée ayant de sacrées bonnes dispositions pour remporter le titre de reine de l’heroic fantasy italienne, elle enchaîne joyeusement dès lors et comme on enfile des perles, quelques bobines éternelles comme Ator l'Invincible ; Sangraal ; Conquest ; Le Retour du Barbare, tout en virevoltant sur diverses productions comme 2020 Texas Gladiators ; Black Cobra ; Missione Finale ; Aenigma ou bien encore Le Bon roi Dagobert, une ineptie sur pellicule signée Dino Risi avec le regretté Coluche. Comme la plupart de ses consœurs de l'époque, elle passera ensuite par la case télévision avant de disparaître des écrans.

 

 

Gunan il guerriero débute plutôt bien, avec un délirant laïus à propos la naissance du monde, le tout se voyant illustré par des plans de dinosaures piochés dans Un million d'années avant J-C. À ce stade, une franche impression que tous les acteurs improvisent et que, somme toute, ce King of the Barbarians souffre d’un manque évident de préparation : les décors sont ineptes (une caverne à deux balles pour les méchants et des huttes au rabais pour les Amazones), l’impression distillée est que le pauvre Prosperi s’est assoupi derrière sa caméra, et même les apparitions de Malisa Longo ne parviennent pas à retenir l’attention, un sentiment très diffus qui dure presque une heure avant que, d’un coup, quelqu’un semble s’être souvenu avoir engagé une comédienne qu’il conviendrait d’utiliser un peu. Sur ces entrefaites, déboule donc à l’écran le personnage de Sabrina Siani ! Las, ne pouvant compter sur de véritables talents de comédienne, le réalisateur, dans un éclair de lucidité, décide de déshabiller la belle au rythme d’un métronome et de façon totalement gratuite. S’ensuivent du coup une rencontre topless avec le héros, une tentative de viol par les méchants, une hilarante séance de torture sado-maso… bref, en une demi-heure à peine, la belle Sabrina se retrouve nue à la moindre occasion ! Franco Prosperi semble même en oublier de finir son film, décidant de lourder une fin tel un pigeon lâchant une fiente, avec le méchant qui, hors-champ, finit promptement décapité, et les deux tourtereaux de l’histoire qui peuvent enfin s’éloigner tandis qu'une voix pompeuse débite des prophéties mystiques façon Guy Lux afin, semble-t-il, de préparer le spectateur à une suite.

 

 

L'heroic Fantasy (ou Sword & Sorcery, selon les goûts) semblait, en cette période, le genre idéal pour les réalisateurs italiens : tout à la fois primaire (sexe et violence, encore que cela convoque les dieux grecs Eros et Thanatos) et totalement inauthentique (et donc libre de toute référence historique), les possibilités semblaient quasi infinies. Malheureusement, la plupart des films italiens de l'époque s’avérèrent n’être au final qu'un reformatage des vieux péplums d’antan, saupoudrés d'une dose de violence assumée et décomplexée, le tout se voyant ultra limité par le manque de moyens (quid d’effets spéciaux dignes de ce nom et de décors potables ?).

 

Finalement, de cette nouvelle vague et de ce film en particulier, on ne retient que le postérieur de la gironde Sabrina Siani, lequel suffit à satisfaire le public italien qui fit du film un vrai carton ! Gunan se vendit très bien à l’étranger (sauf en France où il reste inédit à ce jour) et la carrière du couple le plus improbable du cinéma bis, à savoir Peter Mc Coy et Sabrina Siani fut lancée. On les retrouvera donc avec un plaisir (très) pervers dans Sangraal puis Le Retour du Barbare.

 

The Omega Man

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