Brutes dans la ville, Les
Titre original: A Town Called Bastard
Genre: Western , Aventures
Année: 1971
Pays d'origine: Espagne / Grande-Bretagne
Casting:
Robert Shaw, Stella Stevens, Martin Landau, Telly Savalas, Dudley Sutton, Fernando Rey, Michael Craig, Al Lettieri, Aldo Sambrell...
Aka: Les aventuriers de l'Ouest sauvage / A Town Called Hell
 

1895 : Dans une petite ville retirée du Mexique, une bande armée de révolutionnaires fait irruption dans une église et abat toutes les personnes à l'intérieur, autant les soldats, les paroissiens que le prêtre.

 

 

Les années passent, on se retrouve en 1905, la même ville est alors aux mains de Don Carlos (Telly Savalas), un renégat à la tête d'un groupe de bandits sans foi ni loi. Le nouveau prêtre du village (Robert Shaw) n'est autre que l'un des principaux ex-révolutionnaires ayant participé au massacre. Ce dernier semble s'être retiré d'une cause à laquelle il ne croit plus, passant son temps, le plus souvent, à restaurer une statuette de chérubin, la même que le prêtre d'autrefois tenait entre ses mains avant d'être abattu à bout portant, puis de la briser en tombant.
Voici également qu'arrive dans le même village une certaine Alvira (Stella Stevens) avec un énigmatique compagnon de voyage (Dudley Sutton), qui se fait passer pour sourd et muet. Alvira propose une récompense de 20 000 $ à la personne qui lui livrera Aguila, coupable selon toute vraisemblance du meurtre de son mari.
Don Carlos est prêt à tout pour récupérer cette somme rondelette, même à offrir n'importe quel cadavre à une veuve qui ne semble n'avoir rien d'éplorée. C'est carrément avec un cercueil qu'elle est venue, décidée à repartir avec le coupable en-dedans. Prêt à trahir son principal homme de main, La Bomba (Al Lettieri), Don Carlos se fera devancer et sera tué.
Voici enfin que débarque également un ancien comparse du prêtre (un vrai défilé !), devenu depuis colonel de l'armée mexicaine (Martin Landau), et lui aussi à la recherche d'Aguila. Le prêtre refusant de livrer l'identité de l'énigmatique Aguila, Le colonel commence à exécuter les villageois les uns après les autres afin de le faire parler...

 

 

On se demande comment avec un tel casting, Robert Parrish, auteur très estimable par ailleurs de westerns inspirés tels que "L'aventurier du Rio Grande" avec Robert Mitchum ou de "Libre comme le vent" avec Robert Taylor et John Cassavetes, a pu se rater à ce point. Non pas que sa mise en scène soit mauvaise, non, le film regorge même de belles scènes, mais il reste difficile d'admettre que celui-ci ait illustré un script aussi confus dont l'enjeu finit par fatiguer jusqu'à laisser indifférent.
A sa décharge, peut-être, la version que l'on peut voir actuellement dure 1h23 alors qu'imdb le crédite d'une durée de 1h37 en exploitation cinéma (ce qui équivaudrait à 1h33 en passage télé et signifierait qu'il manque 10 minutes dans la version sortie en dvd en 2005 en France) . Toujours est-il qu'en l'état, celui-ci demeure un film raté dans les grandes largeurs.
Ce à quoi on assiste finalement dans ce film aux allures de western spaghetti, c'est à une suite de scènes qui semblent indépendantes les unes des autres, au point de le faire ressembler à un puzzle ni fait ni à faire, et dont les pièces semblent avoir du mal à s'assembler au point qu'il semblerait même en manquer.
Le préambule, par exemple, est très bien filmé, techniquement maîtrisé, parfaitement monté, tout en tension et fureur, avec des échanges de regards nerveux entre Robert Shaw et Martin Landau ; tout cela promet beaucoup jusqu'au moment où le film s'arrête d'un coup d'un seul, pour patiner longuement dans un segment où, durant une demi-heure, on se farcit le cabotinage éhonté de Telly Savalas. La suite sera à l'avenant, alternant le pire et le meilleur de façon on ne peut plus décousue, l'ensemble tournant carrément à la confusion la plus totale.

 

 

Le gros problème de Les brutes dans la ville est d'avoir voulu centrer son intrigue autour d'un mystérieux meurtrier, intrigue qui paraît complètement dérisoire et anecdotique par rapport à tout ce qui nous est montré ailleurs dans cette nouvelle plongée au coeur des révolutions mexicaines.
A cet égard, on retrouve les mêmes thèmes initiés par Aldrich ("Vera Cruz"), puis ensuite par Damiano Damiani (El Chuncho) ou Corbucci (Le Mercenaire), pour être enfin repris avec autorité par Sam Peckinpah (La horde sauvage) puis Sergio Leone ("Il était une fois la révolution") ; des tableaux cyniques et moribonds d'un Mexique tout fait de pelotons d'exécutions, de pendaisons à foison, de révolutions dont l'idéalisme est mis à mal par des intérêts individuels et dont, en leur sein, on trouve le plus souvent des gens avides de pouvoir et de richesse ; avec, au final, des gens issus du peuple et se réclamant de celui-ci, changeant de camp et d'optique dès lors qu'ils sont parvenus à leurs fins.


Tout est là dans cette "ville de bâtards" pour assurer un spectacle énergique sinon même électrique, sauf qu'une mauvaise idée scénaristique vient tout gâcher, obligeant Robert Parrish à se fendre de flashbacks sur-explicatifs, ne sachant plus trop comment relier cet élément de trop et pourtant central, délaissant d'un même coup tous ses personnages, les réduisant alors à des figures on ne peut plus superficielles ou caricaturales.
Les acteurs n'ont, dès lors, plus d'autres alternatives que de jouer la carte des spectres (un Robert Shaw qui, passé le préambule, ne fait plus que baisser la tête avec des regards en coin, Dudley Sutton dont le personnage est réduit à un regard de veau censé exprimer de la froideur au service d'une sentence pour laquelle il est payé), ou bien de cabotiner (un véritable festival qui va de Savalas finissant criblé de balles et crucifié après avoir ricané ironiquement pendant un tiers du film ; à Martin Landau qui ne semble pas sur quel registre jouer - fraternité, idéalisme, cruauté, sadisme - si bien qu'il joue un peu sur tous sans parvenir à convaincre nulle part ; en passant par Al Lettieri condamné aux "Ha ha ha, yé vé té toué !" puis à Stella Stevens qui de la froide détermination transite vers l'hystérie, puis vice-versa, sans que l'on comprenne trop pourquoi). Même Fernando Rey en aveugle ne parvient pas à convaincre, et c'est tout juste si l'on n'a pas pris un stock-shot d'un autre film avec Aldo Sambrell tant il n'est que l'ombre caricaturale de lui-même, le peu qu'on le voit.

 

 

Non, décidément, Les aventuriers de l'Ouest sauvage demeurent un véritable gâchis dont les seules qualités, d'une part la belle photographie de Manuel Berenguer (La nuit des diables), et d'autre part la partition entraînante de Waldo de los Ríos (Les révoltés de l'an 2000), ne parviennent pas à empêcher le désastre.

Mallox

 

* La bande-annonce US originale :

 

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