Leçons de Carolla, Les
Titre original: I Tyrens tegn
Genre: Porno , Comédie
Année: 1974
Pays d'origine: Danemark
Réalisateur: Werner Hedman
Casting:
Ole Soltoft, Karl Stegger, Bent Warburg, Lone Helmer, Susanne Breuning, Otto Brandenburg, Kate Mundt, Else Petersen, Anne Bie Warburg...
Aka: Spécialités danoises / In the Sign of the Taurus
 

 

Dans une petite bourgade du Danemark, durant l'été 1924. Le Comte Von Liebenhaus s'adonne à sa distraction favorite : observer avec des jumelles, depuis sa voiture, les jeunes filles se déshabillant sur la plage. Tandis que l'une des deux soubrettes lui prodigue en même temps une fellation, notre Comte est soudainement pris d'un malaise : c'est l'infarctus !

Au village, la panique s'empare rapidement de la population. Il faut dire que l'aristocrate était particulièrement apprécié de tous, non pas pour ses moeurs dissolues (condamnées par une frange de la bourgeoisie, celle des bigotes et des hypocrites du conseil municipal), mais essentiellement pour sa générosité. Von Liebenhaus, en effet, payait les impôts de chaque habitant, grâce à son immense fortune. S'il venait à mourir, ce serait donc une catastrophe pour chacun.

 

 

Et malheureusement, le Comte casse bien sa pipe. Une question vient alors sur toutes les lèvres : l'homme a-t-il rédigé un testament ? Et si oui, qui va en bénéficier, sachant que le Comte n'avait pas d'héritier. A l'annonce de la lecture du dit testament, on perçoit une grande fébrilité envahir les principaux notables : Striid le chef de la police, Pillesen l'apothicaire (et coiffeur à l'occasion), Frydenhoj le pasteur, et bien sûr Andersen, le maire de la commune. Oui, tous sont anxieux, à l'exception de Salvesen, le médecin, qui semble trouver la situation plutôt cocasse. Après avoir légué la coquette somme de 25.000 couronnes annuelles à chacune de ses deux domestiques (les ravissantes Billie et Johnnie), feu l'aristocrate déclenche la stupeur au sein de l'assistance. Voici ce qu'il est stipulé dans ses dernières volontés : sa fortune reviendra au premier enfant illégitime qui naîtra sous le signe du Taureau (qui débute dans neuf mois et quatorze jours, le Comte a été bon dans ses calculs). Autant dire qu'au sein d'une population ancrée dans les traditions, les relations adultérines sont déjà mal perçues, mais la naissance d'un enfant en dehors des liens du mariage relève carrément de la pure hérésie.

 

 

Alors, que faire ? Si les conditions exigées par Von Liebenhaus ne sont pas acquittées durant le laps de temps imparti, sa fortune sera léguée à l'association pour la protection des minettes nécessiteuses, sise à Copenhague (par minettes, le lecteur assidu aura compris qu'il est bien question de jeunes filles, et non d'animaux). En attendant, les habitants sont sous la menace de devoir payer l'impôt. Aussi, un plan doit être mis au point rapidement. Andersen estime que la seule femme en mesure de mettre au monde un enfant en dehors des liens du mariage est Carolla, la couturière, plus connue pour ses activités de prostituée au sein de la bourgade (tous les notables, bien qu'hypocrites, lui sont passés dessus, à l'exception du pasteur). Le maire demande à ses adjoints la plus grande discrétion quant à la teneur du testament. Hélas pour lui, les langues ne tardent pas à se délier, et le village est bientôt en proie à l'effervescence. Toutes les jeunes filles se rendent chez Carolla, afin que celle-ci leur donne des cours d'éducation sexuelle. La mère maquerelle se promet d'aider toutes ces charmantes demoiselles, tandis qu'Albert, l'ami de Carolla, prendra en charge les garçons du village...

 

Au risque de me répéter, force est de constater que le cinéma scandinave a marqué de son empreinte l'âge d'or du cinéma érotique et pornographique. La Suède a produit bon nombre d'oeuvres référentielles, notamment grâce à Mac Ahlberg et Joe Sarno ; et le Danemark a eu la chance d'avoir un réalisateur hors-normes nommé Werner Hedman. Personne mieux que lui n'a su concilier l'humour et le sexe dans un même métrage, trouver des acteurs formidables capables de faire l'amour devant la caméra tout en jouant la comédie, et convaincre un panel d'acteurs renommés dans le cinéma d'auteur de s'impliquer dans des films à caractère pornographique. Et personne, mieux que Hedman, ne fut en mesure de montrer des scènes de sexe non simulées avec autant de naturel, les imbriquant parfaitement dans des récits disposant toujours d'un scénario solide. Par ailleurs, rien ne fut laissé au hasard dans ces oeuvres, du choix de la musique, toujours en osmose avec ce qui se passait à l'écran, jusqu'aux costumes et aux décors, particulièrement soignés.

 

 

Rendons néanmoins à César ce qui lui appartient, le premier volet de cette saga astrologique (Les belles demoiselles d'antan, 1973) fut réalisé par Finn Karlsson. Mais ensuite, de 1974 à 1978, et à raison d'un film chaque année, Werner Hedman prendra le relais avec successivement Les leçons de Carolla, "Folies danoises", Les belles dames du temps jadis, Les filles du Scorpion et enfin Les dames de Copenhague. Après le volet initial de Karlsson consacré au signe de la Vierge, Hedman poursuit donc (sans ordre précis) avec le Taureau.

Les leçons de Carolla est plus une comédie avec du sexe qu'un porno avec de l'humour (comme tous les autres volets de la saga, d'ailleurs). Le public visionnant les productions actuelles en matière de hardcore, à grande majorité des gonzos (du sexe quasi non stop, sans scénario), serait pour le moins dérouté si on lui montrait des films X des années 1970. Il aurait du mal à croire que dans Les leçons de Carolla, il faut attendre la 21ème minute pour voir la première scène "chaude" (une scène saphique), et patienter jusqu'à la 27ème avant d'apercevoir un sexe en érection et (enfin !) des hommes copuler avec des femmes.

La raison en est simple : le sexe est au service du scénario de l'histoire, et pas un simple prétexte. Il n'intervient que lorsque la narration le justifie. Au vu de la trame, il apparaît logique qu'au fur et à mesure des événements, des intrigues qui se nouent dans cette petite bourgade ancrée dans les traditions, le testament du Comte va provoquer peu à peu une frénésie sexuelle. L'idée de départ va entraîner une folie communicative, des situations cocasses, farfelues (l'homme qui s'auto-suce), un humour faisant bon ménage avec l'érotisme (le passage chez le coiffeur, sur fond de "Barbier de Séville").

 

 

Au niveau de l'esthétique, le film est également magistral, annonciateur du futur Les belles dames du temps jadis. L'époque de l'entre-deux guerres, des années folles, est magnifiquement restituée, avec tout le charme des costumes d'autrefois, depuis les maillots de bains jusqu'aux tenues de french cancan. Quant au film lui-même, il parvient à garder un rythme qui ne faiblit jamais, proposant à intervalles réguliers des scènes d'anthologie. On retiendra, parmi celles-ci, le ballet psychédélique des danseuses nues aux corps peints, en hommage à l'arrivée du Comte dans l'autre monde (l'enfer ou le paradis, à vous de juger) ; la leçon de masturbation avec des bananes, prodiguée par Carolla à ses élèves assidues ; le coaching d'Albert envers les garçons, au moment de "besogner" les filles du village dans leurs cabines de bains respectives, où le mur de séparation a été équipé des fameux "glory holes" (trou pratiqué dans un mur dans le but d'avoir un rapport sexuel anonyme avec le partenaire situé de l'autre côté) ; sans oublier la croisade des femmes des notables, essayant tant bien que mal d'empêcher leur progéniture de forniquer à tout va.

 

 

Il n'y a pas de bon film sans un casting de qualité. Sans surprise, ceux qui ont vu d'autres épisodes de la série reconnaîtront les acteurs lui ayant donné ses lettres de noblesse. C'est donc avec beaucoup de plaisir que l'on retrouve Ole Soltoft qui, dans le rôle du médecin, n'incarne pas pour une fois un personnage candide ou gaffeur, mais un espiègle moins faux-cul que ses confrères. Karl Stegger est également de la partie, dans la peau du pasteur, de même que Bent Warburg, jouant ici le puceau (fils du pasteur) promis à la fille du maire. Enfin, William Kisum compose un pharmacien/coiffeur de haute volée.

Chez les femmes, les figures récurrentes ont pour nom Sigrid Horne, Kate Mundt ou encore Else Petersen, toutes issues du cinéma traditionnel. Pour les scènes "croustillantes", Anne Bie Warburg (la femme de Bent) est bien sûr présente. Dans le rôle d'une servante, c'est elle qui dépucèlera finalement ce benêt d'Hector, alors que le médecin aura engrossé la fille du maire. Quant à la morale, elle sera sauve. L'enfant adultérin à qui reviendra la fortune du Comte aura été conçu par Carolla et son complice Albert. Après tout, il apparaît logique que soient récompensées, au final, les deux personnes les plus libérées sexuellement. De toute façon, les culs bénis y trouveront également leur compte, puisqu'ils continueront de ne pas payer d'impôt. Tout cela, sous l'oeil goguenard de Monsieur le Comte, riant, dans l'au-delà, du tour qu'il a joué à ses concitoyens.

 

 

Note : 9/10

 

Flint

 

A propos du film :

 

# "Les leçons de Carolla" a été édité en France, en dvd, chez Blue One, dans un triple programme comprenant aussi Les belles dames du temps jadis et "La foire aux sexes".

La version proposée, d'une durée de 69 minutes, est passablement amputée d'une douzaine de minutes. On trouve en import des versions intégrales du film, notamment le dvd US de Smirk, qui propose la VO avec des sous-titres anglais. Smirk a par ailleurs édité l'ensemble des six films de la série. Les sous-titres anglais n'apparaissent pas dans les autres éditions "intégrales" des films, comme celles commercialisées en Scandinavie.

 

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